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‘Americanah’ de Adichie, roman éblouissant sur le malaise sombre des « sans choix »

13 février 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Le monde a dit adieu à l’auteur nigérian Chinua Achebe en 2013, mais l’homme de lettres survit à travers ses œuvres comme Le monde s’effondre et Le Malaise et grâce aux nombreux écrivains qu’il inspirait.

Sa jeune compatriote Chimamanda Ngozi Adichie nous rappelle à quel point elle est une digne héritière avec son nouveau livre magistral, Americanah.

L’histoire :

AmericanahIfemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre.
Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?
Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.

Ce nouveau roman de Adichie arrive dix ans après son premier roman, L’Hibiscus pourpre, proclamé Meilleur premier livre du prix littéraire Commonwealth Writers’ Prize en 2005.

Il raconte l’histoire de ces deux nigérians tentant de se reconnecter après avoir été séparés pendant de nombreuses années. Mais ne laissez pas cette description vous égarer. C’est un prétexte pour poser un regard lucide sur la réalité de la vie et les relations dans un monde globalisé turbulent.

L’intrigue est nuancée mais voici l’essentiel : à Lagos, les adolescents Ifemelu, une jeune fille livresque, maîtresse de soi et Obinze, le fils plutôt cool d’un universitaire, tombent amoureux. Mais les grèves du corps professoral de l’université d’Ifemelu l’obligent à poursuivre ses études aux États-Unis.

Elle s’y épanouit et commence un blog provocateur anonyme appelé «Raceteenth ou Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les nègres) par une Noire non américaine »

Pendant ce temps, Obinze, qui avait prévu de la suivre, mais s’est vu refuser un visa, termine à Londres. Des années plus tard, les deux sont sur le point de se réunir à nouveau au Nigeria. Mais après tout ce temps et la distance, est-ce ce que ça peut être la même chose?

Aldicichie, récipiendaire du Prix MacArthur en 2008 et qui partage son temps entre le Nigeria et Colombia, Maryland, est particulièrement bien placée pour commenter les problèmes de l’Amérique avec les races, le système des classes sociales, et la politique. Et elle le fait sans concessions.

Au cours de sa première année en Amérique, quand elle prenait le New Jersey Transit jusqu’à Penn Station puis le métro pour rendre visite à Tante Uju à Flatlands, elle avait été frappée par la minceur des Blancs qui descendaient aux stations de Manhattan, alors que plus le train s’enfonçait dans Brooklyn, plus les passagers restants étaient noirs et gros. Mais à l’époque elle ne les qualifiait pas de « gros ».

Americanah offre également un aperçu pénétrant de la nature et des interactions humaines. Ainsi les scènes de dîner dans lesquels les gens bien intentionnés, bien instruits et fortunés parlent avec un cœur ouvert et un esprit étroit, exposant avec désinvolture leurs limites et leur ignorance.

Chimamanda-Ngozi-Adichie-1Dans ce livre tentaculaire, Adichie met sous son microscope le racisme, le malaise sombre des «sans choix» et le visage changeant de la politique mondiale.

En partie conte de fées, et en partie aventure, c’est un roman ambitieux qui trace les humiliations et indignités, les échecs et les succès, capturant dans des détails empathiques ce qui arrive quand les gens vont à la recherche d’une liberté de choix et la sécurité loin de la terre natale.

Tu es dans un pays qui n’est pas le tien. Agis comme il faut si tu veux réussir

Obinze, qui devient riche au delà de ses rêves, en est presque perturbé.

Pareille facilité l’avait stupéfié. La première fois qu’il avait présenté sa demande de crédit à la banque, il lui avait semblé surréaliste de dire « cinquante » et « cinquante-cinq » sans préciser « millions » parce qu’il était inutile de spécifier ce qui allait de soi. Il s’était également étonné de constater à quel point tant d’autres choses étaient devenues faciles, comment la simple apparence de la richesse lui ouvrait les portes. […] Son esprit n’avait pas changé au même rythme que son existence, et il sentait un écart béant entre lui et la personne qu’il était censé être.

Un autre homme, dont la famille travaille pour Ifemelu, « regardait les gens dans les yeux non parce qu’il s’intéressait à eux, mais parce que c’était une façon de le leur faire croire.»

La prose sensuelle de Adichie est éblouissante tout le long. Ici, une image d’Obinze et Ifemelu lors d’une nuit nigériane pendant l’harmattan

Certaines nuits, la chaleur était lourde, épaisse comme une serviette. Parfois un vent froid et coupant se levait et Ifemelu abandonnait sa chambre de la résidence. Blottie près d’Obinze sur son matelas, elle écoutait les pins siffleurs hurler au-dehors, dans un monde devenu soudain fragile et précaire.

Son écriture est élégante, avec une brillance accessible.

Même les tournures de phrase les plus courtes évoquent quelque chose de plus grand, une image plus englobante : une femme américaine vexée restera « longtemps drapée dans le pashmina des offensés. ». De même Ifemelu considère l’homme avec lequel elle a une aventure « comme une personne qui possédait un tronc d’humanité en guise de colonne vertébrale. »

Et même si Americanah se termine de façon plutôt prévisible, c’est un roman plein de sagesse légère et divertissante et d’une perspicacité sans fin.

Le Nigeria devint l’endroit où elle devait être, le seul endroit où elle pouvait enfouir ses racines sans éprouver en permanence le désir de les arracher et d’en secouer la terre.

chimamanda-ngozi-adichie


AmericanahAmericanah, de Chimamanda Ngozi Adichie
Collection Du monde entier, Gallimard – Parution le 1er janvier 2015
528 pages, 24,50 €


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