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Black & Basque : aller voir l’expo Zumeta, avant de détruire (nous-même) le Carré

1 septembre 2014 > > Soyez le premier à réagir !

Devant un quizz que nous avons eu la chance de ne pas avoir à remplir, sans doute que le nom de Zumeta nous aurait fait désigner un possible joueur de l’Athletic de Bilbao, ou un tube ibérique de l’été sponsorisé par une grande marque de soda orange.

En ces derniers jours d’août, le lieu rattaché à ce nom, Le Carré, nous en a préservé, quand cet espace d’art contemporain, désiré il y a plus de 20 ans par son conservateur historique, le regretté Vincent Ducourau, est parfaitement connu des Bayonnais comme l’annexe indispensable du plus classique Musée Bonnat-Helleu. Et n’a que peu déçu.

Programmé en avant-première du Festival Black&Basque (qui aura lieu du 12 au 14 septembre prochains), José Luis Zumeta, aujourd’hui septuagénaire, a été invité à y présenter une carte blanche, dans cet écrin de 600 m2 où il a choisi d’exposer ses toutes dernières œuvres.

Et une première évidence vous saisit, face aux créations de ce natif d’Usurbil, près de Donostia (Pays Basque sud) : la séduction est immédiate, instinctive, au contact de l’univers tout de couleurs et de saynètes muettes du peintre, puissantes évocations où l’âme se réchauffe d’une gaieté inattendue.

Avec la mention « izenik gabe » (« sans nom » en basque) sur chacune des toiles, l’artiste nous renvoie à nos seules interprétations, invitation à un jeu d’enfants, l’envie est ressentie de nommer soi-même ces toiles, essayons, puisque, de toute façon, notre cœur s’est déjà emparé d’une humeur riante.

zumeta-ballonFemme au couteau, excédée par le Mondial de foot

zumeta-lapinOncle Bob essayant de se passer une cigarette d’une oreille à l’autre

zumeta-chatMonsieur se débarrassant du chat de Madame dans le robot-ménager

L’instant ludique s’évapore peu à peu, et résonne plus fortement en nous ce nom, inconnu jusqu’alors, José Luis Zumeta.

Officiellement reliée à de très grands noms de la peinture et de la sculpture basques dans les années 50, en plein franquisme, la quête du sens de son travail, du « pourquoi » de son moteur créatif, tente également de se frayer un chemin au cœur de votre balade, mais l’escalier du Carré vous invite à prolonger la visite.

carre-2Là encore, l’enchantement ne faiblit pas, au vu de ces illustrations de cahiers d’écriture de pensionnaires d’asiles psychiatriques, tel que conçu en 2009. Notre incapacité à saisir le sens des mots tente de rejoindre l’étrangeté des œuvres qui leur font face, mais, trop tard, la poésie de l’un s’est accouplée avec la force de l’autre.

zumeta-mouche

« Quand j’étais petit, je rêvais en vers / Maintenant que je suis grand, je pense que je suis encore petit »

Le programme de plaisir espéré en entrant dans cet espace d’art est déjà rempli, mais les échos nous en sont parvenus avec insistance, qui ont pressé nos pas vers le Carré : Zumeta aurait fait sa propre version du Guernica de Picasso...

carre-porteEt elle est effectivement là, derrière cette ultime porte entrouverte. Un dilemme à trancher, en l’espace de quelques mètres et d’autant de secondes, tant la réticence électrise votre épiderme que « ce tableau des Basques » ait pu faire l’objet d’une pâle réinterprétation, contre laquelle nous aurions vociféré.

Mais ce n’est pas le cas. Les dimensions impressionnantes de l’œuvre grandiose ne sont pas seules responsables de cette puissante émotion qui coupe le souffle : son Gernika est magnifique. Et, pour l’éternité dont vous êtes désormais le témoin, cet hommage au chef d’œuvre de Picasso peut hériter de la noble appellation basque de la ville martyre.

Détail du tableau

Détail du tableau

Des éléments du tableau de Picasso y trouvent leurs places, dans un ensemble de sang et de flammes, de décors brisés et de visages implorants, devant lesquels on ne peut que rester muet, devant la force qu’elle impose au regard. « Happé » devient alors le seul adjectif que vous accepteriez de reconnaitre pour désigner votre état, pour l’instant, tandis que, face à vous, les serments de l’Art et de l’Histoire ont trouvé à se nouer, une fois encore.

sinadura_zumetaLa sortie du Carré est plus silencieuse, quand prend corps en nous l’envie irrépressible de rechercher de plus près l’histoire de ce peintre basque, au regard grave, et à la main sûre.

zumeta-pastzumeta-portraitMais est-ce la force de ce Gernika, créé en 1999, qui nous fait nous retourner une dernière fois vers ce Carré, dont Zumeta sera le tout dernier exposant ? Fermé quand seront décrochées ses toiles, le bâtiment sera détruit, puisque voué à laisser place à un hôtel de luxe, comme l’a autorisé la municipalité sortante il y a 3 ans de cela.

Un principe de réalité qui ne passait pas dans toutes les gorges, déjà, avant Zumeta, malgré les arguments portant sur les faiblesses du bâtiment, accentuées par un incendie qui a ravagé le garage mitoyen, il y a une dizaine d’années. Et que sont évoqués des lieux de remplacement à venir, éclatés, moins spacieux, ou excentrés.

Et l’on a envie, dans ce après Zumeta qui s’annonce (au 22 septembre), de prendre une pioche, une masse, et, comme le malheureux Mizoguchi du Pavillon d’Or de Mishima, de détruire nous-mêmes le Carré. De frapper les murs qui nous offrirent pourtant les œuvres de Larry Clark, de Nestor Basterretxea, et de tant d’autres plasticiens, peintres, sculpteurs, ou photographes, qui en firent un haut lieu de nos itinéraires de secours.

Et nous aurons honte de frapper ce que nous avons tant admiré. De porter une main lourde de colère là où nos yeux ont aimé.

Mais nous ne ferions que mieux ce que les bulldozers et les marteaux-piqueurs exécuteront dans quelques semaines, sans en ressentir le moindre état d’âme.

affiche-b&bExposition Zumeta, jusqu’au 21 septembre 2014,
Le Carré, 9 rue Frédéric Bastiat, Bayonne,
ouvert du mardi au samedi, de 13h à 19h (entrée libre)

Carte blanche donnée à l’artiste par le Festival Black&Basque
http://www.blackandbasque.com/

bnb


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