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« 36ème Dessous », retour par le théâtre dans l’usine pestiférée de Fertiladour du Port de Bayonne

9 mai 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Menée par la metteur en scène et sociologue Odile Macchi et la Cie Si et Seulement Si, cette pièce de théâtre-documentaire revient sur le scandale environnemental et humain de cette usine : débutée depuis novembre dernier, la tournée de « 36ème Dessous » pourrait passer la saison prochaine sur le « lieu du crime », à Boucau.

L’histoire de Fertiladour, ancienne usine du Port de Bayonne à l’entrée de Boucau, pourrait rester dans l’état déserté dans lequel son propriétaire, le groupe Roullier (par sa filiale Timac Agro) maintient ses 7 hectares au bord du fleuve de l’Adour, après avoir pourtant été le théâtre d’une âpre lutte entre le silence maison et les nombreux lanceurs d’alertes qui l’ont harcelé.

Depuis 1997, et la dénonciation par le collectif local du CADE de la pollution radioactive de ses sols, le scandale environnemental s’est aussi alourdi par un scandale humain, celui de dizaines d’ouvriers affectés par la silicose, par ingestion dantesque et incurable de particules minérales qui, pour certains d’entre eux, ont valu arrêt de mort.

C’est par l’entrée de l’ensablement des poumons de ses forçats qu’est entrée la sociologue Odile Macchi, coordinatrice du projet SILICOSIS du Centre d’Etudes Européennes de Sciences Po, et qu’elle a développée comme metteur en scène de sa compagnie Si et Seulement Si.

Venant sur place interroger autant les anciens ouvriers que les parties prenantes du dossier, elle a accumulé un témoignage oral considérable de la souffrance sur cette terre pestiférée, qui aurait pu rester rangée dans l’étagère des études pour mémoire, mais qu’elle a contribué à extirper à nouveau de ses sols gangrénés, au service d’une mémoire du « plus jamais ça ».

Par la sensible originalité de sa double démarche, la pièce baptisée « 36ème Dessous » relève d’un genre aussi déterminé que novateur, la mise en scène s’appuyant en effet sur une notion de théâtre-documentaire qu’elle a peaufinée sur de nombreuses autres problématiques de santé par le passé.

Présentée pour la 1ère fois en novembre 2016 à Epernay, la proposition s’articule autour de l’intervention d’une comédienne sur scène,  Lucie Boscher-fournaise, secondée par le plasticien Daniel Azélie, aux commandes d’un plateau tournant.

Les témoignages se suivent, Lucie les interpelle et les convoque, masque sur le visage, tandis que, vidéoprojetée depuis le dispositif manié par Daniel, revit sous nos yeux une représentation imagée de leurs conditions de travail.

Il faut rendre grâce à la metteur en scène d’avoir opté pour ce récit de l’animation de figurines d’enfants, inoffensives par définition, sans avoir imaginé représenter ce que l’on aurait bien du mal à demander à des comédiens : l’enfer n’a pas besoin d’être mis en spectacle ni d’être rejoué, mais l’indicible, dans cet accompagnement intime et percutant à la fois, trouve la puissance de s’extirper de ses limbes honteuses.

Avec comme caractéristique d’être la 33ème plus grande fortune de France, le groupe Roullier a les moyens de se contre-foutre de cette proposition autant que de son premier scrupule : depuis le début de sa tournée, continuée à Troyes en février, Sedan en avril, puis, à venir, le 21 mai à Epinal et le 30 juin dans le festival bordelais Queyries fait son cirque, le noir qui clôt la pièce 36ème dessous met à jour la colère consternée de ses premiers spectateurs. Et fait se dresser des doigts accusateurs.

Par l’initiative de Jean-Yves Deyris, Président du Comité de Soutien aux Victimes de Fertiladour, des contacts positifs ont été entrepris entre la compagnie Si et Seulement si et le maire du Boucau, Francis Gonzales, qui s’est montré intéressé, dans la perspective que la pièce soit présentée sur sa terre d’origine, « le prix à payer pour l’histoire locale », a ainsi réagi le premier élu de cette ancienne commune ouvrière du Port de Bayonne.

Devraient s’y presser ceux qui savaient pour l’avoir vécu dans leurs chairs saccagées, ceux qui en avaient entendu parler, dans cette terre d’ouvriers taiseux, ou ceux, des deux côtés d’une barrière infâme de l’ordinaire, avaient choisi leur camp : la présence de ceux qui voudront découvrir ce pan tragique du port de Bayonne seront bien entendu les bienvenus.


Le site de Fertiladour n’est pas prêt d’être vendu
(comme en rêve son propriétaire)


En novembre 2011, l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) avait un avis très défavorable à toute reconversion industrielle de ce site du Port de Bayonne (et à sa vente pour 6 millions d’euros à la Région Aquitaine), exigeant plus de transparence sur son sous-sol malgré de nouveaux efforts du groupe Roullier pour prouver que sa contamination avait été « traitée », et permettant de mettre en vente pour plusieurs millions d’euros ses 7 hectares au bord de l’estuaire.

Le 2 février 2017, l’autorité préfectorale des Pyrénées Atlantiques a à nouveau adressé aux parties concernées un avis identique, plus sévère encore, de l’ASN, qui a cartographié un vaste étalement de ses pollutions radioactives.

Le « bricolage » constaté de l’évacuation trop partielles des terres, l’insuffisance de protection des ouvriers qui seraient chargé de le faire, et l’absence de prises en compte des pollutions à considérer pour le voisinage, par le passé ou aujourd’hui, a mener l’instance à décréter que rien n’a avancé dans ce bourbier.

Et précise qu’en aucun cas le groupe Roullier ne pourrait se défausser de l’obligation du pollueur/payeur par un bilan économique coûts/avantages de la crotte de chien à enterrer pour l’oublier.


 

 


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