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« A bien y réfléchir », par les 26.000 Couverts : burlesque et poétique, un jeu irrésistible à la gloire du théâtre

12 avril 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Après une première représentation hier soir, la Scène nationale du Sud-Aquitain remet les 26.000 Couverts au menu de la représentation de ce mercredi soir au Théâtre de Bayonne, une nouvelle fois un beau rendez-vous iconoclaste et furieusement chaleureux sur la vie d’une troupe de théâtre de rue.

Une troupe, celle des 26000 Couverts, répète un spectacle de théâtre de rue sur les « morts stupides ». A la fin d’une résidence de création de 15 jours, la compagnie doit présenter son travail en cours au public (en l’occurrence, celui présent dans la salle devant eux lors de la représentation).

Philippe, le metteur en scène, s’avère être malheureusement retenu à la Rochelle où il anime un atelier d’écriture avec des personnes âgées, et donc, pour cette « sortie de résidence » annoncée, il faut le remplacer au pied levé pour une rencontre avec les spectateurs, prévue à la fin de la présentation.

Le nom de la pièce joue le rôle d’avertissement, « A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant », et en même temps il ne pose qu’un cadre d’où déborde joyeusement un vrai pêle-mêle, à l’image du décor sur scène.

Bien sûr, comme tout est faux au théâtre, les accidents en coulisse aussi, « On parle de la mort et la mort arrive dans les coulisses pour de vrai au théâtre où tout est faux », dit même un personnage.

On entre avec délice dans ce jeu continu de trompe-l’œil, de théâtre dans le théâtre, les nombreux effets de réel piègent et décalent chaque propos.

Évidemment, le public n’assiste pas du tout à une répétition publique, ni à un spectacle inabouti, ni à une série de morts et d’accidents. Comme un immense jeu de poupées russes, les scènes s’imbriquent, fonctionnent en écho avec un sens de la dérision qui secoue la salle, hilare.

L’objet « bizarre » sous les yeux des spectateurs porte sans doute de nombreuses traces des improvisations et répétitions, à la sauce « 26000 couverts », extrêmement réputée désormais pour avoir fait ses preuves dans le théâtre de rue, et très habituée à renverser les codes : le spectacle, jouissif, navigue entre poésie et burlesque, alternant jeu, théâtre d’ombre, parade musicale, opérette, fausse enquête policière, faux débat, etc.

Les références au spectacle et à son économie sont nombreuses et laissent affleurer le souvenir de quelques situations sans doute vécues : les subventionneurs représentants de l’état et de la région dans la salle, l’association de recyclage locale qui anime un atelier en maternelle en compagnie d’un comédien de la troupe, la pseudo rivalité avec l’immense troupe Royal de Luxe.

De clin d’œil en clin d’œil, les comédiens vont loin dans l’auto dérision, jusqu’à cette scène délirante entre Françoise, animatrice de l’association « Recyclown », déguisée en hérisson, et un comédien, déguisé en lapin, qui chantent « Toi aussi, sois écocitoyen ! ».

Les comédiens sont irrésistibles et le spectacle est un petit bijou d’inventions et de drôlerie, à l’image de l’itinéraire exceptionnel de la compagnie 26000 couverts, née dans les années 90 et toujours aussi créative.

Si la mort est évoquée souvent dans ce spectacle, mais de manière si burlesque et décalée, c’est plutôt à un théâtre de la vie que l’on assiste, porté par un souffle régénérant de liberté et de joie.


 


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