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Admirable ‘Phoenix’, ‘Snow Therapy’ en hors-piste sur vos écrans

2 février 2015 > > 2 commentaires

Récompensé en septembre dernier au Festival Zinemaldia de Donostia, ‘Phoenix’ de Christian Petzold porte le meilleur du cinéma européen, ‘Snow Therapy’ de Ruben Östlund se prenant un petit peu les pieds dans la poudreuse.

L’excellent acteur américain Matt Damon confie que, pour distinguer un bon film d’un film admirable, cela peut tenir dans une scène, LA scène, où le jeu doit tenir le souffle inoubliable qui fait basculer l’oeuvre d’un côté ou de l’autre.

Dans Phoenix, cette scène existe, la toute dernière, ce qui nous prive de l’envie de vous en parler, pas de vous suggérer de ne pas rater ce quatrième film du réalisateur allemand Christian Petzold.

Jusqu’alors, l’oeuvre s’avançait masquée comme son héroïne, empruntant son introduction aux meilleures ambiances d’Alfred Hitchcok, bifurquant par les Yeux sans visage de Franju, puis en vous faisant reprendre contact avec une dramaturgie fassbinderienne.

Contrairement à beaucoup de films, Phoenix ne se contentera pas d’accumuler des emprunts sans atteindre le moindre d’entre eux. Non, pas ici, où les métaphores sur les multiples reconstructions post-guerre sont perceptibles sans vous en assommer la rétine.

Phoenix peut alors se déployer vers son final à couper le souffle.

Nous vient alors la seule amertume de n’avoir vu ses oeuvres précédents, de Yella à Barbara. Sortie de salle les yeux embrumés, l’envie de se précipiter et de le recommander à la nuit qui vous enveloppe.


‘Phoenix’ de Christian Petzold, cash cash, par Michèle Solle

phoenix-9Rien de plus porteur que le mythe du Phoenix qui renaît de ses cendres et se refait  un nouveau tour de piste.

Rien de plus cinématographique qu’un visage entouré de bandelettes d’où n’émergent que les yeux, la bouche et les narines.

Rien de plus trompeuse que cette vision.phoenix-8

Rien de plus romanesque que les scénarios qui en résultent, les cinémathèques en sont pleines (pour ne citer que La piel que habito d’Almodovar, le dernier en date)

Ici, c’est Nelly, une gueule cassée rescapée des camps, qui, à l’abri d’un nouveau visage, va à la recherche de son mari et grand amour, dans un Berlin dévasté.

phoenix-12On pourrait dire que le désespoir est au bout du chemin, s’il n’y était, en l’occurrence, depuis le début.

Cet homme l’a dénoncée et livrée aux nazis, lui confie-t-on. Cet homme qui la croit morte, troublé par une vague ressemblance, lui propose un sale marché qu’elle accepte par amour : elle doit jouer celle qui revient pour retrouver son héritage et le partager avec son mari.

phoenix-11Un jeu de miroirs, de dupes, dédoublement de la personnalité, labyrinthe dans lequel Nelly avance les yeux bandés, en état de survie, morte vivante en quête d’amour et de sa vérité, au milieu des décombres d’une ville où elle fut heureuse et fêtée.phoenix-10

Métaphore de l’Allemagne : se reconstruire après le désastre ? Démasquer les assassins ou vivre avec malgré tout ? Oublier les bassesses par lâcheté ? Pardonner ?

Un film sombre, qui avance sobrement comme le jeu des interprètes, totalement dépouillé. Elle prisonnière de son apparence à double sens, et lui désespérément veule.

Un scénario sans une once de gras, et une dernière scène magnifique.

phoenix‘Phoenix’ de Christian Petzold – Allemagne – avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Nina Kunzendorf – En VO au Royal de Biarritz et au Sélect de St Jean de Luz.


Snow Therapy de Ruben Ostlund, les héros sont fatigués, par Michèle Solle

Il y a au moins 2 façons de voir ce film, qui s’avance vers le spectateur dans la catégorie : « psychodrame familial suédois dans une station de ski des Alpes françaises ».

La première, c’est de prendre l’histoire comme on a l’air de vous la raconter, sérieusement. Une jolie famille camaïeu blond bleu s’en va-t-aux sports d’hiver en France, pour permettre au papa très buzy de retrouver sa couvée.

Snow-Therapy-4Rien que du normal dans un hôtel de luxe et sur les pistes d’une  grande station, jusqu’au 2eme jour où le ciel s’obscurcit sérieusement à cause d’une avalanche qui se meurt si près du restaurant d’altitude que tout le monde voyant sa dernière heure arrivée, réagit comme il peut. Et pendant que la mère protège ses enfants, on cherche le père qui, lui, a quitté la terrasse dans les premiers.

Snow-Therapy-5Choc collectif : les enfants rejettent les parents, le père nie s’être enfui et la mère se tait dans un premier temps. Les 3 jours qui suivent vont voir se dérouler la crise dans l’atmosphère lourde de la chambre 314 et celle, blanche, des pistes de ski, jusqu’au dénouement final où les parents inventent un futé stratagème pour restaurer les valeurs familiales, sévèrement détériorées. Tout ceci dans un décor glaçant et une musique adaptée. Bref, le film psycho.

Et la deuxième, où il n’est pas interdit d’aller chercher des choses derrières les choses, pour son plus grand bonheur. Car le réalisateur filme cette station avec le maximum d’exotisme et (peut être ?) d’intentions : tout d’abord dans cette station hors-sol, les suédois ne rencontrent que 3 personnes et seulement des scandinaves, (exception faite de la scène de l’avalanche où on entend les serveurs parler français), la nuit des engins porteurs de sourde menace sillonnent les pistes, des coups de feu sont tirés, de braves détails tout à fait ordinaires en deviennent inquiétants.

snow1Quant à l’hôtel de luxe, il ressemble furieusement à une prison avec, pour deus ex machina, un homme de service, brun, qui observe la famille se déliter dans le couloir depuis son 5eme étage.

Ajoutez les violons énervés de l’Été de Vivaldi qui vous préviennent à intervalles réguliers de la montée du danger, et d’interminables passages de blanc total, l’avalanche d’abord, le neige , le brouillard.

Un rythme lent qui entrelarde scènes de ski et d’analyse de couple, simple et alcoolisée. J’en vois qui ricanent !

snowMais que font ces suédois dans cette station si peu hospitalière qu’un père de famille très présentable s’y transforme en pauvre type à la moindre occasion ? Une station où l’on ne sait pas maîtriser la trajectoire des avalanches qu’on déclenche ? Et d’où il est si difficile de s’échapper ? (Ne pas dévoiler la dernière scène, qui vaut son pesant d’or blanc).

snow affAlors, thriller raté, pastiche réussi ou film catastrophe sans catastrophe ? La balle est dans votre camp.

Snow Therapy – Réalisé par Ruben Östlund, avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Clara Wettergren – Suède, 1h58 – En VO à l’Atalante de Bayonne


 


 


Commentaires

2 réponses à Admirable ‘Phoenix’, ‘Snow Therapy’ en hors-piste sur vos écrans

  1. Murielle dit :

    Alors, thriller raté, pastiche réussi ou film catastrophe sans catastrophe ?

    Aucun des trois. C’est une comédie psychologique noire , à l’humour caustique typiquement suédois. Voir également son précédent « Play »

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