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A Biarritz, « 4 Tendances » pour magnifier l’envol, mais refuser la chute du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux

26 avril 2017 > > Soyez le premier à réagir !

En représentation ce vendredi 28 avril 2017 à Donostia et le 30 avril à Biarritz, les danseurs du grand Ballet bordelais pourraient bien être applaudis au-delà du fantastique programme regroupé dans « 4 Tendances » :  leur « show must go on » s’accompagne d’une lutte depuis plusieurs mois pour alerter sur les menaces pesant sur le Ballet, qui, par l’intrusion du politique dans son existence, pourrait ne plus être en mesure de danser les grands classiques.

« La danse n’a plus rien à raconter : elle a beaucoup à dire ! », prévenait Maurice Béjart, et le conseil vaudra au moment d’applaudir, à Donostia le 28 avril ou à Biarritz le 30 avril, les danseurs du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux, en prises avec ce 4 Tendances comme autant d’instantanés de la très grande danse classique et contemporaine.

Minus 16 – Chorégraphie, Ohad Naharin

Indéfectible des efforts physiques à produire, le sourire des interprètes du fantastique Minus 16 d’Ohad Naharin ou de la re-création chorégraphique du maitre Jean-Claude Gallotta, La Danse peut-elle résister ? masquera comme il le peut une période extrêmement grave pour cette grande maison de la danse, plongée depuis le début de l’année dans une crise sans précédent.

La fêlure a été rendue visible en fin d’année dernière où, au moment de remercier le public venu à la représentation d’un « merveilleux et fantastique » Coppelia chorégraphié par Charles Jude, danseur Étoile de l’Opéra national de Paris et, depuis 20 ans, Directeur de la Danse de l’Opéra National de Bordeaux.

Preuve à l’appui, l’un des danseurs, Guillaume Debut, s’est avancé en bord de scène pour expliquer que, sur les 33 artistes présents sur scène, seulement huit étaient en CDI : « il nous faut des gens qui font la technique tous les jours à nos côtés pour obtenir la cohérence artistique nécessaire à la qualité du spectacle. Nous vendons du rêve, mais pour y parvenir, il faut un travail quotidien, une rigueur, une stabilité ».

Depuis, l’emblématique Directeur a été licencié et poussé à la retraite, les menaces sur l’effectif ont été constantes, nourries par le refus de la direction de renouveler les danseurs en CDD pour deux ans, et en les contraignant à un an seulement.

La question n’a rien à voir avec un simple principe social ou corporatiste, mais porte sur le devenir d’une institution qui a vu ses financements fondre de 4 millions d’euros en 4 ans, à la fois par le désengagement de l’Etat mais également par le recul des dotations souhaitées par le maire Alain Juppé, tel que porté en conseil d’administration par son adjointe  Laurence Dessertine.

Le nouveau directeur général de l’Opéra, Marc Minkowski, et son administrateur général, Olivier Lombardie, n’ont pas goûté la rebellion de Charles Jude, le directeur prévenant que « si la compagnie perd son effectif, elle ne pourra plus danser son répertoire. Le style d’une compagnie s’acquiert en travaillant ensemble au long cours jusqu’à apprendre à respirer ensemble. J’ai le sentiment qu’on est en train de saborder vingt ans de travail. ».

« Just before now » de Xenia West

Vitrine du répertoire des plus grandes pièces chorégraphiques de la danse classique, à préserver sans discussion au même titre que la notion de Patrimoine mondial, la faux proposée est éminemment politique, révélatrice d’un « principe de réalité » idéologique, en action ici comme dans bien d’autres secteurs culturels.

Et la tournée prévue de 4 Tendances a commencé dans la douleur, avec, pour la première à Bordeaux le 30 mars dernier, une grève rarissime des danseurs.

Le directeur Marc Minkowski a fait marche arrière, promettant que tout allait « rentrer dans l’ordre », mais un double constat s’invite aux représentations, qui voit tout d’abord la danse classique être fragilisée au détriment de la danse contemporaine, et qui se rend comptable de l’intrusion du politique dans le culturel, bien au-delà de l’économie et de son rôle.

Pour preuve, pour l’ouverture de la saison 2017/2018, la nouvelle direction de l’Opéra national de Bordeaux a accepté de se mettre « à l’heure de la future ligne à grande vitesse », projet aussi pharaonique que faramineux de la LGV porté par Alain Juppé et la Nouvelle Aquitaine, chiffré à des milliards d’euros de financements publiques.

« sur la grève », Nicolas Le Riche

On aimerait se réveiller d’un tel cauchemar, et repenser à cette autre citation, de Nietzsche, « Celui qui ne danse pas est coupé de la réalité ».

Un simple coup d’oeil sur le programme donné, préparé initialement par Charles Jude, révèle en creux un cri d’alarme saillant qui ne peut nous laisser insensible, en particulier La Danse peut-elle résister ? de Jean-Claude Gallotta, accompagné sur son site d’un avant-propos éclairant :

La Danse peut-elle résister ?, (Re-création) de Jean-Claude Gallotta

La force de la danse a pour nom : résistance. À quoi, ainsi, résiste donc la danse ? Bien sûr, en premier lieu, à sa propre disparition. Un sacré combat pour cet art si fragile et si éphémère qui ne tient qu’à un fil, qu’à un geste, qu’à un souffle. La danse est un art contre l’oubli. Autrement dit, si elle fait semblant de n’être qu’un art du présent, ici et maintenant, peu soucieuse du se-souviendra-t-on, la danse propose en réalité des petites constructions d’espace et de durée. /…/ Normalement, la danse devrait savoir faire ça, emboiter le pas, le pas de côté de ceux qui sont sortis du rang.

Vendredi à Donostia et dimanche à Biarritz, la résistance à ne pas se priver de cette richesse chorégraphique portera le refus de cette tendance lourde d’achever les chevaux : sa programmation par Thierry Malandain pour la Saison de Danse de Biarritz recouvre à l’évidence un engagement solidaire sans faille.


La Danse peut-elle résister ?
(Re-création) de Jean-Claude Gallotta

Minus 16
Chorégraphie, Ohad Naharin

Just Before Now (Création)
Chorégraphie, Xenia Wiest

Sur la grève (Création)
Chorégraphie, Nicolas Le Riche


Comprendre le combat des danseurs du Ballet, dans une vidéo de 6 minutes parfaitement suffisantes


 


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