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‘Cendrillon’ de Joël Pommerat, ces maux d’enfants qui comptent

3 mars 2015 > > Un commentaire

Le Théâtre de Bayonne donne jusqu’au 4 mars le Cendrillon de l’auteur à succès Joël Pommerat, une jolie invitation à revisiter un conte enfantin sans réelle prise de risque dramaturgique.

Dans les rangs des spectateurs et sur le plateau, dans les souvenirs enfouis du texte initial et dans les multiples adaptations qui en ont été faites, toute l’intrigue de ce conte ancestral, popularisé par Charles Perrault mais aussi par les frères Grimm, tient en un seul mot : le malentendu.

Ce n’est pas cette petite Sandra-Cendrier-Cendrillon qui devrait avoir tout le mal du monde à croiser le gentil prince, tout comme il est évident que son malheur (rejetée par sa belle-famille, négligé par son père) ne repose sur rien sinon sur le pire, vécu par une enfant à qui la mort a enlevé sa mère aimante.

Ou sur un mal entendu, une confusion de sens dans les dernières paroles de la mère à l’agonie.

cendrillon-pommerat-6C’est sur ce point de départ imaginé que repose, depuis 2011, le Cendrillon de l’auteur-metteur en scène Joël Pommerat, donné jusqu’au 4 mars au Théâtre de Bayonne.

Dès le début de la pièce, une voix off féminine accompagne un homme chorégraphiant un possible langage des sourds : les mots portent leurs parts de responsabilité quand ils sont dits, mais également quand ils n’ont pas été clairement perçus.

cendrillon-pommerat-2Dès lors, l’obstination erronée de la petite fille à « penser à sa mère toutes les 5 minutes, pour éviter qu’elle meurt pour de vrai », comme elle pense avoir entendu cette obligation, peut libérer les strates de la dramaturgie de Pommerat.

La belle-famille peut dès lors considérer la Sandra-Cendrier-Cendrillon comme une névrotique masochiste qui fait sonner sa montre « toutes les 5 minutes », par douleur de la perte ; son père prendre le parti de ne plus s’imposer entre elle et sa nouvelle femme, une marâtre dans toute sa splendeur ; et les sœurs évoluer dans le registre de la bêtise et de la méchanceté sans s’épuiser.

cendrillon-pommerat-3Et prennent place de nouveaux malentendus : la fée espérée est une catastrophe de maladresses, le roi donne une fête techno pour le prince quand les mégères s’y rendent en tenues de nobles Versaillaises.

Le rire gagne, puis l’émotion, quand est dévoilé un nouveau malentendu qui frappe le prince lui-même, que les spectateurs découvriront d’eux-mêmes.

cendrillon-pommerat-5Jusqu’à provoquer un certain malaise, quand l’adaptation de l’auteur commence à s’apparenter à une mécanique huilée du rire et du désespoir, une façon de conduire le récit à son terme sans nous lâcher.

Pour cette nouvelle adaptation de contes moraux, après Le Petit Chaperon rouge (2004) et Pinocchio (2008), finalement, que nous montre Pommerat ?

Sa Cendrillon « à lui », qu’a-t-elle à nous dire ?

Pas grand chose, ou plutôt, rien de bien complexe, ni de très contemporain.

Qu’il est difficile de grandir dans la douleur, la perte, sans être blessé encore. Ou de mutiler soi-même ses espoirs.

Du théâtre, certes, porté par une force sûre de ses mots, mais assez désincarné par sa construction en tableaux successifs, sans cri primal et éloigné de l’os.

Rien d’aussi joli en tout cas que ce qui se déroule sur la scène, éblouissement baigné de lumières, ballet époustouflant de changements de décors, tout de joliesse.

cendrillon-pommerat-7

Au final, que personne ne trouve « chaussure à son pied » dans cette histoire acidulée pourra passer pour une préciosité d’auteur habile, malaxée à un pessimisme épais de façade, sans risquer d’attenter à la satisfaction du public, qui regagne la nuit sourire aux lèvres.

Il faut alors songer à sortir soi-même, avant d’entendre ce « Ça au moins, c’est du vrai théâtre » qui gâcherait cette jolie soirée.


Commentaires

Une réponse à ‘Cendrillon’ de Joël Pommerat, ces maux d’enfants qui comptent

  1. Trop fade à mon goût, peut-être suite à l’utilisation de micros cravates par les comédiens, cette adaptation de Cendrillon nous laisse en effet sur notre fin (faim ?). Peut-être ne faut-il y voir en effet, qu’une simple tentative de se frotter à une histoire qui n’est finalement qu’un conte (et non un texte de théâtre à l’origine) ? Peut-être ne faut-il pas le cerner avec un regard trop adulte ? Je reste interrogé (de la manière la plus sincère et la moins critique) sur l’objet de cet auteur dont on m’avait beaucoup parlé.

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