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Alain Gomis, devant son « Félicité » : « pour moi, pour vous, le cinéma doit rester un art du combat »

9 mars 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Dans le cadre des Rencontres sur les Docks#13, le réalisateur Alain Gomis rencontrait ce matin un public de jeunes spectateurs lycéens de Bayonne venu voir son beau « Félicité », l’occasion pour lui d’embrasser plus amplement des considérations sur le cinéma et la vie, qu’il n’imagine pas dissociés, « je suis content que puissent exister des productions qui n’exigent pas de prendre le spectateur par la main en lui faisant les poches ».

Il revient tout juste de Berlin et de Ouagadougou les bras chargés de récompenses pour son film Félicité (Grand Prix du Jury de la Berlinale, et Étalon d’or du Fespaco), mais le réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis n’a pas boudé son plaisir de se retrouver, hier soir et ce jeudi matin, à présenter son film à l’Atalante de Bayonne dans le cadre des Rencontres sur les Docks#13 : « vous avez bien entendu le droit de ne pas aimer le film, mais je suis content qu’il existe ».

Face à un public de lycéens dont des élèves de la section audiovisuelle du lycée Cassin de Bayonne, le temps de partages était motivé par sa volonté d’ouverture, que cela soit pour « un film qui n’est pas forcément évident », mais également pour son envie de « parler de la dignité de ceux engagés dans des combats quotidiens et universels ».

Cette oeuvre magnifique et puissante, dont Eklektika publiera une critique complète avant sa sortie en France le 29 mars 2017, suit initialement cette mère, Félicité, dans son combat pour trouver l’argent permettant que son fils adolescent, gravement blessé, puisse être opéré d’urgence à l’hôpital de Kinshasa (Congo).

Sous le regard d’un homme désemparé de ne pouvoir être autorisé à l’aimer, le film se fait la chronique de cette chanteuse d’un bar de nuit, à la recherche des forces en elle qui lui permettraient de ne pas sombrer dans l’impuissance de sa vie, assombrie par ce coup du destin, et de continuer à chanter. Comme le mythe re-saisi d’Orphée et d’Eurydice, face à la porte des enfers intérieurs.

« C’est très important pour moi de voir ces zones d’incompréhension du récit construire votre propre chemin dans ce film », introduisit d’abord Alain Gomis, « ce projet a résisté aux systèmes de production trop classiques qui simplifient les projets amenés par des cinéastes, et qui exigent de prendre le spectateur par la main en lui faisant les poches ».

Cette image de l’Afrique urbaine, irréductible aux clichés chaotiques, Alain Gomis a bien conscience qu’elle se raréfie dans la perception habituelle, et après avoir fait sourire son jeune auditoire en déclamant son goût pour le cinéma de divertissement (« je suis un très grand fan des X-Men », et sourires partagés), le réalisateur révélé en 2001 avec L’Afrance expliqua son refus de placer le spectateur dans la position du « touriste apitoyé ».

« L’important pour moi est que vous repartiez avec un regard nourri de ce qui ne fonctionne pas là-bas, pour ouvrir votre réflexion sur ce qui ne marche pas non plus ici », un aller retour sur cette pression sociale et ce « comment fait-on pour vivre ? », quand l’abattement plonge ses crocs en soi.

« Ces fameux 5% de personnes qui se partagent 95% des richesses de la planète comme on le sait, c’est aussi ces 5% de la vie réelle seulement représentée par la télé ou le cinéma, et c’est un poison qui vous interroge sur votre place dans « ce que l’on voit » et qui vous exclut, qui peut nourrir une détestation de votre vie, et un rejet de vous-même… C’est pourtant la réalité du combat ordinaire d’une très grande partie de l’humanité, c’est le fil du récit de cette femme, ce sentiment d’être incapable d’accéder à la vie telle qu’elle en rêve. Le film poursuit finalement cela, évoquer la dignité des personnes-là ».

Après une carrière cinématographique riche de 4 longs métrages en 16 ans, Alain Gomis sait que sa Félicité entre sans doute « par accident » dans le programme de plaisirs de ce jeune public, il pense qu’il en existe des heureux comme celui-ci, raconte ces moments où son plan de tournage s’est nourri d’instants où les non-figurants des rues de Kinshasa sont entrés dans les scènes, les ont modifiées puis enrichies, il évoque « la vie qui entre sans prévenir », s’appliquant à lui même cette idée que « la vie doit être vue et acceptée comme elle est ».

« Le personnage de Félicité est une personne forte qui a refusé tous les compromis, jusqu’à s’enfermer dans une très grande dureté, jusqu’à ne plus savoir être aimée. Elle est minée par la défaite de son idée de pouvoir porter le monde au bout de ses bras, et le récit la suit dans ce moment de renoncement, dans sa capacité espérée par un homme amoureux de la voir retrouver la notion des petites choses qui aident, remontent jusqu’à elle et lui murmurent on va y arriver, on va y arriver« .

Mais l’heure tourne, et aux transports cinématographiques s’opposent ceux, plus prosaïques, ceux du moyen de rejoindre Toulouse en train, où il présentera à nouveau son film ce jeudi soir.

Alain Gomis enfile une parka que ne mettrait jamais Georges Clooney, il regarde son auditoire silencieux et ravi, il lui reste sans doute une dernière parole à leur offrir, dans l’incertitude des « happy accidents » qui changent des existences :

« vous qui êtes dans une formation de réalisation audiovisuelle, je voudrais vous confier mon sentiment, mon espoir que, pour vous aussi, comme pour moi, le cinéma reste un art du combat ».

Il sort sous les applaudissements nourris, la gare est à moins de 500 mètres, il faut tout de même hâter le pas vers d’autres salles qui auront la très grande chance d’accueillir ce bel artisan de cinéma.


Les Rencontres sur les Docks#13 continuent jusqu’au samedi 11 mars 2017 :

tout le programme à retrouver sur le site dédié


 


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