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‘Carlotta’, d’Elodie Tuquet : les stéréotypes féminins à chiffonner comme un tutu

3 novembre 2015 > > 2 commentaires

Jeudi soir dernier, dans la petite salle des écuries de Baroja, Elodie Tuquet présentait Carlotta, un spectacle conçu lors d’une seconde résidence artistique à Anglet, suite à sa rencontre avec l’association Arcad et la metteur en scène de la compagnie « De vous z’à nous », Dominique Lambert.

Un souffle de danse et de théâtre de rue s’est engouffré dans la salle, à l’occasion de Carlotta de la danseuse et chorégraphe Elodie Tuquet, et jouer de la proximité du public, balayant doucement les tourments du jour comme des feuilles d’automne.

Dans son murmure, une vaste question s‘entêtait : qu’est-ce que c’est, au juste, être femme ? A défaut de réponse, une conclusion : ce n’est pas ce qu’on veut nous faire croire, en tout cas.

C’est loin du consumérisme que la soirée s’imagine. Une entrée gratuite, une jauge de cinquante personnes (quelques personnes refoulées à l’entrée, du coup), une résidence d’artiste qui voit l’aboutissement de son travail, un décor nu et une artiste seule en scène, à nue aussi donc, d’une certaine façon.

C’est dès lors avec curiosité que l’on découvre, avachie sur une chaise de spectateurs, une paire de jambes, un tutu néoclassique XXL en guise de buste et de tête (la photo de Une).

carlotta-elodie-tuquet-3Une femme sans visage va prendre forme. Oui, mais laquelle ? Sa danse spasmodique révèle le cloître que représente le cocon dont elle se hisse.

Sachant peu à peu jouer de sa parure, son enquête commence.

Des orteils aux regards en passant par les doigts, elle danse et explore son environnement.

Animale, chétive, séductrice, elle s’essaye aux grandes caractéristiques féminines telles que les regards collectifs et l’histoire les représentent et les rangent, vérifie leurs effets sur le public puis dérape du tableau proposé.

Du sulfureux aux cris de guerre, du défilé à la course de cheval, la jeune femme ne se saborde pas et ne s’effraie pas d’abimer l’esthétique, celle du spectacle et la sienne qui n’en perdent rien et gagnent en candeur, et en humour.

carlotta-elodie-tuquet-1Elodie Tuquet se promène de stéréotypes féminins en caricatures, qu’elle froisse sans simagrées.

De la mère à l’hôtesse de l’air, de l’amoureuse à la femme déchue, des appels téléphoniques aux prières vers un dieu peu bavard, il n’y a qu’un pas, qu’elle fait danser sur des musiques rocks, électros ou tziganes.

Elle s’amuse à illustrer les étiquettes collées aux âmes comme aux vêtements, puis, sans hésiter à se déformer le visage à quelques centimètres de celui d’un spectateur, elle montre « la vraie face ».

Celle qui s’emmerde à marcher avec des talons de 18 cm, qui ne comprend pas ce qu’on attend d’elle, au juste, de la discipline ou de la spontanéité.

C’est alors que l’air de « Femme, je vous aime » débarque, invité improbable d’un moment sans autre issu qu’une bonne cuite et, comme un clip revisité, une femme seule, errante et certainement peu ou mal aimée, s’enivre et s’abime devant tout le monde.

C’est de la danse et du théâtre. C’est burlesque, léger et satirique à la fois.

carlotta-elodie-tuquet-2Elodie Tuquet prend des airs, les tombe et se régénère avec quelques pas de flamenco. Elle tient sur ses pointes, accouche, s’envole, une fois poule, une fois fée, puis se lasse.

La parole s’occupe du changement de décors.

Elle renonce à comprendre pourquoi il ne faut pas mouiller sa robe, et à comprendre tout court. Ses chaussons de danse classique, elle demande aux spectateurs de les lui enlever. Elle n’en peut plus de se tenir.

Elle ne fait pas que manipuler son public, elle se manipule elle-même et, forte de sa présence, embarque même les réticents de prime abord.

Le sujet choisi par l’artiste donne peu à eu envie d’être exploré plus profondément.

Il traine quelques silences dont on aimerait extraire davantage de sens, de mots, peut-être. A moins que ce soit encore cette déformation à vouloir tout comprendre qui se manifeste.

La générosité sait recevoir et le spectacle évoluera.

elodie« Sentir les gens nourrit mon jeu. On peut toujours aller plus loin. J’ai beaucoup travaillé la distanciation ce qui permet de laisser l’émotion venir et se transformer. Je fais partie d’une compagnie d’arts de la rue, Frichti Concept. La rue vous apprend à entrer en interaction avec les énergies des autres », raconte Elodie Tuquet.

La compagnie a pour particularité d’unir la danse à d’autres expressions comme l’architecture, le théâtre d’objet.

Une bonne école, sûr, en plus de celle des clowns qu’elle a investie et utilisée dans la première mouture du spectacle, dirigé au départ vers les enfants et intitulé ClassiqClown.

Un tournant pour ce dernier qui aujourd’hui s’adresse à tous les publics, de par ses nombreuses lectures et son humour corporel, sans nez rouge, cette fois-ci.

Un moment léger, féminin et singulier qui parle de singularité, avec justesse, et avec lequel on souhaite à la danseuse et jeune chorégraphe de cheminer, de dates en échanges.

Merci à Cécile Bocquentin pour les photos.


 


Commentaires

2 réponses à ‘Carlotta’, d’Elodie Tuquet : les stéréotypes féminins à chiffonner comme un tutu

  1. Maisonneuve Sofi dit :

    Bravo pour votre écriture,
    c’est tellement tout ça que l’on a essayé de voir et de saisir !!! Du coup merci pour cet article.. Et merci à tout ceux qui ont fait le spectacle …Dominique Lambert et Elodie Tuquet.

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