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« Au fer rouge », entretien avec Marin Ledun : « Il suffit d’imaginer le pire »

14 janvier 2015 > > Un commentaire

Ce mercredi 14 janvier sort « Au fer rouge », le nouveau roman de Marin Ledun, nouvelleplongée dans un Pays Basque enkysté dans sa guerre sale, dans la corruption, le trafic de drogue et les petits arrangements crapuleux à l’heure du post-ETA.

Les lecteurs de Marin Ledun le savent, et l’apprécient pour cela : l’écriture à bout de souffle de cet écrivain se nourrit de faits divers, qu’il assemble et remet en lumière par la liberté qui est la sienne de les triturer, de les tordre, de les mettre en relief. Qu’il éclaire. Ou qui peuvent faire sens. Tôt ou tard.

Son dernier roman, Au fer Rouge (voir ci-dessous), n’échappe à cette règle : cette histoire de cadavre retrouvé dans une valise sur la plage de Seignosse, dans les Landes, était en cours de relecture par son éditeur, au moment où était retrouvée cet été une valise trouvée dans un bois à Tarnos, à quelques kilomètres de là.

A l’intérieur de ces deux valises, une victime de fiction pour Marin, et un homme démembré pour la police. Mais pour tous les deux, le même CV : un trafiquant de drogue espagnol châtié pour des raisons que l’enquête policière n’a pas éclaircies, quand l’écrivain en détermine le premier fil d’un sombre canevas, nourri de relents de guerre sale et d’anti-terrorisme au Pays Basque.

« J’ai été assez sidéré que comprendre que, finalement, j’avais manqué d’imagination », s’esclaffe Marin Ledun, « j’avais oublié que j’aurai dû décapiter mon personnage pour mieux le faire rentrer dans la valise ! ».

L’entretien donné à Eklektika sur cette collision entre la fiction et le réel qui nourrit son travail lui inspire un résumé possible : « il suffit d’imaginer le pire ».


 « Le marché très lucratif de la peur »


Attentat du GAL, Bayonne – Photo : Daniel Velez

Prolongement de son précédent « L’homme qui a vu l’homme », nourri de l’affaire du militant basque Jon Anza,  Marin Ledun a compté les morts, essentiellement « les gentils », et fait réapparaître les salauds, qui ne meurent jamais, et pas que dans les romans, « ce sont souvent eux qui gagnent dans la vraie vie, non ? ».

1507-0La figure de Javier Cruz est dessinée rapidement, les détails auraient été inutiles : fonctionnaire de police espagnol installé en Aquitaine dans les bureaux de l’anti-terrorisme français, l’homme est charge de museler et d’éradiquer le spectre menaçant de militants basques supposés trop proches d’ETA.

Les moyens décrits dans « Au fer rouge » n’empruntent pas les seules voies de l’imagination : ici au Pays Basque, les murs grondent de cas d’enlèvements suspects et dénoncés, de faits de torture, et de slogans recouvrant les murs de Bayonne de « Nun da Popo ? » (« où est Popo », du surnom de Jean-Louis Larre, militant de l’organisation armée Iparretarak porté disparu lors d’une opération de police en août 1983).

Javier Cruz peut donc s’incarner dans ces zones suspectées de retour des mercenaires de la guerre sale du GAL, dans une période historique précise où l’organisation ETA a annoncé depuis le 20 octobre 2011 « la fin définitive de son action armée ».

Le contexte a donc changé, sans doute pas les hommes de l’ombre, estime Marin, « regarde l’Espagne, les héritiers du franquisme n’ont pas disparu ».

« Dans ce nouveau livre, la fin de l’activité militaire d’ETA est donc le point de départ d’une double interrogation sur l’action éventuelle de tout cet arsenal politico-militaire qui a été mis en place pour les contrer, et, dans le même temps, l’explosion depuis 10 ans de sociétés de sécurité qui, au Pays Basque, cherchent et rassemblent des gros bras. J’ai construit cette nouvelle intrigue en bâtissant des ponts fictionnels entre ces deux éléments ».

Pour un écrivain hanté par la question de savoir « qui paye ? » quand le pire surgit, une certitude a enkysté son désir d’écrire.

« Comment construire un ennemi quand les armes se sont tues ? Il y a de l’argent à faire avec le marché très lucratif de la peur, et il est assez peu imaginable que la paix envisagée soit une issue applaudie par tous ».


« Il n’y a pas de victimes, que des gens responsables »


« Pour ce deuxième opus, il s’agit d’un polar plus classique, moins axé sur un fait réel comme le précédent, et potentiellement moins dérangeant ».

Déjà confronté à des questionnements du type : « Comment peux-tu écrire comme ça sur le Pays Basque sans rendre compte de la barbarie d’ETA ? », Marin Ledun pose côte à côte sa liberté de romancier et son ADN libertaire.

arton359Il n’est le porte-parole d’aucune revendication, seul l’intéressent ces parcours dramatiques où l’explosion des certitudes face à l’odieux oblige ses personnages à reconsidérer leurs existences.

« Chacun des protagonistes de cette histoire possède sa propre évolution au fur et à mesure de l’enquête, quand ils se confrontent au mur des règles du système. Face à un choix, loin déjà du seul espoir de s’en dégager. dans mes romans, il n’y a pas de victimes, que des gens responsables. ils amènent leurs visions du monde au lecteur, avec l’envie d’imposer leurs certitudes comme des prêches, nourris de cynisme et d’affirmation que le monde marche comme ça« .

Lui seul tient ensuite les règles d’intervention des Parques grecques, à même de rompre quand elles le souhaitent le fil fragile des existences. Fussent-elles marquées du fer rouge de la violence, de la corruption, et de la plus grande illégalité.


Sargentis, une saloperie d’usine au moins aussi putride que celle de Fertiladour


fertiladourDans le Port de Bayonne, une usine désaffectée porte à elle seule la honte des industriels dans l’opacité qu’ils ont alimentée depuis plus de 30 ans.

fertiladour-2Fertiladour, le cauchemar de la terre, gavée de pus radioactif quand y étaient broyées des terres rares riches en thorium, et que ses ouvriers pensaient à peine plus embêtantes que les engrais phosphatés habituels.

Ici, pour Marin, son nouveau nom, Sargentis, est la seule précaution de langage pour en reprendre les dommages faites à l’environnement naturel, et aux hommes qui en sont morts.

Ce scandale écologique et humain nourrit le récit douloureux de ceux qui s’en indignent, et se lèvent le point levé. Mais également l’appétit que procure cette opportunité immobilière, rendue possible par un vaste réseau de corruption locale.

Des élus, des policiers, des magistrats, tous de mèche avec un industriel véreux : assurément de la pure fiction.

Une description que le romancier peut avancer sans la crainte d’autres, journalistes, qui ont affronté la colère et les menaces de l’industriel concerné. Des pages qui font du bien, donc, au vu des adjectifs et des portraits au sabre qu’en répand le romancier au fil de ses 460 pages.


 


Commentaires

Une réponse à « Au fer rouge », entretien avec Marin Ledun : « Il suffit d’imaginer le pire »

  1. […] me dois de signaler un article que j’ai trouvé sur le Net qui est passionnant chez Eklektika : […]

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