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« Ce qui nous lie », de Cédric Klapisch : « il est important de régler ses comptes avec ses racines pour évoluer »

13 juin 2017 > > Soyez le premier à réagir !

De la poésie pour exalter tous les sens et remettre les amours au goût du jour : entretien avec le réalisateur Cédric Klapisch et l’actrice Ana Girardot autour de la sortie du joli film « Ce qui nous lie », en salles à partir du mercredi 14 juin.

Lorsque le cinéma s’avance vers le spectateur avec le mot « amour » sur le front, la première réaction est de faire naître une foule d’idées préétablies, à commencer par la notion de couple, qui ne forme pas pourtant ici le coeur du nouveau film de Cédric Klapisch, « Ce qui nous lie » (retrouvez notre critique – enthousiaste – du film, datée du 31 mai 2017).

Ici, la proposition rafraichissante est d’explorer ce vocable dans tous ses sens : amour filial, fraternel, sensuel, bien sûr, mais aussi amour de la terre et passion pour un métier dont la substantifique moelle, à savoir le vin, offre une parfaite métaphore de ce qui anime le cœur des hommes.

« Pour exprimer les sentiments, tout est permis, c’est là le but de la poésie » a confié le réalisateur à Eklektika au moment de son passage sur la côte basque pour l’avant-première du film à Bayonne et St Jean de Luz.

« Là, le but était de faire du vin une métaphore de l’amour, qui croît à mesure que poussent les feuilles de la vigne », introduit-il tout d’abord, son actrice Ana Girardot présente à ses côtés ajoutant « Je crois que le vin est un développeur de sens : les rires sont plus forts, ce qu’on partage est plus intense. Ce lien entre le vin et l’amour était évident. ».

Bulle d’ivresse au coeur de nos existences vidées de leurs valeurs essentielles par un rythme effréné, ce film lumineux et plein de grâce apparaît comme une main tendue vers nous, qui servirait de pont entre les rives du devoir et du vouloir : en 4 questions, immersion salutaire dans les yeux du réalisateur et de sa jeune actrice débordante de vitalité.


Comment les métamorphoses perpétuelles mais aussi cycliques de la nature sont-elles liées aux changements que subissent les personnages au cours de l’histoire ?

Cédric Klapisch : En fait, c’est un point de départ du scénario. Je regarde à la fois le parcours de cette famille et le trajet du raisin sur une année complète, et je les mets en parallèle. Il y a aussi eu de nombreux points de jonction entre cette nature changeante et les personnages. Au printemps par exemple, une histoire d’amour renaît, on repeint la maison, c’est un renouveau général ; la période de l’hiver est comme une salle d’attente où tout se fige, et les vendanges sont le point culminant de la vie dans toute sa force.

Ana Girardot : La relation s’est faite de manière organique : on a vu la nature changer et on s’est adaptés à elle. Cédric nous observait beaucoup, il a réécrit des scènes en fonction de nous, des apports à nos rôles respectifs.

La place de la famille semble primordiale dans cette transformation : un retour aux racines est-il selon vous indispensable pour évoluer durablement ?

A.G. Il y avait une phrase dans le film qui n’y est plus, où un curé disait « Dans la vie, les parents veulent donner aux enfants des racines et des ailes ». Je pense qu’on a toujours besoin de se nourrir de là d’où on vient pour aller de l’avant.

C.K. Par rapport à Jean, on voit qu’il se réconcilie avec son enfance, son passé. Le film raconte à quel point il est important de régler ses comptes avec ses racines pour évoluer.

A.G. La famille, c’est comme un filet, une sécurité pour chaque pas que l’on fait dans la vie. Il y a quelques temps, j’ai fait une couverture pour un magazine, et j’avais super peur de la réaction de ma petite sœur, plutôt féministe. J’en ai parlé à mon père qui m’a dit oui, c’est vrai, ça ne va pas forcément lui plaire, mais de toute façon elle t’aime. Voilà ce à quoi renvoie la vision de la famille dans le film : un amour inconditionnel, qui dépasse les opinions personnelles.

Comment fait-on un film centré sur des sens théoriquement invisibles tels que le goût et l’odorat ?

C.K. Ah ça, c’était un challenge ! La scène en gros plan des enfants qui goûtent des aliments avec les yeux bandés fait justement appel au rapport visuel entre les sens. Idem pour celle où la fratrie goûte le raisin : ce côté sensoriel, voire même sensuel, était indispensable. D’ailleurs, j’ai essayé de traiter la scène du couple qui fait l’amour exactement comme celle de la coupe du raisin, pour que tous les sens soient en éveil.

L’aspect contemplatif de certaines scènes semble vouloir nous pousser à réapprendre les choses simples telles que la relation à la nature, la famille encore une fois, mais aussi le sentiment d’appartenance.

C.K. Je ne parle pas vraiment de retour à la nature, mais plutôt d’un désir de simplicité, de revenir au concret dans un monde centré sur la virtualité : quelles sont les vraies valeurs, les vrais liens ? Pourquoi moi, qui suis très parisien, j’ai constamment besoin de retrouver cette nature.

A.G. Ce qui me touche particulièrement dans ce film, c’est la notion de pardon. Je réalise qu’en France, à la télévision, dans les téléréalités ou autres, il y a toujours ce besoin des participants de dire à leurs familles qu’ils les aiment. Ce problème de communication se retrouve dans le film entre Jean et son père : quelque chose les a empêchés de se dire combien ils s’aimaient et, du coup, ils ignorent à quel point ils sont, en fait, sur la même longueur d’ondes.


Ce qui nous lie

(France – 2016 – 1h53), réalisé par Cédric Klapisch, avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil, … – sortie sur les écrans le 14 juin 2017

Programmé sur la côte basque au Cinéma L’Atalante de Bayonne, au Royal de Biarritz, au Select de St Jean de Luz, à MonCiné Anglet et dans les salles CGR


 


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