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« 4 Sasuak », les 4 saisons de Vivaldi nourries de l’écho des montagnes basques (au Festival Xiru)

14 avril 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Sorti en ce mois d’avril, l’album 4 Sasuak du Quatuor Arranoa, accompagné du violoniste Stéphane Rougier et du flutiste Mixel Etxekopar, propose un voyage entre une nature caverneuse et une transe éthérée, pour un rendez-vous sensoriel avec les musiques baroque, contemporaines et traditionnelles : les musiciens présenteront l’opus au festival de Xiru, à Goteinx Libarrenx, ce vendredi 14 avril 2017.

Ils sont neuf musiciens, d’ici et d’ailleurs, et chacun d’entre eux possèdent un vaste univers dont les points communs et de rencontre relèvent d’une géographie viscérale et d’une créativité faste.

Réunis autour de ces feux depuis 2015 – année d’éclosion en live de leur Quatre Saisons Basques -, l’émotion et la conviction collective ont forgé un instant, délicat et abrupt, par programme de l’enregistrement, deux œuvres aux fortes résonances populaires : les Quatre Saisons, du compositeur italien Antonio Vivaldi et Révolution, du compositeur américain d’origine arménienne, Marc Mellits.

Pour la genèse du projet, Marina Beheretche, premier violon du Quatuor Arranoa (« aigle », en basque) et de l’Orchestre Régional Bayonne Côte Basque, arrange fidèlement l’œuvre italienne.

Elle désire y glisser le « chez elle » qu’elle y perçoit et y invite des instruments traditionnels « basques » aux profondeurs gutturales ou aux chants léger : txirula, ttun ttun, cloches, txalaparta, pandero. Ainsi, les musiciens Mixel Etxekopar, Paxkal Indo, Paxkaline Chabagno et Patrick Larralde creusent et enrichissent la partition sans jamais l‘alourdir.

Au-dessus de ce sol rocheux et boisé, les cordes du quatuor Arranoa, formé depuis 2012 par Laura Prieu, Marina Beheretche, Aude Fade et Emmanuelle Bacquet, accompagnées du violoniste virtouse Stéphane Rougier, lévitent, vraisemblablement.

L’album, réalisé par Jérôme Hallay, et soutenu par l’Institut Culturel Basque, révèle pleinement le rôle du musicien en tant qu’interprète d’une œuvre, par définition, intouchable. Intention sympathique, les textes sont tous traduits dans le coffret bien nourri de l’opus, en français, en euskara (langue basque), en italien, en anglais, comme une façon de voir plus loin, d’où qu’on regarde.

Au premier aspect, l’album veut proposer humblement un regard local de l’œuvre d’Antonio Vivaldi, mais il ne serait pas péremptoire d’imaginer le compositeur ému s’il avait écouté ses Quatre Saisons toucher ce qui semble leur vocation : approcher la nature au plus près, recevoir et traduire Sa partition.

Les sonnets de Vivaldi rencontrent le bertsu (poème basque) de Louis Ligetx, et leurs vers fumigent un encens spirituel semblable. Joyeusement contemplatifs de prime abord, le bonheur s’y lit au printemps, aussi épais qu’un espoir finalement brulé comme une feuille de papier par un orage estival.

L’automne se saoule et l’hiver en titube encore, revigoré par sa condition extrême. Sans entrer dans une analyse musicale, la txalaparta donne une dimension cardiaque à la partie rythmique.

L’allegro de l’été et de l’hiver sont habités d’un chant profond comme d’une mélancolie, une « ferveur retombée » dirait André Gides. Puis ils cèdent à la tyrannie virtuose de la joie ou de la gelure.

 

Après la sensation d’avoir humé forêts, montagnes et ruisseaux, retour à ce qu’on fait de tout cet air, en plein univers orwelien.

L’œuvre contemporaine et électrique de Marc Mellits, Révolution (2002), héritée des transes africaines et de la musique répétitive de Philipp Glass, se tend au bout des cordes du quatuor comme un rock élégamment trash. Le dernier mouvement déborde de lui-même, pour des résonances arméniennes distendues et des instruments affranchis. Les musiciennes travaillent en contact permanent avec le compositeur, là où l’inspiré inspire l’inspirateur, et inversement.

Le 14 avril 2017, c’est devant ces montagnes basques, au festival intime de Xiru, que l’album sera présenté et se déploiera, conçu cette fois comme un spectacle à la forte dimension visuelle, avec la collaboration d’Alain Vergniau pour la mise en scène.

Pour ceux qui se perdraient en route, on vous recommande cet album né au printemps, comme un peu de beauté disposée à résister, quelle que soit la saison.

Tout le programme du festival Xiru, du 14 au 16 avril 2017, à retrouver sur leur page Internet.


 


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