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Alltta à L’Atabal, nouveau rendez-vous réussi d’une Big Up saison hip hop au grand jour

19 avril 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Vendredi 14 avril, alors que Bayonne foirait le jambon, L’Atabal accueillait un duo évoluant aux frontières du hip hop et des sonorités électroniques, Alltta, nouveau point de repère d’un line up émergeant à Biarritz, que clora la soirée BPM#1 avec le concert de Demi-Portion le 28 avril prochain.

Pour qui fréquente les autobus, qu’ils soient municipaux, macrocéphales ou transfrontaliers, il suffit de lever la tête pour se rendre compte que nous sommes entrés dans l’ère de l’individualisme communautaire. Ne voyez en cette analyse superficielle aucun jugement de valeur, mais un constat amusé de ce que sont devenues les habitudes de nos contemporains.

Rien d’individualiste dans la démarche de Alltta, formé de la rencontre fortuite du français 20syl (Hocus Pocus, C2C) et de l’américain Mr. J. Medeiros (The Procussions), en tournée vendredi dernier à L’Atabal Biarritz pour leur premier album, The Upper Hand, ce qui impose tout d’abord de remonter la généalogie de ses deux créateurs.

20syl, fondateur en 1995 du groupe de hip hop Hocus Pocus, allait dans ce sens dans l’album Place 54, paru en 2007 sur le label On And On Records, qu’il co-fondait en 2001. S’il est un des rares Nantais à avoir percé dans le paysage du rap hexagonal, c’est que 20syl n’est rentré dans aucune de ses cases : ni underground, ni commercial, un brin conscient, il semble se jouer des codes.

Et son Place 54 reste une référence : l’album, jazzy, mélodieux, bourré d’humour, mais aussi sa chanson éponyme, est le récit de son voyage en train, de Paris à Naoned (Nantes en breton), au rythme échevelé d’une locomotive, décrivant ces voisins de wagon, qui partage un instant nos vies de nomades confortables, jusqu’à ce qu’une voix saturée crie « terminus, tout le monde descend ».

Les aléas rencontrés par Hocus Pocus, qui ont permis l’éclosion de Coups2Cross,  vite rebaptisé C2C, allaient mener le MC-compositeur 20syl au succès planétaire (quadruple champion du monde DMC) et à une forme d’apogée comme les aime l’industrie musicale, à ceci près que On And On Records, qui produit C2C et Alltta, reste un label indépendant.

En 2005, 20syl croise la route du rappeur californien Mr. J. Medeiros, membre fondateur de The Procussions. Ils entament alors leurs échanges transatlantiques, qui fourniront le terreau où faire pousser le groupe Alltta.

Il aura fallu dix ans, avec la sortie du EP The Woods en 2016, pour que se réalise le projet de ces deux « correspondants », dont la complicité vous saute à la figure dès les premiers instants du concert.

Alltta est une belle tambouille, où y trouver du hip hop fondamental, où Medeiros pose son phrasé à un rythme affolant, sur des instrumentations calibrées, entre ce rap jazzy « piano-basse-caisse claire » qui avait fait la singularité de Hocus Pocus et des morceaux de Trap Rap plus ou moins convaincants.

20syl adopte un temps des sonorités abstraites, que l’on retrouve chez Daedelus (Ninja Tune) et derrière lesquelles on ressent la maîtrise du compositeur dans son virage à 90° vers les musiques électroniques (s’imagine alors avec gourmandise un ping-pong entre Alltta et les anglais de Foreign Beggars).

Passant d’une chanson dédicacée aux « petits » (Medeiros culmine à 1m70), inspirée par Muggsy Bogues, plus petit joueur de la NBA, à un titre aux frontières du slow, Touch Down, le concert s’achève sur Drugs, témoignage poignant, un brin moralisateur, sur l’usage des psychotropes et ses conséquences.

De cette soirée biarrote, on retiendra Holy Toast, encrée au vitriol par Medeiros : entre samples de flute traversière et distorsions de guitar-hero, la palette sonore est déconcertante.

Dans le public, peu sont ceux qui connaissent le répertoire du duo, mais 20syl parvient à les emmener, monter et descendre, et quand le Nantais descend, lui, de son promontoire de beat maker, la salle exulte de l’entendre au micro, poser son phrasé élégant, au côté du trublion, Medeiros, branché sur le triphasé.

En fond de scène, une succession d’animations sobres, soignées, en noir et blanc, ouvrent l’imaginaire, sans nous faire perdre de vue l’essentiel, la jubilation de l’oreille.

Souhaitons que la formule murisse, ne cesse de se réinventer et de compléter la belle liste des collaborations entre rappeurs français et américains.

Espérons que dans la salle, les jeunes pousses du hip hop local auront découvert avec Alltta un rap transversal, inspirant, à glisser dans leurs oreilles aux matins de solitude collective, dans un A2 bondé, vers l’infini, ou le bahut.

Durant ces vacances du côté de Biarritz, ils seront quelques-uns à participer au stage Hip Hop organisé par L’Atabal, en avant-goût de la première édition, le 28 avril, du BPM (Le Bruit Propulse le Mouvement).

François Maton, directeur de la salle biarrotte, ne cache pas son désir de voir les soirées BPM devenir le rendez-vous de cette scène locale volatile, qu’il entend émerger depuis maintenant six ans à la tête de ce lieu.

Demi-Portion, en concert le 28 avril 2017 à L’Atabal Biarritz

Avec Alltta, après Georgio, Vald et avant Demi Portion, qui tiendra la tête d’affiche du BPM, puis DJ Shadow, Atabal affirme ses références et clôt une saison comme on referme un éventail, large, chatoyant, n’attendant qu’une chose, être rouvert et mis en mouvement.


A écouter : AllttA (20syl & Mr. J. Medeiros) Touch Down Pt. I (from « The Upper Hand » album)


Note de l’auteur :

pour aller plus loin sur la sociologie du Hip Hop, un peu de lecture numérique > http://heimann.antoine.free.fr/


 


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