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‘Cendrillon’ de Thierry Malandain, pour une romance angoumoisine en octobre dernier

21 décembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Quelques jours avant sa reprise à Biarritz les 27 et 28 décembres prochains, plongée dans le Théâtre d’Angoulème qui, en octobre dernier, découvrait pour la première fois le ‘Cendrillon’ crée en 2013 par le chorégraphe Thierry Malandain.

La version de Thierry Malandain a eu sa première représentation le 3 Juin 2013 au Kursaal de San Sebastián, et le 7 Juin 2013 à l’ Opera Royal de Versailles  avec l’Orchestre Symphonique d’Euskadi.

Deux ans après, qu’en est-il de Cendrillon? Hors les scènes familières du Pays Basque et de l’Aquitaine, comment est accueilli le ballet ?

Ce jour-là d’Octobre (le 9, très exactement), le Théâtre d’Angoulême a affiché complet «pas même un strapontin», dixit la personne à l’accueil, «et c’était la même chose la veille». La salle est pleine, avec son lot d’habitués, d’enfants et adultes, abonnés de la Scène Nationale. Certains sont venus en dilettante, d’autres connaissent déjà le travail de Thierry Malandain.

Si le chorégraphe réunit le français du ballet classique et la touche anglaise du pantomime, il reconnaît surtout le modernisme de la partition de Prokofiev, composée dans les années sombres de la guerre après l’invasion de la Russie par l’armée allemande.

‘Romeo et Juliette’ – Photo : Olivier Houeix

Les différences entre les versions dansées de Roméo et Juliette – l’un des piliers du répertoire de ballet, créé en 2010) – ont tendance à être relativement subtiles.

Les Capulet et les Montaigu se retrouvent généralement à la Renaissance, et les individus ont tendance à se quereller, rire, tomber amoureux et mourir plus ou moins aux mêmes passages de la musique.

Mais Cendrillon – est un défi chorégraphique. Les scènes internationales ont vu des versions complètement dissemblables depuis des années. Les demi-sœurs de Cendrillon peuvent être jouées indifféremment par des femmes ou des hommes, elles peuvent – ou pas – avoir une mère, et des passages musicaux sont susceptibles d’être coupés ou réutilisés d’une nouvelle manière.

cendrillon

Ici Cendrillon réconcilie la musique, le thème et la conception avec succès. Dès l’ouverture, nous sommes avertis. L’interprétation de Malandain est plus du coté obscur des frères Grimm que de Disney.

Les demi-sœurs et la marâtre sont interprétées par des hommes. Les trois personnages avec leur crâne chauve, leur peau très blanche sous les projecteurs de la scène, la belle-mère boitant avec ses béquilles et leurs vêtements noirs provoquent un mélange d’effroi et de comique burlesque qui ne laisse pas indifférent.

La comédie de ces personnages va au delà d’une série de gags bien chronométrés qui fait rire la salle : c’est « ridicule », cruel, tordu et amusant.

cendrillon1

©Olivier Houeix

Quelques ellipses n’enlèvent rien à l’intensité de l’histoire.

Cendrillon apporte l’amour, mais aussi le temps – tic-tac de l’horloge – puisque le destin de l’être humain est de mourir. Le message de Cendrillon reste tout de même un message d’espoir : la vertu sera récompensée, et la nuit la plus sombre sera suivie par l’aube.

La musique sombre et émouvante de Prokofiev le confirme, la tristesse est présente, les danseurs la vivent physiquement, dont la danse finale. Encore une fois les interprètes enchantent avec une technique sûre et une belle ligne sobre.

cendrillon-malandain-3Le jeu de lumière subtil, tout en nuances de gris et de bleutés donne à l’histoire une atmosphère légère, fraiche mais aussi mystérieuse qui prend toute son amplitude pendant la scène de bal avec les mannequins-silhouettes sur roulettes en robes noires, en mouvements et ombres qui tournoient et se fondent avec les danseurs, la partie la plus éclatante de la chorégraphie.

Le décor dépouillé, qui n’a que les escarpins noirs suspendus sur les cotés et le fond de la scène, termine la touche épurée. Le choix des costumes pose parfois question : la robe de Cendrillon pour le bal, aérienne, légère – seulement différente de celle portée dans la journée par la couleur – aurait pu être « embellie », tout comme les robes finales des demi-sœurs.

cendrillon-le-bal

Le véritable exploit de Thierry Malandain est de continuer d’enchanter mais aussi de surprendre.

Les uns quittent le théâtre ravis  « il y avait beaucoup à voir« , « le spectacle était à plusieurs endroits sur la scène« . Les autres, puristes traditionnels, restent perplexes face à sa chorégraphie « méprisant la danse classique« , oublieux que la danse contemporaine est faite de métissage, d’inspirations puisées dans les bases du classique pour ensuite mieux s’en éloigner, la transformer et la « trahir ».

Peu importe finalement.

cendrillon-malandain-2La force du chorégraphe fut pendant deux soirées, d’unir un conte de fée du 17e siècle au constat acerbe du 21e siècle, mélange parfait entre la romance touchante et la noirceur ambiante.


 


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