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Christine Angot, Simon Libérati : premières lectures comme autant d’agacements [Rentrée Littéraire 2015]

11 septembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Plus de 500 livres sont sortis pour cette rentrée littéraire 2015. Depuis la fin du mois d’août et jusqu’à octobre, le destin des auteurs est entre les mains des libraires puis des lecteurs. Et parfois ils vous tombent des bras, comme les derniers Christine Angot et Simon Liberati.

Les connus squattent les couvertures des magazines et les rayons des magasins, et les autres espèrent. Être lus, aimés, voire même critiqués, ou, au moins, mis en lumière.

Impossible de tout lire, la décision éditoriale fut simple : choisir des livres dont le titre ou le sujet plaisait sans prendre en compte l’auteur, fut-il français, étranger, homme, femme, inconnu ou déjà célèbre.

Prendre le temps, se laisser porter par les mots, l’histoire ou le rythme d’une phrase, comme tomber en amour…

Impossible également de tout citer en un seul article. Les coups de cœur furent nombreux. Des histoires différentes, plus ou moins contemporaines, plus ou moins vraies, plus ou moins gaies, mais des histoires qui font une différence.

Mais pour toutes les rencontres littéraires qui feront l’objet d’articles coups de cœur, il faut aussi les coups de gueule et coups de fatigue. Autant commencer par ceux-là.

Les agacements de voir toujours les mêmes noms et visages en couverture des magazines.

christine-angotChristine Angot par exemple.

Si son dernier roman Un amour impossible porte une histoire puissante, s’il plonge sur la cible après avoir tourné autour, est-il pour autant aussi bon roman que – presque – tous les média s’attachent à le dire ?

Mérite-t-il d’être le sujet en Une ? Parce que si le sujet est fort, le style l’est moins.

un-amour-impossible-christine-angotL’histoire : L’auteur raconte l’amour (impossible) de ses parents, Pierre et Rachel, dans le Châteauroux des années 50. Elle parle toujours de sa vie, de l’inceste, mais centre son roman sur sa mère, mettant à nu leur relation.

Et de décider que, malgré la sympathie éprouvée pour Christine Angot, la lire reste encore et toujours difficile, même si quelques phrases sautent de la page pour vous prendre à la gorge et vous forcer à apprécier :

J’avais cessé de l’appeler maman. Ça s’était fait comme ça, tout seul, sans intention, sans décision. Peu à peu. Ça n’avait pas été prémédité. Au début, la fréquence du mot avait baissé. Comme s’il n’était plus nécessaire. Ensuite, il avait pris une tonalité gênante. Il était devenu bizarre, décalé. Puis il avait disparu. Totalement. Il m’était devenu impossible de le prononcer.

On se noie dans des théories sociologiques, familiales et psychologiques aléatoires et catégoriques sur l’inceste.

Ne pas reconnaître un interdit qui s’applique à tous, c’est la distinction suprême. Tu comprends ! Quelle classe ! Et pour lui, ç’a été la façon ultime, imparable, d’annuler la reconnaissance. Ça va bien au-delà de la prise de sang. C’était la négation automatique. Changement de point de vue.

L’autofiction est parfois courageuse, mettant à nu son auteur et le rendant vulnérable aux critiques, mais elle est aussi masturbatoire. La littérature vaut mieux que ça.

Oui à vouloir que le « je » soit un autre et soi-même, oui à vouloir que le « je » soit le sujet du roman mais non à ce que le « je » impose tout, trop, tout le temps sans laisser respirer son lecteur-témoin.

Et surtout non à ces journalistes qui ne savent plus prendre de recul, qui ne savent plus lire en mettant en distance l’écrit de l’auteur. Comme si le sujet, si douloureux et personnel soit-il, ne pouvait être dissocié de l’objet, le roman. Comme si le fond et la forme ne devaient être qu’un.

Ne pas aimer un style, une écriture, ou une tournure de phrase n’est pas synonyme d’indifférence au vécu du personnage, réel ou pas.

L’histoire de Christine Angot et de sa mère touche, mais l’écriture ne lui rend pas toujours justice.

simon-liberatiQu’est-il arrivé à Simon Libérati ? Eva, sa muse, son personnage et sa femme ne lui a pas rendu service en l’inspirant ou vice versa… Faire l’éloge de celle qu’on aime est certainement compliqué et dans ce cas ci, plutôt raté. Quelle déception !

eva-simon-liberatiL’histoire : Eva est la fille de la photographe Irina Ionesco qui la fit poser entre l’âge de 4 et 12 ans devant son objectif. Tout juste adolescente, la jeune Eva a déjà fait des centaines de clichés érotiques, a été en couverture de Der Spiegel entièrement nue et a joué dans un film pornographique. Images troublantes, choquantes, pornographiques d’une enfant aux longs cheveux blonds, visage d’ange au corps dénudé, offert aux regards pervers à commencer par celui de sa mère.

Une femme-enfant qui traverse la vie dans les brouillards de drogues – dures et médicamenteuses – les boîtes de nuit et les hôpitaux psychiatriques.

Libérati – qui en fit un sujet de fiction dans un roman antérieur – la retrouve par hasard, tombe amoureux et l’épouse.

Mais rarement un personnage au vécu inhabituel désintéresse à ce point.

Les années « mythiques » du Palace et du Studio 54, les années parisiennes et new-yorkaises hédonistes rabâchées par des anges vieillissants et déchus, fatiguent. Voilà, c’est ça, c’est fatiguant.

C’est une énième histoire-fantasme de vies qui croisent d’autres vies décadentes, rythmées par la tombée de la nuit, les prises de drogues, les ups et downs et l’impudeur charnelle.

Puis le « je » de l’auteur énerve.

Il se met en scène et en vient à oublier qu’il n’est pas le sujet, au point de s’auto-citer. Ce qu’il décrit comme un éloge n’en est pas. Il est le récit de sa rencontre et de sa fascination pour cet être écorché par les autres dans lequel il se retrouve ou dans lequel il peut puiser l’inspiration.

Pourtant quelques pages étaient prometteuses. Il y avait quelque chose d’Aurélien d’Aragon dans la description physique implacable de celle dont il tombe amoureux, dans cette attirance pour ses défauts qui la rendent encore plus sensuelle.

Eva était vêtue ce soir-là d’une chemise de soie noire qui découvrait deux énormes seins nus. Elle transpirait et je pouvais sentir son odeur à distance. Comme ces femmes saoules de Georges Bataille qui s’effondrent soudain […]. Son épaississement lui donnait un poids particulier, une qualité de relief d’une sensualité presque pornographique […]

J’avais autant peur de la perdre que de la gagner. Les seules perceptions qui me rassuraient, à part la chaleur molle de sa main, étaient son odeur et les bourrelets qui surmontaient son pantalon et qu’elle laissa voir en me laissant lui enfiler sa veste […]. Ces défauts facilitaient l’assaut, le combat qui allait se livrer. Ils donnaient à cet être au regard trop insolent une lourdeur, une qualité de déchéance, une humanité de femelle soumise […]

Mais Eva, sa vie, ses aventures, ses souffrances et ses colères deviennent épuisantes. L’écriture précieuse, les allers retours dans le temps, les « célébrités » citées, rien n’accroche. Et on peine à terminer le livre qui ressemble de plus en plus à un cadeau empoisonné.

Et de conclure qu’il est toujours difficile de bien parler de ce(ux) qu’on aime.

On attend mieux de son prochain opus.


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