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Cap sur « Terres libres », un impressionnant voyage onirique au cœur des Jours Heureux d’Anglet

18 mai 2016 > > Soyez le premier à réagir !

A l’heure où l’on remet en ordre le parc de Baroja à Anglet, les souvenirs du festival Les Jours Heureux reverdissent quelques pensées, au sein desquelles le spectacle Terres Libres va garder une place de choix.

La nonchalance ensoleillée du parc, les 37 compagnies, les enfants et les badauds de tout âge, tous ont accompagné cette 7ème édition des Jours Heureux d’Anglet pour la voir franchir un pas de plus vers le monde de l’imaginaire.

Il n’a pas été possible de ne pas y tomber à coeur joie, en entrant dans l’étrange chapiteau du collectif Autre Direction.

Ce navire poétique de marionnettes macabres et oniriques a embarqué petits et grands dans son univers déjanté vers des Terres libres, celle du titre du spectacle obscur et féérique réalisé par le collectif, qui compte parmi les siens des plasticiens, musiciens, poètes, marionnettistes, comédiens, techniciens.

C’est aussi un monde complet qui voit le jour grâce aux mains talentueuses et obstinées de ces grands enfants du spectacle.

Perdre pied, dans un bateau, c’est raisonnable. Mais quand ce bateau ressemble à un kiosque fermé sur pilotis et se trouve dans un parc où enfants, musiciens, coiffeurs extraordinaires et artistes de tout genre se côtoient, l’introspection devient plus intrigante.

« La créature humaine est un vaste territoire dans lequel il est possible de se perdre » : une phrase dressée en haut du chapiteau annonce le voyage intérieur à venir, celui d’un homme rongé par ses contradictions, à la recherche d’une terre paisible en lui-même.

Ses pensées nous font monter à bord d’un navire où chaque personnage fait écho à un « soi » probable, pour une exploration intérieure douce et féroce, jamais loin du naufrage.

terres-libres-jours-heureux-anglet-9A peine entré dans le lieu, guidé par un personnage en queue de pie et haut de forme digne des années 1900 à Londres, quelques pages du livre Cristal qui songe de Théodore Sturgeon refont surface.

Décors en bois, poussière d’outre-tombe, trappe et passerelle, pont et cave, un univers onirique où danse un autre homme au chapeau sur le son d’un accordéon, le visage poudré en noir, qui n’attend de vous que l’oubli de ce qui se passe dehors, ok,  80 fois oui, autant que la jauge peut en soutenir.

La porte se referme, un public déjà envouté à l’intérieur, qui chuchote toutefois quelques « bouh » rassurants lorsque le noir se fait inquiétant.

terres-libres-jours-heureux-anglet-4Un groupe musical sorti tout droit d’un film de Tim Burton version tzigane, en chair et en os, arrive et accompagne un personnage mystérieux dont le souffle va nourrir un long poème musical et visuel tout au long du spectacle.

Un poème chavirant, terrible, à recevoir comme une vague en pleine face lorsqu’on est de ceux qui se cherchent, dont les enfants pourront saisir les plus douces intentions : les mots cruciaux pour la compréhension de l’histoire, la tendresse, la cruauté et la drôlerie d’un conte. Les textes sont clamés en musique, entre slam presque chanté et théâtre.

Très vite de la partie, les marionnettes, cousues dans une chair mélancolique abimée par les flots des pensées, effraient et fascinent.

terres-libres-jours-heureux-anglet-2Bousculées entre rêves et cauchemars par le cerveau qui les loge, il y a un petit quelque chose d’Emir Kusturika et de son film Underground où l’on ne sait plus qui manipule les ficelles.

Un des personnages fait divaguer le bateau là où il ne devait pas aller, un autre se noie dans sa bouteille, l’autre cherche à fuir. Lequel choisir pour être soi-même ? N’est-ce pas s’en éloigner que de n’en choisir qu’un ? Le navire devient une métaphore d’une société à la dérive, que les capitaines de bateau ne mènent nulle part.

L’obscurité fait la lumière sur de sombres miroirs et malgré les ondes sonores du festival qui parviennent de dehors, personne n’éteint son attention, et cherche à les entendre.

Nous sommes loin, très loin.

terres-libres-jours-heureux-anglet-5Les enfants présents ont rejoint le monde merveilleux de l’imaginaire devant ces poupées aussi grandes qu’eux, et les adultes sont hypnotisés par ce temps suspendu.

Puisque la vie est un conte féroce, alors on aurait bien envie de ne pas sortir de celui-là, dont la beauté exacerbée console, à commencer par celle du kiosque réalisé de leurs mains, le fameux « Quat’mats », 12 mètres carrés de diamètre et 18 tonnes à transporter. Soit deux ans de travail de la compagnie pour faire tenir debout tout un monde.

terres-libres-jours-heureux-anglet-10« Avaler l’air jusqu’à plus soif et saisir à la volée mes rêves, pour que je puisse m’envoler de moi-même à moi-même », c’est ce qu’écrit le collectif au sujet de sa soif de poésie libre. Six ans maintenant qu’ils voyagent dans leur « vaisseau de recherches ». Et qu’ils nous font boire à leurs tasses, pour un moment halluciné sans autre drogue dure que le rêve.

Chapeau bas à ces raconteurs d’histoires, Malika Gromy, Germain Rolandeau, Raphaël Gromy, Simon Plane, Yann Engelbrecht, Thomas Feuillet, Sébastien Bonichon, à leurs tableaux qui ne se décrochent jamais d’une poésie totale, aux lumières ingénieuses qui les éclairent.

terres-libres-jours-heureux-anglet-8Bien d’autres parties du spectacle seraient à raconter, mais inutile de dévoiler ce qui doit l’être dans cette antre : Eklektika lance cet article comme une bouteille à la mer, en espérant que le message sera lu et les fera vite revenir.

Du côté de Baroja, les programmateurs des Jours Heureux ne cachaient pas leur souhait de les voir planter à nouveau leur « Quat’Mats » dans le parc.


Compagnie Autre Direction. Spectacle "Terres Libres" au Bathyscaphe (22), 26 septembre 2015.Crédit photos : Guillaume Feuillet
Site internet du collectif Autre Direction


 


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