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« Alien Covenant » : entre jeu de massacre humain et adulation de la Bête, Ridley Scott a choisi son camp

10 mai 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Sixième volet de la saga, entre le prequel Prometheus et les quatre premiers films, ce retour sur les écrans de Ridley Scott offre une fascination inattendue du réalisateur face à sa Créature, ce « Alien Covenant » est une belle nouvelle pour les écrans depuis ce mercredi.

Alien, Bête noire mythique de la science-fiction, est de retour, après un silence de 20 ans (Alien 4, signé Jean Pierre Jeunet) et une envie toujours aussi dévorante de revenir hanter nos écrans avec la saga la plus emblématique du cinéaste britannique Ridley Scott (depuis 1979 et le premier volet réalisé, jusqu’au préquel Prometheus, en 2012).

Du haut de ses (presque) 80 ans, il en signe donc le sixième volet avec une passion visible, loin de tout esprit de commande hollywoodienne, pour nous offrir un très inattendu arrière goût d’autobiographie misanthrope.

Situé avant les quatre premiers films mais quelques années après les événements de Prometheus, cet Alien Covenant prolonge donc une nouvelle expédition d’astronautes chargés de trouver une planète à coloniser, toujours en compagnie de cet androïde baptisé David (et toujours interprété par Michael Fassbender), tout ce petit monde retrouvant donc la planète où s’est écrasé le vaisseau Prometheus : les y attendent sans mauvaises surprises pour les spectateurs les « xénomorphes » Alienesques.

Tandis que les humains passent le film à participer au jeu de massacre le plus cruel de la saga, elles sont les vraies stars du film, les seules peut-être.

Si les premiers films se basaient sur les hommes, leurs peurs, leurs survies, leurs fascinations face au monstre, Ridley Scott a cette fois-ci changé de camp, et seul un personnage reste développé, David, l’androïde, unique rescapé de Prometheus.

Ici, les astronautes se ressemblent (presque) tous, le réalisateur ne fait même pas mine de les trouver intéressants, et les utilise juste comme un prétexte pour la déclaration d’amour la plus sanglante qu’il ait adressé à sa créature de l’espace. Jamais les morts n’ont été aussi cyniques et gratuites que dans Covenant.

A l’époque du premier Alien, la créature encore inconnue pouvait se cacher dans le hors-champ : aujourd’hui, elle est devenue si iconique qu’il serait ridicule d’imaginer la cacher. Alors elle prend tout le cadre et ce sont les morts qui se font décimer au dernier plan.

L’Alien n’est plus une menace ou un monstre : elle est une merveille de puissance filmée comme un athlète, un pur-sang au galop.

Le cinéaste multiplie les situations pour amuser sa petite création sous toutes ses déclinaisons face à des humains toujours plus stupides, ou définitivement faibles.

Sans tomber dans le cartoonesque, le film se nourrit alors d’une brutalité fascinante tant on sent Scott jubiler.

Le film pousse encore plus loin sa déclaration d’amour : il délaisse tout idée, même minuscule, d’arc narratif, accumule les facilités scénaristiques et les références bibliques balourdes sans aucun remords.

Tout ce qui importe, c’est de représenter l’Alien comme le nouveau Adam, et son créateur, David, comme un esthète, un artiste génocidaire, entre Wagner et le Dr Frankenstein.

Alien Covenant ne gagne d’intérêt que dans ce qu’il a de méta-textuel. Scott finit, comme David, par préférer les Aliens, à force de vivre à leurs côtés depuis des années. Il est devenu seul maître de sa saga dont il a transformé les ruines encore chaudes après le passage de Prometheus en un immense terrain de jeu.

Il évolue, jouissif, comme l’androïde, entre ses inventions monstrueuses sous toutes leurs formes, loin de toute présence humaine.

Perdu dans une folie des grandeurs gothique et stérile, il multiplie les occasions de se comparer aux grands artistes de l’Histoire. Et c’est David qui finit le film avec un sourire que doit partager Scott, en plantant les graines pour encore de nombreux Aliens.

A la fin du générique, dans une salle silencieuse, les spectateurs peuvent sortir quelque peu abasourdis, plus encore que réellement mécontents ou satisfaits.

En observant la jouissance de Ridley Scott à faire souffrir cette humanité imparfaite qui semble l’avoir tellement déçu, ne reste qu’une pléiade de questions.

Comment en est-on arrivé là ? A-t-il passé trop de temps à admirer le destin historique de ses propres créatures ? Se sent-il plus proche d’eux, maintenant qu’il est lui-même devenu un monstre du cinéma ? S’est-il tout permis, maintenant que plus personne ne lui refuse quoi que ce soit ?

Peut être que face à ces questions , comme David encore une fois quand il doit expliquer la raison de sa création monstrueuse, il répondrait simplement que « l’oisiveté est mère de tous les vices ».


 


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