Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

Calixto Bieito, « le Pedro Almodovar de l’opéra », prend les commandes de la saison du Théâtre Arriaga de Bilbao

26 décembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

De ce début janvier, et pour ce que l’on en sait jusqu’en juin prochain, « l’enfant terrible par lequel le scandale arrive » est à la manoeuvre de la saison d’opéras, de théâtre, de danse et de concert du grand Théâtre de Bilbao, avec l’envie « de nous emmener vers des endroits où nous ne savions pas que nous voulions y aller », et faire de Bilbao l’une des places fortes européennes du spectacle vivant.

Sexe, sang et couches-culottes : pour sa première mise en scène lyrique en France il y a deux ans, l’Espagnol Calixto Bieito, surnommé depuis le début des années 2000 comme « le Pedro Almodovar de l’opéra », avait livré une interprétation des plus iconoclastes du Turandot de Puccini.

Tirandot, mise en scène de Calixto Bieto

Une nouvelle entrée en force sur la scène européenne par ce Barcelonais, considéré comme l’un des metteurs en scène les plus controversés mais aussi les plus passionnants de sa génération, dont ses spectateurs se souviennent d’un précédent Enlèvement au sérail de Mozart où une poitrine était tranchée dans une sorte de jeu sadomaso, ou d’un Bal masqué de Verdi qui s’ouvrait sur des interprètes assis sur des WC.

Acclamé par les uns, décrié par les autres, Calixto Bieito ne laisse pas indifférent. Devenu le nouveau directeur du Théâtre Arriaga de Bilbao à compter de ce mois de janvier 2017, « l’enfant terrible de l’opéra » a donc logiquement marqué de son empreinte la programmation des spectacles dévoilée sur ces six premiers mois, pour une (r)évolution culturelle sans précédents pour ce théâtre, et pour Bilbao.

Lors de la présentation du nouveau directeur en janvier dernier, le maire de Bilbao, Juan Mari Aburto, avait lancé un défi clair et net à Calixto Bieito : faire en sorte que le Théâtre Arriaga devienne « un théâtre moderne, ouvert, pluriel et créatif », qui « s’ouvre au monde » et qui attire des spectateurs du monde entier, sans oublier les productions propres et locales et tout en offrant des opportunités aux acteurs basques.

Parsifal, mise en scène de Calixto Bieto

À partir de ce 1er janvier 2017, le spectateur aura l’occasion de juger si le défi a été relevé.

À la vue de la programmation des spectacles prévus entre janvier et juin 2017 et présentée récemment, la question trouve une partie de sa réponse: tout semble indiquer que Bilbao s’apprête à faire un grand saut qualitatif dans le monde du spectacle vivant.

Si Calixto Bieito est “celui par qui le scandale arrive,” pour reprendre le titre de son portrait réalisé récemment par le dramaturge et metteur en scène Aleksi Barrière, alors que le scandale commence.


Trois objectifs à la programmation de l’Arriaga

Tout d’abord, seront de mise la communion et la complicité avec les artistes de Bilbao, de Biscaye et du Pays Basque, pour renforcer et promouvoir la scène locale.

Un autre objectif cherche à offrir au public un échantillon du meilleur théâtre qui se produit en Espagne, et le troisième entame le processus d’internationalisation, en concluant des accords de coopération avec d’importantes institutions européennes: Theater Basel, Holland Festival, Nationaltheater Mannheim, Nationaltheatret Oslo, Schillertage (Festival international Schiller), Ibsen Festival, REP (The Birmingham Repertory Theatre), Komische Oper Berlin, Brighton Festival et Hamburgische Staatsoper.

« In mémoriam », crédit photo Ros Ribas

“J’aime penser que le théâtre, la musique et la danse ressemblent à un rêve. Un rêve chargé de significations, d’authenticité”, a souligné Calixto Bieito dans sa déclaration d’intention :

« Depuis le Théâtre Arriaga, pendant ce premier semestre de 2017, nous allons partager, avec toute la ville et tous ceux qui souhaitent nous accompagner, un regard plein de passion sur la réalité quotidienne et le monde qui nous entoure. Puisque le théâtre est l’endroit où une communauté se réunit pour partager des idées, des émotions et une expérience unique. Un théâtre public est obligé de nous offrir quelque chose dont nous ne savons pas encore si ça nous plaira, de nous emmener vers des endroits où nous ne savions pas que nous voulions y aller, et, bien sûr, nous secouer, ouvrir notre esprit, nous rendre plus tolérants et nous faire sentir meilleures personnes ».


Productions en propre

Les trois objectifs se retrouvent clairement dans les productions propres conçues par le Théâtre de Bilbao.

Le 11 janvier prochain, le public aura l’occasion de voir le spectacle Y entonces venías a robarme el alma (Et alors tu venais à voler mon âme), un concert-installation pour deux voix féminines, un choeur et un quatuor à cordes (tous originaires du Pays Basque), avec un décor conçu par l’allemande Rebecca Ringst (qui a collaboré cette année avec Calixto Bieito dans une superbe mise en scène de Lear d’Aribert Reimann à l’Opéra de Paris, et dans lequel nous pourrons écouter la musique de Richard Wagner, György Ligeti, Alban Berg et Kurt Weill.

Fin janvier, sous le titre Esclavos felices (Esclaves heureux), deux journées de spectacle sont programmées autour de la musique et des émotions de Juan Crisostomo de Arriaga (1806-1826), qui donneront au compositeur bilbotar une dimension contemporaine, par un poème symphonique intégrant la participation de la réalisatrice suisse Sarah Derendinger, la mise en scène de Calixto Bieito et la direction musicale de Jon Malaxetxebarria.

La première journée sera consacrée aux quatuors à cordes d’Arriaga et, comme une espèce de happening, le public se promènera à travers différents espaces du théâtre, accompagné par le maître de cérémonie, alors que des performances musicales accompagnent ce voyage mental et… physique.

La deuxième journée, avec le public dans la salle, sera interprétée l’oeuvre symphonique et vocale d’Arriaga, qui nous mènera à la question finale Sommes-nous heureux dans notre esclavage ? : les sopranos basques Marta Ubieta et Naroa Intxausti chanteront accompagnées par le Choeur de Bilbao et l’Orchestre Symphonique de Bilbao.

Au mois de mai, le Théâtre Arriaga participera aux célébrations du 450e anniversaire de Claudio Monteverdi, le premier grand compositeur d’opéras, avec la production d’une version moderne de l’opéra Orfeo, qui sera mise en scène par Barbora Horakova Joly, une des grandes promesses de la scène européenne.


Opéra : les principales oeuvres lyriques à l’affiche pendant le premier semestre de 2017

Il Combattimento, Festival Castell Peralada

Le 4 février, Gesualdo, un concert avec mise en scène, rendra hommage au compositeur Carlo Gesualdo et à la grandeur artistique de ses madrigaux, sous la forme d’une coproduction de l’Arriaga avec l’Opéra de Hambourg, sous la direction de Calixto Bieito.

Début avril, une deuxième oeuvre de Monteverdi est programmée, Il Combattimento, dans une production magnifique du Festival Castell Peralada, avec la mise en scène de Joan Anton Rechi, qui situe le combat de Tancrède et de Clorinde… dans un ring de boxe.

“La dynamique de la boxe, avec ses assauts ou les sons de cloche qui marquent la reprise du combat se retrouvent dans la musique de Monteverdi, de sorte que la mise en scène fonctionne parfaitement avec cette composition du 17e siècle,” selon Joan Anton Rechi.

Et enfin, la cerise sur le gâteau, le War Requiem, chef d’oeuvre de Benjamin Britten, un cri de révolte contre l’horreur et la destruction de la guerre, toujours aussi nécessaire qu’au moment de sa première, quelques années après la Seconde Guerre mondiale.

War requiem, crédit photo Erik Berg

Ce spectacle musical grandiose en faveur de la paix, produit sous la direction de Calixto Bieito, se présentera le 23 et le 24 juin après son très vif succès au Théâtre de Basel (lisez par exemple ce compte-rendu de Frank Langlois pour Resmusica) et à l’Opéra d’Oslo.

“Une déploration bouleversante sur la souffrance humaine et sur la capacité autodestructrice de l’homme, »selon le critique Dominique Adrian, saluant “la beauté sombre et l’humanisme” des productions de Bieito qui “cherchent à susciter chez le spectateur quelque chose comme un choc originel ».


Des références mondiales de la danse invitées à Bilbao

Martha Graham Dance Company (crédit photo Hibbard Nash Photography)

Quatre des plus importantes compagnies de danse au monde sont également attendues au Théâtre Arriaga de Bilbao.

Le Ballet National de Marseille s’y produira les 20 et 21 janvier avec Passione, un spectacle dans lequel Franck Krawczyk et les danseurs du ballet, sous la direction d’ Emio Greco et Pieter C. Scholten, revisitent La Passion selon Saint-Matthieu de Jean-Sebastien Bach.

“Dans la puissance du piano et la mélancolie de l’accordéon se réveillent la souffrance, la sensualité et le sacrifice. En écho, ou plutôt en dialogue, répond le corps des danseurs avec leur gestuelle coup de fouet et leur noire détermination”.

Au mois de février (24 et 25), le prestigieux chorégraphe Jacopo Godani, directeur artistique de la Dresden Frankfurt Dance Company, débarquera à Bilbao pour offrir un spectacle réalisé en coproduction avec le Théâtre Arriaga.

Dresden Frankfurt Dance Company

En provenance des États Unis, la Martha Graham Dance Company sera à l’affiche le 24 mai.

Et la Canadienne Marie Chouinard, récemment nommée directrice de la danse à la Biennale de Venise pour la période 2017-2020, y sera également programmée avec sa compagnie pour son célèbre triptyque Le Jardin des délices de Jérôme Bosch, une chorégraphie en trois actes (“Le Jardin des délices”, “L’Enfer” et “Le Paradis”).

Le Jardin des délices de Jérôme Bosch, par Marie Chouinard (crédit photo Nicolas Ruel)


Grandes figures théâtrales

« Incendios », d’après pièce de théâtre de Wajdi Mouawad (crédit photo Ros Ribas)

Au niveau des créations théâtrales, même appel d’air international, puisque le Théâtre accueillera quelques-unes des créations théâtrales les plus prometteuses du moment en Europe.

À la mi-janvier, Engel in Amerika, la version allemande de Angels in America: A Gay Fantasia on National Themes (Des Anges en Amérique, une fantaisie gay sur des thèmes nationaux), une pièce de théâtre de l’écrivain américain Tony Kushner (Prix Pulitzer en 1993) qui montre les petitesses de la société américaine.

ENGEL IN AMERICA, crédit photo Sandra Then

La production est dirigée par Simon Stone, encore peu connu en Espagne mais est une des grandes promesses de la scène européenne. Après le succès remporté à Basel, Engel in Amerika sera à l’affiche à Bilbao avec du sur-titrage en basque et en espagnol.

Declan Donnellan, jouissant d’une renommée mondiale, considéré comme l’un des metteurs en scène les plus originaux qui soient et une référence pour ses mises en scène du théâtre shakespearien :

Winter’s tales (crédit photo : Johan Persson)

réalisée avec la compagnie britannique Cheek by Jowl, devrait séduire le public avec The Winter’s tale (Le conte d’hiver) devrait séduire puissamment (la tragi-comédie de Shakespeare y sera représentée en anglais avec des sur-titrages).

Photo Credit Societas RC

Et pour compléter le trident des metteurs en scène internationaux attendus à Bilbao, en avril (21-22) une pièce en italien, Democracy in America, s’avancera comme la toute nouvelle création de Romeo Castellucci, qui s’est basé librement sur le livre homonyme d’Alexis de Tocqueville, où un jeune Européen observe avec perplexité la démocratie des Etats-Unis (l’oeuvre sera interprétée en italien avec des sur-titrages en basque et en espagnol).

Quant aux productions locales, le Théâtre Arriaga accueillera en mars la première de Ez dok Hiru, avec des textes de Patxo Telleria avec l’interprétation de Mikel Martinez et de l’auteur lui-même : un spectacle théâtral en langue basque qui passe en revue de façon ironique, absurde et comique l’histoire musicale du Pays Basque.

crédit photo : Beñat Laborde

En février, c’est le Pays Basque nord et les pastorales souletines qui seront à l’honneur avec le spectacle Ohiberritze : ce concert-spectacle commence par 12 extraits de la pastorale Jean Pitrau, qui seront suivis par une pièce nommée “Dantzaren botzak”, avec des paroles de Ttitika Rekalt et mise en scène par Tehenta kanta taldea et la compagnie de danse de Juhane Etchebeste.


Offre musicale

Kepa Junkera

Parmi les concerts programmés pendant ce premier semestre de 2017, soulignons surtout celui du 16 mai, quand l’Orchestre Philharmonique de la BBC, sous la direction de Juanjo Mena, se produira avec le pianiste Stephen Rough pour interpréter des oeuvres de Vaughan Williams, Sergei Rachmaninoff et Edward Elgar.

Autre moment fort de la programmation, le 25 mai 2017 : le concert de la mezzo-soprano suédoise Anne-Sofie von Otter (Grammy, Diapason d’Or,…) accompagnée par le quatuor à cordes américain Brooklyn Rider, dont les directs live n’ont rien à voir avec les quatuors traditionnels.

Un autre concert alléchant est celui de James Rhodes, star montante du piano. Un pianiste qui bouscule toutes les conventions de la musique classique, en illustrant ses interprétations d’une explication et en interagissant avec son public, « son jeu de musique passionné couplé à son aura de rock-star constitue ce dont la musique avait besoin », selon The Times.

Sutagar

Le Théâtre Arriaga sera aussi l’étape des tournées de nombreux groupes qui viendront présenter leurs derniers albums. Parmi eux, M-Clan (22 janvier), Su Ta Gar (5 février), La Oreja de Van Gogh (26 février), Anne Etchegoyen (21 mai) ou Maika Makovsky (date non précisée) ou Kepa Junkera et son groupe Sorginak (19 février).


Toute la saison du Théâtre Arriaga de Bilbao à apprécier sur leur site


 


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.