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« Au Polo Beyris, on avait entendu dire qu’il y avait eu un camp » [Flux#7]

10 octobre 2013 > > Un commentaire

Sans doute un simple regard vers le public permettait le 26 juin dernier de prendre conscience de l’évènement. Trois cents personnes rassemblées dans la salle de spectacle de la MVC du Polo Beyris, dans l’attente d’un recouvrement de mémoire collective, sans que ce quartier de Bayonne n’en porte les signes extérieurs visibles. Seuls quelques prospectus trouvés en ville et un article de presse locale avaient signalé la tenue de soirées-rencontres, à l’occasion du 50ème anniversaire de cette Maison de la Vie Citoyenne.

Jusqu’alors, quelques personnes associaient encore le nom du « quartier du Polo” à ces huit hectares du spéculateur Etienne Balsan, destinés à satisfaire au début des années 20 la clientèle aristocratique passionnée de ce sport équestre. Mais ce jour-là, ce n’était pas les descendants du Duc de Windsor ou du Roi d’Espagne qui s’étaient pressés pour assister à la conférence, la 3ème de l’année 2013, avec, à chaque fois, une salle comble. Non…

Ces jours-là, le retour proposé sur la période 1939-1947 avait choisi d’interpeller la population du quartier sur des heures de souffrances et de guerres qui ont meurtri le 20ème siècle, et n’auraient pas épargné cette partie de Bayonne. « On avait entendu dire qu’il y avait eu un camp, ici, avant« … Histoire refoulée autant qu’oubliée, abandonnée sur l’autel de la reconstruction nécessaire d’une France dévastée.

Quand, le 17 juin 1960, le Maire de Bayonne Henri Grenet pose la 1ère pierre de ce qui sera le quartier tel que nous le connaissons aujourd’hui, il évoque un « silence virgilien » pour qualifier un « quartier assoupi dans l’après-guerre« . Et nul mot ne sera prononcé sur ces 65 baraquements entourés de barbelés, peuplés de misérables soumis à la vigilance de cinq miradors, détruits et rasés à la pelleteuse sur ordre de l’un de ses prédécesseurs, le Docteur Delay, à partir du 26 juillet 1949.

En début 2013, une petite dizaine de personnes s‘est regroupée autour de l’idée d’un groupe de travail du Collectif pour la mémoire du Camp du Polo Beyris. Leur dénominateur commun fut celui d’une solidarité ici et maintenant, sans prendre peur d’avoir compris que « questionner l’Histoire fait sans doute courir le risque d’être questionnés par elle », glisse l’un d’eux.

Une recherche importante dans les archives départementales leur a permis de mettre à jour quatre phases différentes (et quatre dénominations) pour ce camp du Polo Beyris. Tout au long de cette période de 1939 à 1947 ont été rassemblés ici les victimes de combats perdus, l’ironie de ces tragédies conduisant même à inverser la place de certains prisonniers et de leurs gardiens.

La réflexion centrale du Comité n’est pas de les opposer, mais de les rassembler dans une réconciliation attentive. Capable de transcender les ennemis d’hier pour tracer « un chemin de paix lucide des peuples« . En octobre prochain, une stèle cubique sera posée, qui les réunira.

On pourra y lire « Le Polo Beyris se souvient, pour un monde plus fraternel« .

LE CENTRE D’HÉBERGEMENT DES RÉFUGIÉS ESPAGNOLS, DE JANVIER A OCTOBRE 1939

Fin 1936, le gouvernement en exil de la République espagnole, déchiquetée par Franco, écrit au Maire de Bayonne Pierre Simonet pour le remercier du soutien apporté aux réfugiés espagnols qui traversent les Pyrénées, quand ici est organisée une entraide immédiate. Mais de la chute de Barcelone, en janvier 1939, nait l’épouvantable Retirada, avec l’afflux vers la France de centaines de milliers de réfugiés par le col du Perthus : s’y retrouve la famille d’Alvaro de Orriols, dont le récit sera déterminant dans cette mémoire recouvrée.

Voir l’article sur la famille de Orriols : CES FEUX DU PERTHUS QUI BRÛLENT ENCORE [Flux#7 – Polo Beyris]

Jusqu’à six cents personnes trouvent alors « refuge » sur la paille des anciennes écuries des terrains de polo, à l’endroit où est bâtie actuellement l’ikastola du quartier. Mais la solidarité a fait place à la méfiance tricolore face à ces Rouges, même désarmés à la frontière. On n’y rentre sans assurance de pouvoir en sortir, dans des conditions « aux limites de la misère humaine« , écrira Alvaro de Orriols dans son exil surveillé de près par la gendarmerie française.

Vieillards, femmes, enfants, et très peu d’hommes : près de 300 personnes y sont parquées, quand, fin septembre 1939, le pouvoir français décide de vider le camp. Ils sont ramenés de force à la frontière espagnole, « j’ai vu les camions emmenant les enfants qui pleuraient, les mères qui criaient, on les tirait par les cheveux », racontera plus tard l’un des réfugiés, Pablo Biel Marco.

Le 2 octobre 1939, le camp est officiellement « évacué« .


Commentaires

Une réponse à « Au Polo Beyris, on avait entendu dire qu’il y avait eu un camp » [Flux#7]

  1. […] Le samedi 7 décembre à 11h sera posée la stèle commémorative de l’existence du camp de concentration du Polo Beyris de Bayonne, détruit, rasé mais surtout enfoui dans la mémoire collective depuis juillet 1949. (voir AU POLO BEYRIS, ON AVAIT ENTENDU DIRE QU’IL Y AVAIT EU UN CAMP [Flux#7]) […]

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