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« Asli Erdogan, tu n’es pas seule », appel international (relayé) pour la libération de l’écrivaine turque

30 novembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

L’écrivaine turque Asli Erdogan est actuellement incarcérée à la prison pour femme de Barkirköv à Istanbul. Après la confirmation hier de sa condamnation à perpétuité, Amnesty International ainsi que les médias et les professionnels du livre en Europe, dont les éditions Actes Sud, appellent à diffuser ses textes.

Dans leurs poings serrés en l’air, deux messages à saisir : sa libération immédiate, et un cri porté haut vers les murs de sa prison, qui résonne en échos sur ceux d’autres prisonniers politiques : « Asli Erdogan, tu n’es pas seule ».

liberte-pour-asil-erdogan-cerivain-turquie-4L »écrivaine Asli Erdogan n’est pas la seule intellectuelle turque derrière les barreaux dans ce vaste monde et, bien sûr, les appels de solidarités nous parviennent de partout, tant et tellement qu’il est impossible de trouver en soi un écho pour chacun.

Alors pourquoi Eklektika parlerait davantage de cette romancière que d’une autre ?  Peut-être parce que son écriture est venu percuter notre vaisseau littéraire, que son drame nous a permis la rencontre sensible avec une poésie violente et absolue.

Si l’on veut écrire, on doit le faire avec son corps nu et vulnérable, sous la peau…  Les mots ne parlent qu’avec les autres mots. Prenez un V, un I et un E et vous écrivez Vie.  A condition de ne pas vous tromper dans l’ordre des lettres. De ne pas, comme dans la légende, laisser tomber une lettre et tuer l’argile vivante. J’écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, dans un soupir. Comme on cueille un fruit sur la branche, comme on arrache une racine. Il te reste le murmure que tu perçois en plaçant contre ton oreille, un coquillage vide. La vie : mot qui s’insinue dans ta moelle et dans tes os, murmure évoquant la douleur, son qu’emplissent les océans

Extrait du livre Le bâtiment de pierres, édité en 2013 aux éditions Actes Sud.

liberte-pour-asil-erdogan-cerivain-turquie-5De nombreuses structures littéraires et médiatiques ainsi qu’Amnesty international lancent un appel pour que chacun diffuse à sa façon, librairies, théâtres, afficheurs, médias, les textes de la romancière emprisonnée, Asli Erdogan.

400 000 signatures noircissent déjà la pétition européenne en faveur de la libération de l’une des écritures les plus engagées de la Turquie. Et en Suisse, tous les jours à 18h, un extrait de l’un de ses romans est lu publiquement dans des espaces publiques.

liberte-pour-asil-erdogan-cerivain-turquie-6Asli Erdogan risque la prison à vie pour avoir été conseillère dans un quotidien turc soutenant les revendications des kurdes. Condamné à la fermeture le 16 août dernier par la cour criminelle d’Istanbul, le média en question voit alors ses journalistes et collaborateurs arrêtés chez eux dans la nuit du 16 au 17 août 2016.

Pas plus tard qu’hier, les promesses de libération se sont évaporées, avec sa nouvelle condamnation à perpétuité. Et comme le rappelle les écrivains français Tieri Briet et Ricardo Montserrat : « l’emprisonnement d’une romancière jusqu’à sa mort, c’est l’assassinat prémédité d’une littérature qui entend rester libre ».

liberte-pour-asil-erdogan-cerivain-turquie-8Les chefs d’accusation qui pèsent sur Asli Erdogan sont improbables : participation à un groupe terroriste armé et incitation au désordre, entre autres et dans des conditions de détention « qui s’aggravent » selon les médias internationaux.

Sa situation n’est pas unique, rappelle-t-elle de sa prison, dans une lettre communiquée par un autre média turc, mais son statut d’intellectuelle génère une situation que l’Histoire ne peut plus tolérer, soulevant symboliquement les libertés mises à mal d’un monde tenté, à répétition, par le totalitarisme.

liberte-pour-asil-erdogan-cerivain-turquie-7L’histoire d’Asli Erdogan révèle les purges en cours et en nombre auxquelles doivent faire face les médias et les intellectuels dans une Turquie actuellement en plein repli identitaire.  Elle nous rappelle aussi à quel point nos libertés acquises sont fragiles et comme nous devons rester vigilants face aux politiques actuelles, qu’elles naissent dans le monde, ou plus près, trop près de nous, actuellement.

Engagée pour les minorités victimes d’oppression et de discrimination, défenseuse des droits de l’homme, la romancière physicienne de 47 ans vit à Istanbul, ses livres sont traduits en anglais, français, allemand, arabe, italien.

Son écriture ne se forge pas uniquement dans la contestation, mais aussi dans la poésie inspirée de Rilke, la puissance critique et les écorchures humaines. Rendre leurs beautés aux nuits et aux âmes qui y ont sombré, dire les faits, formuler les vérités dessous le sable que les gardiens du désert humain aiment garder ensevelies.

Entre mon vrai visage et son reflet dans la vitre, le temps et le néant, parmi tout ce qui ne peut-être dit avec des mots… Je suis là, à cette heure sombre où j’aurais souhaité être ailleurs, dans un autre temps. Je suis dans la nuit, toujours la même, infinie, la nuit ambrée…

Extrait du texte Je t’interpelle dans la nuit

liberte-pour-asil-erdogan-cerivain-turquie-1Afin de résister à l’appel d’un silence vaincu, les éditions Actes Sud annoncent également la publication, en janvier 2017, des chroniques pour lesquelles Asli Erdogan est actuellement arrêtée, sous le titre : « Le silence même n’est plus à toi ».

Les éditions publient depuis 2003 les ouvrages de l’auteur et restent emplies de douleur face à la situation actuelle des écrivains turcs, qu’elles encouragent et éditent régulièrement.

Parmi ces pépites, nous vous conseillons en particulier Le bâtiment de pierres (2003), ou l’immersion dans la vie invisible de résistants détenus derrière les murs d’une prison : l’écriture simule un regard d’homme prisonnier qui aurait laissé ses yeux à l’auteur, avant de mourir enfermé.

Comme d’autres médias, Eklektika relaie la lettre d’Asli Erdogan, envoyée de sa prison le 1er novembre 2016 : en attendant la suite des évènements, n’hésitez pas à nous communiquer vos lectures et actions solidaires envers sa libération que nous relaierons dans notre portail culturel.


liberte-pour-asil-erdogan-cerivain-turquie-2Chères amies, collègues, journalistes, et membres de la presse,

Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakırköy, au lendemain de l’opération policière à l’encontre du journal Cumhuriyet, un des journaux les plus anciens et voix des sociaux démocrates. Actuellement plus de 10 auteurs de ce journal sont en garde-à-vue. Quatre personnes dont Can Dündar, (ex) rédacteur en chef, sont recherchées par la police. Même moi, je suis sous le choc.

Ceci démontre clairement que la Turquie a décidé de ne respecter aucune de ses lois, ni le droit. En ce moment, plus de 130 journalistes sont en prison. C’est un record mondial. En deux mois, 170 journaux, magazines, radios et télés ont été fermés. Notre gouvernement actuel veut monopoliser la “vérité” et la “réalité”, et toute opinion un tant soit peu différente de celle du pouvoir est réprimée avec violence : la violence policière, des jours et des nuits de garde-à-vue (jusqu’à 30 jours)…

Moi, j’ai été arrêtée seulement parce que j’étais une des conseillères d’Ozgür Gündem, “journal kurde”. Malgré le fait que les conseillères n’ont aucune responsabilité sur le journal, selon l’article n°11 de la Loi de la presse qui le notifie clairement, je n’ai pas été emmenée encore devant un tribunal qui écoutera mon histoire.

Dans ce procès kafkaïen, Necmiye Alpay, scientifique linguiste de 70 ans, a été également arrêtée avec moi, et jugée pour terrorisme. Cette lettre est un appel d’urgence ! La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante. Je suis convaincue que le régime totalitaire en Turquie, s’étendra inévitablement, également sur toute l’Europe.

L’Europe est actuellement focalisée sur la “crise de réfugiés” et semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Actuellement, nous, -auteur(e)s, journalistes, Kurdes, Alévi(e)s, et bien sûr les femmes – payons le prix lourd de la “crise de démocratie”.

L’Europe doit prendre ses responsabilités, en revenant vers les valeurs qu’elle avait définies, après des siècles de sang versé, et qui font que “l’Europe est l’Europe” : la démocratie, les droits humains, la liberté d’opinion et d’expression…

Nous avons besoin de votre soutien et de solidarité. Nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait pour nous, jusqu’à maintenant. Cordialement.

Aslı Erdoğan, 1er novembre 2016, prison Bakırköy Cezaevi, C-9, Istanbul. Traduit du turc par le site Kedistan


Pétition pour exiger la libération d’Asli Erdogan


 


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