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« 1660, Traité de Paix » : la romance sans Facebook de Louis XIV et l’Infante, une expo à savourer au Musée Basque (malgré son titre)

15 juin 2016 > > Un commentaire

Jusqu’au 25 septembre prochain, la pauvreté du titre initial et l’exagération du sous-titre bayonnais (« l’esprit de Velazquez ») ne doivent pas vous détourner d’une exposition qui a l’intelligence de glisser la petite histoire dans la grande. S’y retrouve une romance éclatante entre le jeune roi Louis XIV et l’infante d’Espagne, Marie Thérèse.

Il était une fois le jeune Louis XIV (France, 500.000 Like sur FB) et la jeune Marie-Thérèse (Espagne, 12.000 followers sur Meetic) qui se sont croisés sur les réseaux sociaux ; ont fait du speed dating du côté du Pays Basque ; et puis ont fait six gamins en 10 ans, dont ils se sont plus ou moins occupés, l’un d’entre eux, Louis de France, étant plus tard consacré Mister Europe.

Pour arriver à cette conclusion, il faut re-contextualiser une époque ancienne, et sans doute déterminante pour l’Europe, telle que nous la considérons aujourd’hui.

traite-de-paix-bayonne-8L’exposition actuelle au Musée Basque de Bayonne, 1660, sous-titrée « La Paix des Pyrénées, politique et famille » (du 3 juin au 25 septembre 2016) a un titre aussi gracieux que celui d’un congrès annuel d’experts-comptables (les seuls sans doute à penser sérieusement se rapprocher de conférences comme « Efficience et co-performance du vecteur de performance fiscale dans l’organisation de groupes par le e-marketing, » ou autres joyeusetés).

Partenaire de Donostia 2016 pour l’occasion, la Ville de Bayonne a bien tenté de rendre la présentation plus sexy, en rajoutant « L’esprit de Velázquez » du fait de la présence dans les 150 pièces rassemblées d’un unique tableau du grand peintre espagnol du XVIIème siècle, consacré à l’infante Marie Thérèse, et de deux œuvres (pudiquement) répertoriées « Atelier Velázquez ».

BANDEAU-700X205_1660A ce stade, ce n’est plus de « l’esprit », mais plutôt un simple échantillon de parfum de galerie commerciale provinciale.

Ces remarques préliminaires faites (la pauvreté du titre initial et l’exagération du sous-titre bayonnais) pourraient une nouvelle fois faire porter à l’année Donostia 2016 un aveuglement par sa symbolique de la paix : dans son contexte transfrontalier, il ne se trouve plus grand monde de fait pour s’excuser de penser, à mi-parcours de son année de Capitale Culturelle Européenne, que l’exercice tourne à la plaisanterie.

traite-de-paix-bayonne-7L’exposition présentée au Musée Basque échappe à l’accident de parcours, de justesse certes, quand elle se révèle finalement bien plus passionnante que la figure d’appel de la petite fille sage et rondelette qui lui sert de vecteur de comm.

Bien entendu, on y trouve les pièces fondamentales, lourdes, rares et précieuses, que les passionnés d’Histoire commenteront avec des petits « grummpf, grummmpf » blasés et quelques « ohhh » ravis, lunettes demie-lune sur le nez.

traite-de-paix-bayonne-5S’y contemplent les tableaux représentant ce fameux accord de paix signé à Hondarribia en 1660 entre la France de Louis XIV et l’Espagne de Philippe IV, sur l’Île basque des Faisans (ce terme devant être compris comme celui des « faisants »), quand ces deux nations dominaient toute l’Europe, et se passaient aux mousquets et à la bombarde sans s’essouffler depuis quatre décennies.

« Entrevue de Louis XIV et de Philippe IV à l’Ile de la Conférence les 6 et 7 juin 1660 » – Dominique Pousin, 1720

Les pièces de monnaies frappées pour l’occasion ; les récits des conteurs officiels des deux Cours (les « maladroits » se retrouvant contraints à l’exil si leurs textes ne plaisaient pas) ; les entremetteurs cardinaux et les chapes religieuses : l’expo est considérablement riche des prêts pour l’occasion d’oeuvres du Museo del Prado de Madrid, du Musée de Tessé du Mans, de celui des Beaux Arts d’Orléans, ou du Château de Versailles.

Mais c’est dans les petites histoires qui s’y cachent que le talent de son architecte local, le conservateur du Musée Basque Olivier Ribeton, rend l’exposition intrigante, extrêmement contemporaine dans sa dramaturgie, et finalement assez romantique également dans le choix de mise en scène des pièces.

traite-de-paix-bayonne-9Quatre siècles après, le portrait par Diego Velázquez de Marie Thérèse d’Espagne est celui d’une gamine de 14 ans, effectué pour « vendre » l’infante, façon concours The Bachelor, sur le lit d’une négociation politique auprès de différents partis et prétendants des cours européennes.

Marie Thérèse a grandi, c’est une femme de 21 ans, et quand elle est enfin promise – après moult rebondissements de scénarios de descendances – au jeune Louis XIV (du même âge qu’elle), lui ne connait grosso modo de l’Infante que ce portrait infantil, qui lui fait craindre qu’elle soit… naine.

La peur n’est pas irraisonnable, seuls les frères et soeurs ne franchissant pas alors la ligne rouge de l’union, mais les autres dégénérescences consanguines n’arrêtent que peu de mariages de raison.

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Mariage de Louis XIV et de l’Infante Marie Thérèse à St Jean de Luz le 9 juin 1660″ Dominique Pousin, 1720

Louis XIV et Marie Thérèse sont cousins germains, mais ne connaissent pas : ils vont devoir se rencontrer, une première fois, derrière un paravent équipé d’un système de lucarne, mis en place par Mazarin et le peintre Velázquez, qui cumulait son travail avec un statut épuisant d’Intendant de la Cour (ce mariage sera son ultime tâche, l’épuisement de l’organisation du Traité de paix lui causant une maladie virulente qui l’emporta quelques jours après).

De lui elle ne connaissait que ce magnifique portrait de Louis XIV jeune en armure, peint vers 1654 par Jean Nocret, où éclatait sa jeunesse fière, mais également une beauté qui l’éloignait des cauchemars d’impasses consanguines.

Aujourd’hui, cela s’appellerait un profil Facebook, alimenterait un compte Meetic, ou constituerait le book d’une agence de casting.

traite-de-paix-bayonne-14Et ce qui n’avait pas à arriver arriva.

Vouée à un destin politique dont elle ne pouvait ni (sans doute) ne cherchait à se soustraire, l’Infante tomba littéralement amoureuse du jeune Roi de France (qui venait de constater, avec soulagement qu’elle n’était point naine).

Cela ne changeait rien à la géopolitique, mais ne gâchait rien à la rencontre, immortalisée fictionnellement par Jean Nocret (toujours lui), auteur d’une Allégorie au mariage de Louis XIV et de l’Infante Marie Thérèse (1664) : propriété historique du Musée Basque de Bayonne, cette grande peinture n’avait jamais sans doute été aussi bien mise en valeur.

traite-de-paix-bayonne-2Louis XIV en représentation toute puissante sur un char tiré par deux chevaux impétueux, et elle, main tendue vers celui qu’elle désigne plus comme son amour que comme celui par qui son destin est écrit : il y a là l’expression d’un amour qui naît, réel et sincère, mais qui ne vivra jamais au-delà de cette mise en scène.

Louis XIV la cocufiera aussi souvent que son emploi du temps royal le lui permettra, et elle sera la première prisonnière de luxe de Versailles : dans cet échange préliminaire de présentation, quelque chose s’est tout de même noué entre ces deux coeurs royaux d’Europe.

traite-de-paix-bayonne-11Son époux lui rendra cet amour, en commandant au peintre Charles Beaubrun une somptueuse Marie Thérèse d’Autriche, Reine de France et son fils le Grand Dauphin en 1664, prêté par le Museo del Prado pour l’occasion.

« 1660 » est l’histoire d’un traité de paix européen qui a fait référence dans la construction de ce continent : avoir pensé à convoquer une romance inattendue pourrait concourir à déterminer que, rarement, par l’intelligence de son Conservateur, le Musée Basque de Bayonne n’avait atteint une telle excellence.

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Commentaires

Une réponse à « 1660, Traité de Paix » : la romance sans Facebook de Louis XIV et l’Infante, une expo à savourer au Musée Basque (malgré son titre)

  1. renaud dit :

    Merci à vous monsieur le conservateur (non pas tant que ça ) , j’ai beaucoup aimé votre travail et votre REMARQUABLE exposition que des gens trops épris de nationalisme de toute sorte feraient bien d’aller voir pour s’instruire un peu d’histoire .

    On ne s’ennuie pas et les pièces rassemblés sont vraiment exceptionnelles

    On ne parlera pas là du plaisir de voir un bel échantillon de PORTRAITS GRAMMONT
    qu’on ne verra pas de sitôt à Bayonne faut de responsables locaux à la hauteur de l’héritage depuis 30 ans !!!! (Maires , anciens maire , adjoints etc )

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