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’71 de Yann Demange, sur les pas de Paul Greengrass

16 novembre 2014 > > Soyez le premier à réagir !

Sorti le 5 novembre dernier, ’71 de Yann Demange révèle un nouveau cinéaste à suivre, dans la veine des meilleurs films de son ainé Paul Greengrass.

Un soldat anglais perdu pour sa 1ère mission à Belfast dans un quartier où l’IRA tient le labyrinthe de ses ruelles et des arrières-cours . Nous sommes en 1971, au moment où l’histoire du conflit se durcit perceptiblement (l’année suivante verra le drame du Bloody Sunday enfoncer encore plus l’Irlande du Nord contre l’occupant anglais).

Dans ’71, le contexte historique n’est qu’une toile de fond, remarquablement dessinée par ce Belfast angoissant reconstitué, tendue au possible par le travail du scénariste, Gregory Burke, mais la première marque de respect qui est dûe à la réalisation de Yann Demange, c’est de ne pas avoir cherché à inscrire son premier film dans la lignée de ce qui a été déjà (très bien) fait par Jim Sheridan sur le sujet (Au nom du Père, The Boxer).

Sans doute les origines franco-algériennes de ce cinéaste londonien ont permis au récit de se déployer dans une universalité suffisante en elle-même : ne pas être sûr de sa place quand on a un fusil entre les mains, ne pas savoir réagir face à une violence qui n’appartient pas qu’à un seul camp, et trouver le moyen de sauver sa peau.

71-5La guerre civile dans laquelle est plongé le jeune Gary appartient à tous ces territoires où les corps tombent pour ne plus se relever. Et où marcher, courir, fuir, se révèle un réflexe sans autre forme préalable de discussion.

Égaré dans les rues de Belfast, piégé, le temps d’une nuit , dans un labyrinthe suffocant , où la violence peut surgir à chaque coin de rue, le personnage principal ne s’embarrasse pas plus que le film lui-même de pointer les héros et les salauds : ici, il n’y a que la peur, la haine. Et des gamins qui s’entretuent, sauf à l’être avant.

71-1Ce qui provoque l’adhésion à ce thriller provient de la patte déterminée de Yann Demange, élevé au meilleur tonneau de la National and Television Film School de Londres, la NTFS ayant délivré de prestigieux bons de sorties pour le cinéma comme, avant lui, pour Terence Davies, Lynne Ramsay, ou Nick « Wallace et Gromit » Park entre autres joyaux.

Un passage initial qui vaut aujourd’hui à Yann Demange de pouvoir revendiquer son appartenance aux réalisateurs les plus intéressants à suivre (le 13 octobre, il a reçu le Prix de la Révélation européenne de l’année), tout en ayant réussi à mettre en action l’efficacité recherchée (et incontestable) du récit avec des codes pertinents du cinéma (en termes de cadrages ou de lumières).

Le dynamisme de la mise en scène, nerveuse et haletante, une direction d’acteurs impeccable (notamment pour le rôle-titre, Jack O’Connell, qui crève l’écran), révèlent un savoir-faire étonnant pour un premier film, mais l’excellente surprise provient de la capacité de Yann Demange à ménager des moments de suspension où les personnages secondaires parviennent à acquérir une véritable épaisseur de trait.

Car la confusion règne. Le sang versé. L’absurdité aussi. Et personne ne semble pouvoir se dépêtrer de cela.

L’intelligence de ’71 dès lors provient de cette certitude, que tout échappe aux seules logiques d’affrontement. Que la fiction ne doit pas oublier, même le temps d’un film, qu’existent des hommes capables de s’entraider sans exiger la couleur des drapeaux. Et des femmes prêtes à s’opposer aux partisans armés de leur camp, sur des simples règles d’humanité.

71-3Cette efficacité de réalisation associée à une lucidité sans failles font de ’71 l’un des films les plus intéressants de cet automne au cinéma (en France, mais également dans toute l’Europe, où le film suscite un engouement qui a étonné jusqu’à ses producteurs).

Ce qui est évident également, c’est que ce premier film peut se rapprocher de l’éthique et de la maîtrise d’un autre cinéaste anglais, Paul Greengrass, qui, avant de signer la trilogie Jason Bourne, avait commis un Bloody Sunday révélateur d’un talent indéniable.

71-6Pour sa maitrise et l’étendue de son langage cinématographique, Yann Demange montre avec ’71 qu’il va falloir compter avec lui (si Hollywood ne le privatise pas trop vite).

A un moment donné de ’71, le jeune Gary se fait cueillir par un « On se reverra ».

Dans le film, c’est une menace. Mais pour le 7ème art, c’est une évidence réjouissante.

71-demange


71 afficheFilm visible en version originale au Royal de Biarritz, au Sélect de St Jean de Luz, et, prochainement, à L’Atalante de Bayonne.

En version française à Monciné d’Anglet.


 


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