Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

‘Bandes de filles’, de Céline Sciamma : un film absolument discutable

7 novembre 2014 > > 6 commentaires

Sorti le 22 octobre sur les écrans art et essai de Bayonne et Biarritz, Bande de filles de Céline Sciamma a été globalement promu par la presse comme indiscutable.

Pour Eklektika, Michèle ouvre pourtant un espace de discussion possible, et de non-adhésion à la tonalité d’un « récit d’apprentissage fulgurant » (Inrocks), de « trop de bonheur » (Libé) ou de « la réappropriation de la banlieue par le cinéma » (Télérama).

Le débat est donc ouvert par le ressenti de Michèle, faites-nous part de vos propres ressentis.

Merci à Céline Sciamma !  Grâce à vous, j’ai ressenti une belle colère, de celles qui vous font vivre plus fort. Car figurez vous que je n’ai pas aimé votre film, mais pas du tout. Et ma colère grandit quand j’imagine les raisons qui le font aimer de certaines personnes.

Vous prenez quatre filles noires des banlieues, belles et  rebelles (ou soit disant ). C’est nouveau. Vous les faites bouger, parler, déconner (si peu).

Vous nous servez vos héroïnes dans un bel emballage, photo nickel, un régal pour les yeux  ! Et petite descente ethnologique dans ce black milieu de filles qui ravit la critique et les spectateurs.

Passons sur la première partie alerte qui effectivement remplit son rôle de divertissement et interroge sur les résultats de tant d’énergie dépensée, mais ensuite, que dites-nous ? Que montrez-vous ?

bande--de-filles-1Des filles qui n’ont aucun avenir en dehors de faire un gosse à 16 ans, se prostituer ou dealer de la drogue.

Vous avez beau faire du pathos sur le sort de cette pauvre Meriem, je ne peux m’empêcher de penser que vous avez laissé tomber vos héroïnes après en avoir fait un sujet d’étude très « mode ».

Un bonbon bien amer dans un bel emballage. Et, c’est rassurant quelque part, rien de changé sous le soleil des banlieues.

Un film désespérant !


bande-de-filles-2Bande de filles de Céline Sciamma, toujours projeté à l’Atalante de Bayonne, et reprogrammé le 26 novembre au Royal de Biarritz


 

 

 


Commentaires

6 réponses à ‘Bandes de filles’, de Céline Sciamma : un film absolument discutable

  1. Audrey dit :

    J’ai été moi aussi plutôt déçue par ce film, qui paraissait prometteur…La fin ne m’a pas plu (en gros le spectateur est invité à imaginer la suite). J’en attendais plus, plus de « battance » et moins de clichés sans doute…

  2. Le débat est ouvert, les spectateurs qui y ont vu une oeuvre mineure sont à écouter,
    merci pour ton commentaire…

  3. SP67 dit :

    Bande de filles est un beau film qui fait mal, un film fermé qui donne peu d’espoir, hanté par un besoin d’amour profond. Les questions sans réponses et les réponses sans issue. C’est un film qui tourne sans fin, qui chahute le spectateur. Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Céline Sciamma confirme sa singularité en tant que réalisatrice et scénariste. Présentée à Cannes dans la Sélection de la Quinzaine des réalisateurs, sa banlieue est tout autant colorée, poétique, esthétisée que tristement réaliste, violente et grise.

    Les cinq premières minutes nous plongent définitivement dans ce balancement atypique. De retour d’un match de football américain, des filles rentrent bruyamment chez elle. A l’approche d’un groupe de garçons, gardes-frontières d’un territoire fermé, elles se taisent immédiatement, leurs yeux tombent, leurs visages se ferment. La chape de plomb s’étend. On entend au loin résonner des cris impersonnels et inaudibles comme ceux des prisons. La jeune Marieme (Karidja Touré) et ses copines subit la norme d’une fille de banlieue au destin tout tracé : échec scolaire, absence du père, violence du grand frère, résignation de la mère, poids de la phratrie. Son unique refuge consistera à intégrer cette bande de filles. Car s’enfermer dans la violence, c’est être reconnu et respecté des garçons. S’enfermer c’est se libérer, c’est crier sa fureur de vivre. Bande de filles est le film de tous les paradoxes. Poncifs, stéréotypes et réalisme s’entremêlent. Absence des adultes, violence des codes. L’individu n’existe pas, seul le groupe compte. L’amour se consomme après le mariage, c’est un principe d’honneur. Sciamma s’accroche à l’humain, à ces jeunes filles. Elle cadre la beauté de ces visages, leur courbe, la douceur de leurs lèvres, leurs yeux de velours. Tout le contraire de ces grands ensembles froids, rectilignes, où l’autre est absent, la société effacée, filmée de dos sans profondeur de champ. Etre une bande de filles c’est donc vivre ses rêves d’ado, danser, faire la fête, parfaire son look, être belle. C’est s’émanciper de la famille, du groupe social, du territoire.

    Mais Sciamma ne se contente pas d’un cinéma sociologique désormais bien rodé. Le visage filmé à l’envers de Marieme est encore plus beau ; son nouveau monde bascule tout comme le film. Ecran noir, reprise, une fugue pour un nouveau départ. Nouvel écran noir, Marieme ne s’abaisse jamais, elle ne se résigne pas à l’enfermement. Voilà l’espoir qu’elle nous transmet. Le bonheur est éphémère et disparaît lorsqu’on l’aperçoit. Marieme l’a saisi et conserve son souvenir comme l’aboutissement d’une vie. Le nôtre demeure cette scène où dans une chambre d’hôtel, les 4 filles se mettent à chanter et danser sur Diamonds, de Rihanna. Sexy et acidulées, Sciamma les filme dans des tons pourpres avec l’émotion et la nostalgie du rêve.

    Finalement, la question de l’intégration n’est qu’illusion. Le vrai sujet du film ce sont ces prisons invisibles, la quête de la liberté, la recherche désespérée d’un hypothétique espoir. Et avoir conscience de ne pas pouvoir s’accomplir constitue déjà une première libération. On comprend alors pourquoi Sciamma rappelle les romans de Jane Austen : « une jeune femme de l’aristocratie anglaise qui n’aurait pas le droit de choisir son prétendant, qui aurait envie de mettre des pantalons mais qu’on oblige à porter des corsets… » (OF)

  4. Merci pour cette belle contribution !

  5. Murielle dit :

    Une petite histoire. Je vis dans une petite rue, très proche d’un lycée. Je suis en centre ville et ma rue est plutôt diversifiée en terme « social ». Il y a des chômeurs dont je fais partie, des jeunes et moins jeunes, des bénéficiaires de logement sociaux, des familles, des cébitaires, des français, des portugais, des arabes et plein d’autres. Quelques rares descentes de police pour violence domestique ou trafic de drogue, et les reste du temps c’est calme et agréable. C’est une rue tranquille ma foi. Et sympathique. Je ne connais pas le nom de mes voisins mais on se dit bonjour, on se sourit, on appelle aussi les flics quand une des jeunes femmes se fait taper par son mec.
    Les fenêtres sont quasiment toujours ouvertes, jour et nuit, j’entends les oiseaux dans les arbres sur la place, j’écoute la vie.
    Et j’entends aussi les jeunes filles qui viennent s’assoir quasiment sous ma fenêtre, jour et soir, par beau temps et sous la pluie. Je les écoute papoter, écouter de la musique sur leur portable, rire, elles rient beaucoup ces jeunes filles, elles crient aussi pas mal. Et elles chantent.
    Puis elles changent de comportement quand les garçons font leur apparition, elles minaudent, les laissent faire leur show, elles se laissent couper la parole, elles ne sont plus les mêmes.
    Elles deviennent les clichés qui font que je manque parfois d’humour quand la question féministe est moquée ou ignorée. Mais elles sont seulement le « résultat » de nos erreurs collectives, de notre culture et notre société.
    Et je pense qu’hélas, quelque part, « rien de changé sous le soleil des banlieues ». Pour une « ni pute ni soumise », il y a encore beaucoup de jeunes et moins jeunes femmes qui rêvent mais qui le sont toujours. Soumises. Et le film ne fait que refléter cela.

  6. merci pour ton commentaire éclairant, Murielle…
    Bien à toi…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.