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Derrière le BIG de Biarritz, décryptage d’un curieux « festival d’exceptions »

17 juillet 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Du 10 au 19 juillet 2015, le BIG Festival est un événement incontournable des nuits musicales de Biarritz, beaucoup plus spectaculaires et perceptibles que les faveurs accordées à son organisateur, Sébastian Farran, manager de Johnny Hallyday.

Lundi 13 juillet, Halle d’Iraty à Biarritz : l’habituelle salle de congrès ouvre la 7ème édition 2015 du BIG Festival par un plateau de DJs de renommée internationale : Joris Delacroix, Synapson, et surtout Feder et The Avener.

Venus de toute la France et de l’Espagne voisine, les clubbers quittent la nuit pour s’engouffrer dans le hall d’entrée, une fois payé le ticket à 25 euros pour la soirée (hors Pass).

Un clic discret derrière chacun d’eux, regard du service d’ordre sur place, qui comptabilise en temps réel l’affluence de ce premier soir.

Et les chiffres s’affolent.

big-biarritz-5Ici, tout le monde le sait, car cela n’est pas la première fois que cela se produit : ça va être au-delà du plein, c’est à dire de la limite de sécurité de 4.000 personnes.

Le mot d’ordre des organisateurs est connu, « faire rentrer tout le monde », mais, au PC de sécurité, on met en branle « le chapelet des responsabilités ».

Trois messages partent : au maire de la ville, Michel Veunac ; au chargé de sécurité de la Préfecture ; au commissariat de police.

C’est de là que serait venue ce soir-là la réponse, qui n’a surpris personne sur place : « on n’intervient pas ».

En temps normal, l’obligation serait de demander une lettre écrite à l’organisateur, Sébastian Farran (Lickshot Entertainment) de signer une décharge totale de responsabilité : cela ne se produira pas, le risque réel d’un quelconque incident est donc à partager entre les responsables de sécurité présents.

Le compteur affiche 4.700 personnes, la décision est prise d’ouvrir en grand les issues de secours, et tant pis pour les voisins qui recevront les décibels auparavant contenus.

Les clubbers, pour la plupart très jeunes, se déhanchent, l’ambiance monte, on est dans le BIG, rien d’autre ne compte pour eux.

Le lendemain, l’organisateur se répand dans la presse locale et sur les réseaux sociaux sur sa satisfaction d’avoir réuni 5.000 personnes pour le premier soir.

Et tant pis pour la mention de sécurité qui figure sur leur propre site :

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Source : http://bigfest.fr/ (cliquer pour agrandir)

Avec une ville qui a proclamé « Touche pas à mon BIG », l’exception de sécurité qui est accordée ici, et pas ailleurs, n’est qu’une des caractéristiques d’un événement qui se plaint de ne pas être totalement accepté par la population locale.

Décryptage d’un fonctionnement spécifique à ce « festival d’exceptions » qui, ce vendredi, reçoit Johnny Hallyday (dont l’organisateur est aussi le manager) en rock star sur la BIG Scène.

Quelques heures plus tard, la programmation de l’immense DJ Jeff Mills dans la BIG Boîte fait déjà frémir les chargés de sécurité de la Halle d’Iraty.


Le BIG, tête de pont du système Farran 

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A gauche, Sébastian Farran ; à coté de lui, Michel Poueyts, adjoint à Biarritz (conférence de presse du 5 juin 2015).

A la tête de la société Lickshot Entertainement, le manager et producteur Sébastian Farran est un incontournable du show biz de la nuit.

Sa côte de popularité s’est encore accentuée depuis qu’il est manager de Johnny Hallyday depuis 2012, programmé « par la force des choses » dans ce Festival dont il voudrait faire accepter l’idée qu’il en est le fondateur.

170.000 euros de cash par la ville de Biarritz, et la mise à disposition d’environ 300.000 euros de prestations techniques et services par la municipalité : l’effet d’image positive pour la cité balnéaire aurait ce prix, « il n’y a pas de débat sur ce point », assure son soutien élu de toujours, Michel Poueyts.

Une société privée qui perçoit des subventions annuelles ? L’usage voudrait barrière infranchissable pour d’autres opérateurs de spectacles.

Pas à Biarritz pour Farran, où l’organisation officielle, la société Lickshot Entertainment, est chargé de « la production, la coordination générale, la promotion et le marketing du festival ».

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Source Big Festival 2014 (cliquer pour agrandir)

Et qui tourne également avec un bataillon de bénévoles, qui seront remerciés par « la chance d’en être » et quelques sandwichs.

L’obligation de publier ses comptes annuels en regard des demandes faites par une collectivité ? L’homme rechigne, sa seule réponse habituelle sur cette question est « je perds de l’argent chaque année ».

Sur Internet, on trouve ces comptes, aussi farfelus qu’improbables.

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Source : l’Info des sociétés

On ne voudrait pas être à sa place, avec des recettes de l’ordre de 74.000 euros par an quand sont revendiquées 50.000 entrées par édition, avec des soirées proposées à 50 euros en moyenne, soit au minimum 2,5 millions d’euros.

Une solution existe pourtant : se retrouver mandataire de six sociétés à la fois, dont celle-ci, BOSS OF SCANDALZ STRATEGYZ (fermée depuis le 20 février 2013), qui prouve que l’homme semble avoir un sens réel de l’humour.

A Biarritz, un élu de la majorité a demandé que soit réalisé un audit réel des conditions financières d’organisation du BIG.

Depuis le 26 juin 2012, l’organisation s’est dotée d’une interface associative, BIG Festival, à partir de sa 4ème édition : ses comptes sont introuvables sur le domaine public, et la demande de l’élu est restée lettre morte.


Le BIG, une opportunité pour Biarritz, mais pas pour tous les Biarrots

big-biarritz-4La performance d’un tel engouement populaire pour le BIG est à saluer, et l’offre événementielle n’a pas de commune mesure dans ce bassin de vie.

Hier jeudi, les 1.700 personnes présentes à la BIG Boite (700 la veille) ont porté le sentiment d’en avoir eu pour leur argent, leurs tee shirts hurlent « Fuck the world », et le mix entre sensations sonores et spectacle de projections numériques n’a effectivement pas de concurrent.

La concurrence est ailleurs, avec un festival qui occupe l’essentiel de la scène locale sur la première quinzaine de juillet (du 10 au 19 juillet).

Sur les réseaux sociaux, la grogne des commerçants de la ville ne se cache plus, une page Facebook regroupant un demi-millier de personnes sur une question directe :LES COMMERÇANTS DE BIARRITZ S’INTERROGENT: À QUI PROFITE LE BIG FESTIVAL?.

Subventions et facilités en tout genre proposés, quand le centre ville se désespère de rues désertées au même moment : « il y en a toujours qui râlent » forme l’expression commune de la mairie et de l’organisateur.

Seul Sébastian Farran rajoute du blues dans le blog CoteBasque People : « Quand on est Parisien, on n’est pas aimé, c’est comme ça ».

Cela pourrait ne pas être la seule raison à invoquer pour expliquer cela.


Le BIG, un festival de dettes impayées

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Photo : Biarritz Tourisme

Retour à la BIG Boite, où le dispositif de sécurité est renforcé comme jamais lors du festival.

Pour un congrès, la location est de 2.500 euros par jour, une somme prise en charge par Biarritz dans son soutien à la manifestation.

Mais les frais annexes sont contractuellement facturés au locataire : pompiers, agents de sécurité, personnel de ménage, casse éventuelle dans les loges et dans l’espace public.

Pas pour le BIG, à qui ne sont même plus envoyées les douloureuses, restées sans réponse depuis la gestion Farran, confie un responsable, et estimées de l’ordre de 10.000 euros par édition.

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Photo : Biarritz Tourisme

Dans la mauvaise image de l’organisateur, d’autres dettes s’accumuleraient de façon de plus en plus visible.

Nuits d’hôtel restées en souffrance, tournées de consommations non réglées dans les bars chics de la ville, factures de location de matériel aux oubliettes, rémunérations promises et non versées à des collaborateurs : rien ne serait trop beau pour le BIG, à même l’année suivante de vous faire asseoir un Johnny Hallyday dans votre établissement.

A force d’insistance, quelques chanceux ont tout de même pu voir arriver du soulagement pour leurs trésoreries, parfois sous la forme de dizaines de chèques « au mois ».


Pour conclure sur ce « festival d’exceptions »

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Le principe d’événement porté chaque année depuis 2009 par le BIG est une incontestable réussite pour tous ceux qui, de toute la France et parfois de bien plus loin, ont fait de Biarritz l’étape incontournable de leurs envies musicales estivales.

La problématique est pourtant plus large, et extrêmement simple, qui porte sur l’exigence d’équité.

A Biarritz comme ailleurs, il n’est pas possible pour un organisateur de festival ou un acteur culturel de frapper à la porte de sa municipalité sans accepter de passer sous les fourches caudines usuelles. Qu’elles soient comptables, juridiques, ou liées à des contraintes évidentes de sécurité.

La popularité du BIG ne peut être la seule raison invoquée pour s’en absoudre.

Une chose est certaine : ce lundi 20 juillet 2015 marquera la fin de sa 7ème édition.

Pas forcément celle du débat public.


 


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