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Bill Hicks, cet humoriste américain « aussi terrible qu’un révérend qui pointe une arme à feu »

16 novembre 2014 > > Un commentaire

Hicks est venu. Hicks a vu. Hicks a versé sa bile méprisante. Puis Hicks est mort d’un cancer du pancréas. L’enfant solitaire du prédicateur a fait un tour sur terre puis est reparti à l’âge de 33 ans.

Si vous appartenez au club fermé des fans de Bill Hicks, pas besoin de lire cet article. Vous en savez autant que moi.

Si vous ne connaissez pas l’anti Gad Elmaleh, l’anti Bigard, l’anti… quasiment tous les humoristes français voire internationaux, vous devez faire sa connaissance. Et lire J’aime tout le monde.

Bill-Hicks-JaimeToutLeMondeCertaines personnes admiraient Bill Hicks pour l’attrait superficiel de ses pitreries auto-destructrices, dont les critiques eunuques étaient secrètement jaloux. Le tabagisme, les pantalons serrés, les baisers des femmes, le ridicule des packs de boisson à l’orange, les chaussures à semelles compensées dangereusement hautes, la drogue et la sur-alimentation.

Alors que Bill Hicks a exercé la comédie comme on agite un bâton crotté à la face du monde. Et aussi contre ses propres échecs.

Il était plus qu’un comédien de stand-up.

Il était considéré comme un prédicateur. Non, il était plus qu’un prédicateur, on le trouvait philosophe. Il était même plus qu’un philosophe. Il était devenu un prophète. Et il avait ce qu’il manque à beaucoup : la pratique.

Ou plutôt l’apprentissage de son métier dans des endroits où les gens vont aux spectacles pour attaquer et dénigrer, leur haine des artistes n’étant dépassée que par leur désir inexplicable de payer pour les regarder : stand up au pays des « red-necks ».

Cette collection nouvellement publiée des transcriptions, des interviews et autres miscellanées n’est probablement pas la meilleure façon d’entrer dans son esprit tordu, mais ce n’est pas une mauvaise façon de commencer.

C’est l’histoire d’un mec qui s’est levé pour les démunis, les marginaux et les indignés en Amérique. On va sentir sa douleur, quelle qu’elle soit. On va entendre son cri solitaire dans un désert de médiocrité.

Né en 1961 dans la Géorgie rurale, Hicks a finalement joint Sam Kinison des Texas Outlaws Comics, mais contrairement à Sam, dont la célèbre cri visait indistinctement, Hicks était plus sélectif dans ses peurs et ses dégoûts.

Il a attaqué non seulement des cibles faciles comme Rush Limbaugh, mais aussi les stars du rock qui font de la pub, les non-fumeurs, et le FBI.

Il était surtout obsédé par le nivellement par le bas de l’Amérique, les machinations de la droite religieuse, et la manipulation des média de masse.

pro-life-USAIl pouvait pester contre le mercantilisme envahissant le métier qu’il avait choisi, mais aussi contre ses premiers modèles. A son apogée, il faisait plus de 300 spectacles par an, non seulement dans les pays où il est resté en grande partie anonyme, mais aussi en Angleterre, où il est toujours salué comme un artiste à part.

La comédie de Hicks n’a pas été aseptisée pour la télévision, et les obscénités proférées ne le sont pas pour obtenir un rire facile.

Il était méchant, oui, misogyne, hélas, mais il était aussi beaucoup plus sombre que la plupart des autres comédiens, d’une manière beaucoup plus inquiétante. « Je suis un petit poète sombre ce soir, » aimait-il avertir le public.

L’ensemble de son acte a été censuré par les producteurs de l’émission de David Letterman après avoir décidé que son traitement de  l’avortement  – « les gens sont cons, il y en a déjà trop sur terre, et il sont plus faciles à éliminer quand ils n’en sont qu’au stade du fœtus plutôt qu’une fois devenus adultes. Dites-le ! Les gens sont des cons ! … Désolé. Je crois que le masque vient de tomber. Je vais le remettre » – des livres pour enfants sur le modes de vie homosexuel et l’absurdité du lapin de Pâques, n’avaient pas leur place à la télé.

BillHicks« Faut à tout prix que je couche avec quelqu’un, c’est, euh… J’ai réalisé ce qui va pas chez moi. J’ai réalisé que je pratique la pauvre branlette chiante et pâlichonne un peu trop pour mon propre bien. Je suis…je vais bientôt battre mon propre record de masturbation. C’est pas joli-joli ».  

Certes, certains autres textes ont mal vieilli, avec ses envies adolescentes de canarder la culture populaire et d’être cool.

Mais quand il parle de la politique étrangère américaine, dont la guerre du Golfe, il devient un maître de la performance et de l’écriture, à la voix douce mais polémique. C’est un tour de main.

Il inspire quiconque à faire mieux, d’être mieux.

bill-hicks-screenshotMais c’est toujours plus facile d’être un comédien mort, béatifié grâce à une vidéo ou un livre. Parfois par des cons qui, sous prétexte d’anti politiquement correct, font l’apologie de tout ce que Bill Hicks abhorrait.

Finalement, il a réussi son coup.

Parce que, pour un comédien, le plus difficile est de rester en vie. Et de continuer à frapper sur ce(ux) qui le mérite(nt). Année après année. Dégradant progressivement la qualité de sa propre nécrologie.

« Le monde, c’est comme une virée dans un parc d’attraction. Quand on se décide à y aller, on a l’impression que c’est réel, parce c’est à ce point que nos esprits sont puissants ! Le manège monte et descend et tourne et tourne,on ressent des frissons, des tressaillements, le tout est brillamment coloré, et très bruyant… Et c’est amusant ! Pendant quelque temps du moins…
Certains qui ont fait cette virée depuis un moment, commencent à s’interroger :
– « Est-ce réel, ou sommes-nous simplement dans un manège ? »
Un qui est à côté et qui se rappelle, s’approche et leur dit :
– « Eh, ne vous inquiétez pas, n’ayez pas peur, jamais ! Parce que ce n’est jamais qu’un tour de manège ! »
Et cette personne se fait assassiner…
– « Faîtes-le taire Nous avons beaucoup investi dans ce manège, faîtes-le taire ! Regardez mes rides de souci. Regardez mon gros compte en banque et ma famille. Tout ceci est bien réel ! »
Ce n’est qu’un tour de manège… Le fait est que nous tuons toujours ces bons gars qui tentent de nous prévenir. Vous n’avez pas remarqué? Laissant à la place des démons en furie… Mais finalement ça n’a aucune importance, parce que…
Ce n’est qu’un tour de manège ! Et on peut faire en sorte que ça change  à n’importe quel instant, ce n’est qu’une question de choix. Ce n’est pas une question d’effort, de travail, d’économies ou d’argent disponible, juste un choix, maintenant, entre la peur… et l’amour. »

Bill-Hicks1


Bill-Hicks-JaimeToutLeMondeBill Hicks, J’aime tout le monde, choix de ses textes et interventions les plus célèbres.

« Bill Hicks est à la fois un fer rouge, un fouineur, un honnête homme et un grand connaisseur du cerveau humain, aussi terrible qu’un révérend qui pointe une arme à feu. Faites-lui confiance, il va vite remettre d’aplomb votre vision des choses. » Tom Waits

Éditeur : SONATINE (18 septembre 2014)
472 pages – 22 euros


 


Commentaires

Une réponse à Bill Hicks, cet humoriste américain « aussi terrible qu’un révérend qui pointe une arme à feu »

  1. Thor dit :

    Un paragraphe à souligner qui pourrait aller pour tous les artistes. Très bonne écriture :
    « Parce que, pour un comédien, le plus difficile est de rester en vie. Et de continuer à frapper sur ce(ux) qui le mérite(nt). Année après année. Dégradant progressivement la qualité de sa propre nécrologie. »

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