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« Chez nous » de Lucas Belvaux : une mèche trop courte pour la charge anti-FN

22 février 2017 > > Soyez le premier à réagir !

En salles depuis ce mercredi 22 février 2017, le film-pamphlet du réalisateur belge est à la peine pour être cette grande oeuvre politique avancée contre la montée du parti de Marine Le Pen, « Chez nous » se révélant même au bout du compte incapable de décrédibiliser ce qu’il combat.

On le sait depuis 1971 et « Il était une fois la révolution » de Sergio Leone : il y a toujours un grand risque de vouloir se précipiter en maniant de l’explosif, et la volonté d’urgence par le cinéaste belge Lucas Belvaux de faire sauter la « fiction FN » avec son Chez nous, juste avant les élections présidentielles françaises, a malheureusement tendance à plus atteindre l’artificier que la cible.

Ce récit d’une jeune infirmière, Pauline (Emilie Dequenne), femme de gauche qui ne croit plus à la politique, ne tarde pas à la mettre au contact d’un homme bien sous tout rapport, le docteur Berthier (André Dussollier), notable souriant de la ville picarde de Hénard.

Il ne lui est plus reproché depuis longtemps d’avoir été membre actif d’un parti d’extrême droite, ni d’être le rabatteur de son descendant politique, rebaptisé Mouvement Patriote, et désormais conduite par la fille de son fondateur, Agnès Dorgelle (Catherine Jacob), à l’allure totalement homogénique à Marine le Pen.

Écrit comme un élément de dénonciation d’embrigadements d’hommes (et de femmes) de paille appelés à compléter les rangs derrière le flambeau tricolore, le parachutage de Pauline pour les prochaines municipales s’avère un piège pour le cinéaste, déroulant sans méfiance un récit qui se retourne contre lui.

En refusant l’idée de faire passer le renversement idéologique par le personnage d’une oie blanche écervelée, Lucas Belvaux en vient à crédibiliser le retournement de Pauline par une multitude de saynètes, souvent caricaturales (Patrick Sébastien à la télé, Eric Zemmour à la radio), qui tendent à l’inverse de sa volonté.

Oui, « il faut faire quelque chose », répètent tous ceux qu’elle croise, sans jamais leur opposer un enthousiasme dans la contradiction. Ceux qui s’opposent à elles sont des figures archétypales, du père communiste bougon à la femme arabe voilée et mal-considérée par sa condition de femme musulmane, ou encore son amie gaucho, dont les origines yougoslaves troublent la légitimité vis à vis de ses proches.

A se tirer une balle dans le pied avec une telle insistance, le coeur du projet politique du film s’enrichit de la présence d’un vrai méchant, Stanko, skin-head au grand coeur (remarquablement interprété par Guillaume Gouix), symbole d’arrières-cuisines historiques du parti extrémiste dont il tente de se débarrasser.

L’envie du spectateur de tout lui pardonner (ou presque) au nom de son amour sincère pour Pauline élude l’angle véritable qui se dessine pourtant à cet étape du récit, en dévoilant combien le parti anti-système vit bien à l’intérieur cossu de ce qu’il dénonce.

Aveuglé par la volonté d’en finir, Lucas Belvaux en oublie là encore la nécessité de décrédibiliser ce qu’il combat, laissant ce Chez nous retentir comme un slogan plausible que le cinéma, le sien en tout cas, se révèle trop poli pour l’affronter, à la différence de Un Français de Diastème sortie en juin 2015

Une mèche trop courte, donc, sans que l’ensemble ne soit pourtant un pétard mouillé : l’extrême droite identitaire a des bases qui se renforcent, les spectateurs le savaient en entrant dans la salle.

Qu’ils en ressortent désemparés ou démunis devant les moyens à utiliser pour la contenir ou l’affaiblir n’est pas la meilleure nouvelle qui soit.


Chez nous, de Lucas Belvaux (France-Belgique – 1h58), avec Emilie Dequenne, André Dussollier, Guillaume Gouix, …

Sur les écrans de L’Atalante à Bayonne, du Royal Biarritz et du Select de St Jean de Luz


 

 


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