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‘Antigona’ du Tannina Teatre : invoquer le mythe, et rallier les ‘Indignados’ [Vuelta#1]

15 octobre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Hier a été donnée pour Vuelta#1 à Biarritz la première française de ‘El eco de Antigona’ du Tannina Teatre de Valencia, brillante relecture de la tragédie classique de Sophocle, invitant à un détour par les douleurs de la dictature franquiste espagnole et par l’espoir du mouvement des Indignés aujourd’hui.

Le Teatre Tannina de Valencia a ouvert en toute beauté la première soirée de Vuelta#1, aux Découvertes des Chimères de Biarritz, avec une adaptation très réussie de « El eco de Antigona », du Péruvien José Watanabe.

antigona-vuelta-chimeres-6Ré-écrit pour une seule comédienne sur scène par ce grand poète d’après le récit de Sophocle, ‘Antigona’ est le récit de l’histoire de cette princesse désobéissant aux ordres de son oncle, Créon, roi de Thèbes, après la disgrâce de son père, Oedipe.

Ses deux frères se retrouvant ennemis l’un contre l’autre, et mourant tous les deux dans leur duel, Antigone se retrouve devant l’impossibilité de voir l’un (Étéocle) célébré comme un héros, quand l’autre (Polynice) est interdit de sépulture par Créon.

Deux pertes cruelles pour Antigone, un destin identique dans la mort, mais une interdiction tyrannique de ne pouvoir les réunir tous deux dans un même repos sacré : Antigone brave l’interdit royal et recouvre le corps de Polynice de terre, se fait arrêter par les gardes, et Créon, ne faisant aucune exception à sa royale colère, la condamne à mort et à être emmurée dans une grotte.

antigona-vuelta-chimeres-3La première difficulté de cet ‘Antigona’ est de démêler la complexité dramaturgique de cette bataille de Thèbes, et, dans le cas de l’oeuvre de Watanabe, d’en porter seule tous les personnages.

Anaïs Duperrein s’en sort mieux que bien, la théâtralité de son expression corporelle donnant sens à ses basculements de figures, le texte devenant fil d’équilibre d’une présence presque chorégraphique, soutenue par les enveloppes sonores de Miquel Carbonnell, près d’elle, dans l’ombre.

Jouant à plein de la représentation en tri-frontal, un habile jeu avec sa robe rouge lui permet de douter et avancer vers la mort (Antigone), de vociférer et menacer (Créon), ou de jouer le témoin qui raconte cette histoire, l’autre soeur, Ismène, qui peu à peu prend une place essentielle dans le récit qui nous en fait en espagnol.

antigona-vuelta-chimeres-4Car la question qui reste posée par Antigone est celle de ne craindre que la disparition de ses convictions, moins terrible que sa propre fin.

Là où Anouilh avait placé le doute, avec malice et puissance, dans le personnage de Créon (contraint de condamner celle qui est la femme de son propre fils, et princesse du royaume), l’impossibilité de fléchir devant une décision, aussi cruelle soit-elle, n’est pas au coeur de cette adaptation.

Ce qui est en jeu ici, c’est bien le devoir de la désobéissance, qui n’a pas quitté le coeur des hommes, durant les grands conflits ou, comme l’ont rappelé en bord de scène Anaïs et Miquell, durant cette période des Indignados de Madrid (le mouvement des Indignés).

Ils sont « tombés amoureux » du texte, l’ont adapté librement en y rajoutant une citation de Federico Garcia Lorca dont personne, en Espagne, n’a oublié que les franquistes lui ont refusé cette sépulture digne, de la même façon que Polynice.

antigona-vuelta-chimeres-7« L’incertitude sur son corps, toujours cherché dans des fosses communes, a entrainé des réactions très fortes devant notre spectacle », a expliqué Anaïs, « beaucoup de personnes âgées se sont senties effondrées », tandis que, parmi les rangs les plus jeunes, « beaucoup ont fait le lien avec le mouvement des Indignados, et la nécessité de rallumer l’espoir de la contestation ».

Dans la salle, Jean-Marie Broucaret, Directeur des Chimères et du festival, n’a pas caché son plaisir de découvrir cette première française, les deux acteurs du Tannina Teatre ayant pris soin, avec sincérité, d’expliquer aussi combien la conduite de ce récit, plus histoire racontée qu’adaptation classique, devait à un spectacle qu’il a mis en scène l’an passé avec deux de ses comédiennes, Elles s’appelaient Phèdre.

antigona-vuelta-chimeres-8Ce soir, Vuelta#1 continue avec une pièce chilienne, Yo maté à Pinochet, l’émotion ne devrait pas retomber.

 


 


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