Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

NUI, l’existence onirique et silencieuse d’un ours en peluche

21 avril 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Dans le cadre de leur saison Jeune public, Biarritz Culture a invité les enfants à partir de 3 ans à découvrir le spectacle NUI de la compagnie Hop hop hop. L’existence mouvementée d’un doudou s’y déroule dans une ambiance rêveuse et gothique, propice à nourrir l’imaginaire des plus petits.

Mais pas que. Deux lectures possibles coexistent harmonieusement.

Première lecture.

Un mur en bois, laissant apparaître des fenêtres fermées, trône sur la scène tandis que le plus exigeant des publics s’installe. Écrire pour des enfants, ce n’est pas simple. Durée, accessibilité, compréhension, finesse, tout doit être au rendez-vous pour capter l’attention des plus jeunes.

La lumière s’éteint et le mur en bois s’illumine. Une fenêtre s’ouvre. Voici NUI (peluche en japonais).

Un ours à la gueule plus qu’attachante qui apparaît entre deux mains sorties de nulle part. Le corps entier de la comédienne n’apparaîtra qu’à la fin de la pièce.

Au fur et à mesure que les lucarnes s’ouvrent et se referment, des instants de vie s’illustrent et laissent apparaître un bras, une jambe. C’est un humain démembré ou masqué qui se dévoile. Un enfant anonyme. L’ours, lui, est entier.

Sauf lorsque l’enfance se charge, après l’heure des câlins, de l’éventrer, de lui arracher un œil, de le faire tomber, jusqu’à l’abandon.

L’enfant, qui a peut-être grandi, se détache de son fidèle compagnon. NUI est retrouvé en piteux état sur une plage par une petite fille. Cette scène est un mini film projeté sur le mur en bois avant de retrouver la maison de poupée géante et ses couleurs tamisées comme dans un rêve.

L’ours, follement aimé, maltraité à la fois, est à nouveau entre de bonnes mains, au grand soulagement des petits spectateurs. Recousu, nettoyé, soigné.

nui-biarritz-culture-3Chaque tableau retrace l’histoire de ses blessures, de ses fusions. Ayant retrouvé une belle apparence, le doudou, le confident, reprend vie.

Dans le public, évidemment, les réactions des enfants sont spontanées. Quand l’ours tombe, des « Oh non ! », jaillissent dans la salle. Quand il va danser en boite de nuit sur de la musique électro, l’auditoire est en transe.

Deuxième lecture.

nui-biarritz-culture-5NUI, c’est l’enfance. Un monde de tendresse, de cruauté aussi, de jeu, où chaque chose a droit à la vie et où l’amour s’invente.

A l’âge adulte, point de confident à la tendresse constamment disponible, point de cachette dans le ventre des peluches pour aller y fourrer ses joies et ses tristesses.

La solitude est un nuage dont on s’habille en grandissant.

L’enfance, parfois meurtrie, qu’on retrouve au détour d’un chemin et qu’on répare pour mieux dormir, est illustrée par la comédienne couchée, un doudou dans ses bras.

NUI, c’est la résilience.

Toutes ces visions sont possibles, car Christine Le Berre, comédienne, metteur en scène et chorégraphe, communique sans parole. En effet, son théâtre poétique et pictural est celui des objets et des corps.

Tout réside dans le symbole, l’émotion, l’esthétique. C’est un monde abstrait aux images puissantes, loin de toutes mièvreries.

nui-biarritz-culture-4Sa quête est celle-ci « Comment amener l’enfant ou l’adulte dans un univers sans le lui expliquer ? Comment faire ressentir sans dire ? Comment raconter sans mot ? ».

Quant à Didier Martin, son « binôme de création », c’est un peu le magicien de l’ombre.

Du décor à l’éclairage en passant par la musique, les accessoires, l’homme fait tout. Un travail d’orfèvre. On citera, parmi ses rencontres et son parcours, sa collaboration avec le compositeur Yann Tiersen, parce que l’essence de cette musique se retrouve dans NUI, par son intimité, ses mélodies enfantines déchirées sous les roues du temps, entre pureté et mélancolie.

Un moment pour tous, original, poétique à l’image de ses créateurs, teinté par moment de la musique revisitée du groupe trash Liars.

A la fin du spectacle, les enfants se sont précipités pour aller parler à l’ours en peluche. Il faudra peut-être un peu de temps à certains parents pour expliquer que non, ils ne peuvent pas avoir le même…

nui-biarritz-culture-1


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.