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« Au secours !!! » (Elles s’appelaient Phèdre, par le Théâtre des Chimères)

24 mars 2014 > > Un commentaire

Naguère, on se mesurait aux classiques du répertoire. Voilà maintenant qu’on attaque le patrimoine !! D’autant plus lâchement qu’il ne peut se défendre ! Un exercice iconoclaste, en somme. Preuves à l’appui : la Phèdre de Racine, revue et corrigée au sens fort du terme (Phèdre, femme battue ?) par la Compagnie des Chimères qui n’en est pas à sa première forfaiture, hélas !

Elles s’appelaient Phèdre, version donnée actuellement au siège de la compagnie à Biarritz, où le spectateur, même averti, frôle l’apoplexie dès la première minute (à noter, toutefois, que les Chimères n’ont pas pour habitude de faire payer double le spectateur averti….

phedre-4Racine avait créé 8 personnages : 2 femmes les incarnent. Pour le décor, vous chercheriez en vain Athènes : un immense  écran blanc et une scène vide que les filles, vêtues d’aujourd’hui, parcourent en tout sens. La crise est passée par là ! Quant au texte, Racine doit s’en retourner dans sa tombe.

phedre-2Voilà que ces deux mécréantes entreprennent de vous raconter l’action, comme en Afrique le griot, se lancent dans des digressions aux antipodes de la pièce, et, sans crier gare, vous servent dans le même élan, des pans entiers d’alexandrins qui soudain brillent comme des joyaux. Ce Racine tout de même !  Quant à savoir qui est qui …

Chacune son tour, avec véhéments délices, habitent Phèdre, Oeunone, Hippolyte, Thésée, Théramène, Aricie, comme vous vous déguisiez dans le grenier de la grand-mère,  en jeux urgents…

phedre-3Les histoires de cœur de la reine, vous paraissent soudain très actuelles et même people. Et si, comme le déplore la sacrilège Catherine, on est loin d’une de ces  comédies américaines, avec happy-end gros comme un camion dès le début, le public captif, suit les péripéties dramatiques passées au crible d’une langue à trois niveaux.

« Pourquoi j’ai tant de plaisir à dire des vers? Un alexandrin, c’est tellement difficile à apprendre, j’y passe un temps fou », s’interroge Sophie devant un public  médusé, « quand un vers passe à travers ton corps, c’est comme une naissance… ». Déclaration d’amour à l’alexandrin, juste avant le fameux « C’est Vénus tout entière à sa proie attachée… » qui déchire grave et vous rappelle à son bon souvenir. La culture, ce serait vraiment ce qui reste quand on a tout oublié ?

Et les voilà qui traversent fissa …fin du premier acte…du deuxième etc…

phedre-1Et l’une qui déclame grand siècle jusqu’à la transe…et l’autre qui avoue sa difficulté à jouer un homme, et « Je respire à la fois l’inceste et l’imposture » qui vous tord les tripes, once more time.

Et Phèdre, brisée après sa déclaration d’amour à Hippolyte : « Alors, j’ai pris ma voiture et j’ai roulé… ».

Et le spectateur qui n’en est plus un, se souvient combien il s’emmerdait en classe, se trouve des cousinages avec cette femme, cet homme, les deux, se délecte de la musique du douze pieds avec césure et hémistiches, se régale en douce de ce déboulonnage irrespectueusement salutaire. A quand la suite ?

Michèle Solle, pour Eklektika
(photo Théâtre des Chimères)

Jean Marie Broucaret

Jean Marie Broucaret, Directeur des Chimères

Michèle Solle : La genèse de la pièce Elles s’appelaient Phèdre ?
Jean-Marie Broucaret : 1 – l’envie de savoir en quoi nous nous sentons encore concernés par la thématique de la passion,
2- l’envie de reprendre l’alexandrin, totalement abandonné de nos jours.  Le reprendre à l’intérieur d’un spectacle, le faire dialoguer avec la langue actuelle . Le vers est une passion, une ivresse. La pièce raconte des drames mais avec vitalité. La pratique de l’alexandrin est exigeante, elle repousse les limites du physique, respiration, maîtrise de la langue, de la mémoire, (les acteurs ont la terreur du trou, impossible à compenser),  l’acteur devient un funambule… On ne triche pas avec les vers. Ni avec la voix qui les dit d’ailleurs, ce qui n’est plus de mode aujourd’hui, on n’apprend pas aux enfants à maîtriser leur voix, personne ne s’y intéresse…

MS : D’où vient l’idée d’avoir créé ce spectacle pour 2 actrices ?
JMB : les filles (Sophie Bancon et Catherine Mouriec ) n’avaient pas joué ces derniers temps.  Elles ont appris la pièce par cœur, puis nous avons travaillé en improvisation pendant 1 an autour des scènes clés, sans préméditation, sur un rapport de désirs, principalement quant aux personnages à faire vivre. En 2013, premier état de travail public. Les digressions créées par les actrices se sont mises en place petit à petit, j’ai moi même écrit le texte de narration parallèle à celui de Racine, qui n’allait pas de soi ainsi que l’articulation des trois niveaux de langue, narration digressions, extraits de la tragédie.

MS :En ce qui concerne le dispositif scénique ?
JMB : Nous avons changé la disposition de la salle, la scène en occupe toute la longueur et le public est donc plus proche et plus étalé. Un grand mur blanc derrière la scène nue, qui rappelle l’écran en cinémascope. Pas de costumes, juste des vêtements neutres, souples et modernes, et, en fond sonore un ronronnement comme une menace latente et qui va enfler…

MS : Comment les deux actrices ont elles travaillé ?
JMB : elles jouent tous les rôles, sans aucun accessoire qui puisse donner une indication sur le personnage, l’idée étant de véhiculer la tragédie par le même corps. C’est un état d’être. Un travail sous un autre angle. A la fois plus de liberté et de compréhension du texte.

MS : Dates à venir ?
JMB : 28, 29 mars, 5,6,12 et 13 avril, sans compter les séances scolaires. Pour le moment.

Tous les renseignements sur le site du Théâtre des Chimères


Commentaires

Une réponse à « Au secours !!! » (Elles s’appelaient Phèdre, par le Théâtre des Chimères)

  1. Sarrade dit :

    Bravo Michèle pour cet article. Nous partageons le même point de vue. Présent à la « première », je me suis régalé de découvrir (re-découvrir) l’histoire de Phèdre. Bravo à Catherine et Sophie, et à Jean-Marie pour nous permettre de nous replonger malicieusement et solidement (avec grande réussite) dans notre lieu commun à tous ET TOUTES… la passion amoureuse. Au moment où la compagnie semble au plus mal sur le plan économique, elle nous montre quelle gâchis ce pourrait-être de ne pas les soutenir dans ce difficile temps d’abandon politique.

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