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Les BJM restent le plus grand groupe de rock de l’histoire (et l’ont encore prouvé à Donostia)

8 septembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Autour de son leader Anton Newcombe, les Brian Jonestown Massacre ont livré près de trois heures d’un concert impeccable, presque inespéré tant l’histoire de ce groupe tellurique n’en finit plus de frapper aux portes de l’enfer pour cracher sur ses geôliers.

Il s’en est fallu d’une ingrate conjonction pour que l’Atabal Biarritz ne puisse programmer, dans la même semaine, deux groupes de San Francisco : après les Thee Oh Sees il y a deux jours au Pays Basque nord, c’est tout près de là, à Donostia, que se sont produit les Brian Jonestown Massacre (BJM) dans la salle Gazteszena, sold out avant l’ouverture de ses portes hier soir.

Immortalisé et presque enterré depuis 2004 par le documentaire DIG de Ondi Timoner (2005), leur programmation reste une partie de poker, l’extra-musical ayant souvent pris le dessus à grands coups de défonces de ce qui a été salué comme l’un des groupes de rock indé les plus importants de la dernière décennie.

BJM-brian jonestown massacre -Donostia-12Son leader Anton Newcombe a mis les choses au point dès l’entame d’un concert de près de trois heures, voix en place et détermination sans faille pour prolonger le seul destin fixé avec ses comparses : consacrer BJM comme le plus grand groupe de rock de l’histoire.

Il est le seul Dieu de cette prophétie insolente, et son fidèle Joel Gion, éternel bonnet vissé sur la tête et tambourin à la main, a fait office toute la soirée de l’archange dont lui et nous avions besoin pour cela.

BJM-brian jonestown massacre -Donostia-8Ressorti vivant des enfers qu’il a insultés la gueule à terre (The devil may care, en 1997), Anton n’a eu nul besoin d’une playlist griffonnée sur un bout de papier, à ses pieds, pour enchainer les meilleures compositions de son double album légendaire Tepid Peppermint Wonderland (2004).

L’homme tient sur un corps qui a appris de l’amour et de la drogue que la double overdose promise lui ferait lâcher cette guitare, qu’il accompagne désormais d’un physique à la Neil Young, en mode moins Supersonic, logiquement, que par le passé.

Sobre également dans ses interventions entre les morceaux, Anton a déroulé cette immense paysage musical qui est le sien, de ses boucles sonores hallucinées à la Velvet Underground à ses tunnels de décibels, regard sur les pédales d’effets, qui ont rappelé le meilleur des concerts de Jesus and Mary Chain, ou bien ses émouvantes balades folk préférées à ses trips hindous cithare à la main (les musicologues s’accordent sur sa capacité à jouer de près de 80 sortes d’instruments).

Les autres musiciens l’ont parfaitement accompagné dans cette victoire d’un jour contre les ombres menaçantes qui le suivent depuis tant d’années, ponctuées par près d’une vingtaine d’albums, pour la plupart auto-produits, et délivrés sur le net en téléchargement gratuit ou sur le site du label indépendant Dead Bees, doigt d’honneur jamais baissé devant les exigences des grands studios qui l’ont courtisé malgré ses frasques.

BJM-brian jonestown massacre -Donostia-3Anton est vivant, son projet est intact, et seules des bouteilles de sodas ne termineront pas ce concert impeccable, qui brille dès ses premières notes par un Whoever you are de pure beauté.

Le public connait manifestement cette anecdote légendaire du groupe qui vit les BJM jouer 12 heures de suite devant 12 gars dans un concert au Parti Communiste nord-américain. Mais quelques mots dessinent la limite du fantasme des 400 personnes présentes, le chanteur explique une après-midi passée dans sa chambre d’hôtel, un mal au bide qui lui mord les entrailles et qu’il combattra ce soir, « show must go on », sourire, Joel le regarde et revient dans le concert aussi.

BJM-brian jonestown massacre -Donostia-2Hier soir, Anton Newcombe n’a rien demandé d’autre que de défier une nouvelle fois ces démons multiformes dont il n’a jamais pensé une seconde de sa vie qu’ils seraient vaincus contre sa nature Straight up and down.

Les BJM restent le plus grand groupe de rock de l’histoire pour ce geste infime, ce refus d’être dans la liste de ceux auxquels on pense, dans ces circonstances.

Ils ne se pencheront pas pour décrocher pour faire partie de ces groupes multinationales que l’impéralisme américain convoque régulièrement à être les premiers à se produire à Moscou ou Cuba, ou partout où il a relâché son étreinte.

Il n’existe pas et n’existera pas de sonneries de téléphones portables de ce groupe quand bien même les majors leur dresseraient des ponts d’or, qu’ils démonteraient en emportant leurs femmes.

Ils ne seront jamais non plus accompagnés de grandes installations scéniques quand, sur les planches, le spectacle doit impérativement être suffisant à l’oreille, proposé à coeur ouvert, Anton ne cillant pas en reprenant son Open heart surgery.

Les BJM sont les plus grands, c’est rigoureusement vrai et indiscutable dans une galaxie qui leur appartient et où nous avons été invités, trois heures durant, par l’initiative salutaire des organisateurs de Dabadaba, l’un des deux meilleurs bars rock de la ville.

Anton a regagné sa chambre, Joel l’a suivi, les autres membres du groupe se sont éparpillés dans la ville, et on pu les croiser ici ou là avec le sourire et la certitude d’avoir trompé la mort une nouvelle fois.

Elle aurait pourtant pu se produire, avec ce Swallowtail attendu et finalement pas donné avec le refus poli d’un rappel, d’un dernier morceau.

Parfois, comme hier soir, le public peut comprendre les enjeux intimes et profonds d’une chanson, jouée si souvent dans un état de décès imminent, et de paroles qu’Anton n’est pas toujours capable d’affronter en dissimulant suffisamment cette porte des enfers qui l’attend, trop patiemment.

Et murmurer : « Anton… Don’t die… »

BJM-brian-jonestown-2


Hide and Seek The Brian Jonestown Massacre – live Benicàssim2008


 


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