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Très applaudi à Donostia, « Noé » de Thierry Malandain peine encore à nous embarquer au grand large

17 janvier 2017 > > 2 commentaires

Proposée en avant première à Donostia ce week-end, dans le « second jardin » du chorégraphe Thierry Malandain, Noé, la nouvelle création du Ballet Biarritz, a vu les travées du Teatro Victoria Eugenia vibrer de longs applaudissements, sans pourtant emporter une adhésion totale.

Alors que sa première est programmée à Paris le 10 mai prochain, pour 13 représentations au Théâtre de Chaillot, une forme de déception et de frustration s’est invitée après les deux belles représentations en avant première transfrontalière de Noé ce week-end à San Sebastian/Donostia (Pays basque sud).

Un sentiment qui trouve une place inattendue dans les tableaux impeccables de danse néo-classique habituellement proposés par le chorégraphe Thierry Malandain.

Tout le vocabulaire de la danse malandainne du Ballet Biarritz est pourtant là, à l’oeuvre dans l’adaptation pour 22 danseurs du mythe du Déluge, « cette seconde chance donnée à l’humanité » selon les propos du chorégraphe, baignée par la Messa di Gloria de Gioacchino Rossini.

A rebours sensible des livrets très narratifs de nombre de ses créations précédentes (La Belle et la Bête, Cendrillon, Roméo et Juliette, …) et des envolées lyriques de ses compositeurs habituels (Tchaïkovski, Prokofiev, Berlioz), Malandain a d’abord opté pour une musique aussi peu connue que généreuse émotionnellement :

« je tenais à une Messe, avec la difficulté malgré tout de « tordre » Rossini pour l’adapter au ballet », a-t-il confié en bord de scène après la représentation du dimanche soir.

Et peu de personnes dans le public auraient pu affirmer connaitre sans faillir les avatars chapitrés de cette traversée de 220 jours pour Noé, sa famille et les 40 paires d’animaux, une dimension traitée d’un « point de vue poétique, et non religieux » : le chorégraphe y a aussi rajouté une conscience politique très intime sur la nécessité d’un Homme nouveau, dans le partage incontestable avec le public d’un Armageddon imminent.

Une double difficulté, que le chorégraphe a abordée par le choix d’un minimalisme de mises en mouvements et de décors, tranchant nettement avec la complexité fantastique de ses créations précédentes.

La déception ressentie peut provenir alors d’une difficulté à partager les enjeux proposés, les tableaux s’enchainant sans permettre de n’en admirer que la technique de danse déployée.

Ne déléguant le spectaculaire à aucun artifice technologique de mise en scène (une sainte horreur chez le chorégraphe), le Déluge meurtrier se réduit également à un écrin de rideaux bleutés, murs d’eaux statiques sur lesquels le travail de lumières qui aurait pu bénéficier d’une approche plus inspirée.

L’arrivée sur scène (très charnelle) d’Adam et Eve, puis de la Colombe et du Corbeau, a pour effet immédiat de tendre enfin le récit, les figures de duos apportant la signature chorégraphique tant appréciée chez Malandain.

Mais confronté cette fois-ci au récit d’une communauté embarquée dans l’affaire, impossible à décliner en couples de personnages principaux comme par le passé, la magnificence des portées ne fait que regretter encore plus la répétitivité des tableaux précédents, où une grande frustration s’installe à voir trop souvent les deux tiers des danseurs assis en fond de scène, immobiles ou en mouvements non totalement signifiants.

Il ne faudrait pas surcharger la barque de ce Noé, l’homme restant un metteur en oeuvre toujours incomparable, accumulant ici un nombre de gageures en rupture avec ce qui, dans la profession, le réduirait à une seule joliesse néo-classique :

l’offrande l’an passé de cette Belle et la Bête aurait dû clore tout débat sur son talent hors normes.

« La Belle et la Bête », de Thierry Malandain, décembre 2015

Choisissant de s’enfermer dans une embarcation mythologique pour tenter de se déployer dans un inattendu compte de faits, Thierry Malandain quitte les rivages connus et attendus, plus sombre qu’à l’accoutumée, certes, mais sans tout céder à l’amer, malgré ses tempêtes intérieures perceptibles.

Deux tournées internationales de ses danseurs (en Israël, aux États Unis, en Amérique Latine) le séparent de la première à Chaillot : peu enclin à lâcher les rames, le chorégraphe n’a pas dû prendre les applaudissements comme suffisants, dans son handicap baudelairien d’albatros les confondant avec de la simple politesse.

Une ultime date de représentation de Noé, le 3 mai prochain, dans son port d’attaches biarrot, dans un plateau plus imposant que celui, assez contraint, du Teatro Victoria Eugenia, devrait permettre de constater une accentuation de son déploiement d’ailes, avant le départ vers Paris.


Un grand merci au Malandain Ballet Biarritz pour le droit d’utilisation de ces photos, et au photographe, Stéphane Bellocq, pour son précieux Regard en Coin.


 


Commentaires

2 réponses à Très applaudi à Donostia, « Noé » de Thierry Malandain peine encore à nous embarquer au grand large

  1. Chm dit :

    Superbe résumé qui illustre totalement mon ressenti.

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