Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

« Sauvons le Royal », une alarme plus pressante que l’éviction de la directrice du cinéma de Biarritz

5 décembre 2016 > > 7 commentaires

La décision de licencier Stéphanie Jaunay de son poste qu’elle occupe depuis 10 mois dans ce cinéma municipal pose la problématique d’un amateurisme dangereux, par une dégradation réelle de ses relations professionnelles : seule la ville possède la décision d’intervention et de médiation pour éviter que la pétition soit tout sauf abusive, à très court terme.

C’est cette semaine que Stéphanie Jaunay, directrice et programmatrice du Royal de Biarritz, devrait avoir la confirmation de son éviction, après une mise à pied le 17 novembre et un entretien préalable de licenciement le 28 novembre, par l’association Version Originale (V.O.) qui gère ce cinéma municipal art et essai de trois écrans depuis 14 ans sous la forme de délégation de service publique.

La première défaite serait en premier lieu pour le cinéma lui-même, a souhaité le rappeler la possible ex-directrice la semaine passée à la presse, un cri d’alerte que cette professionnelle, préalablement distributrice puis programmatrice de salles Mk2 sur Paris, s’en serait voulu de ne pas porter au moment de penser à faire ses bagages, 10 mois après s’être installée sur la côte basque avec sa famille.

cinema-royal-biarritz-conflit-stephanie-jaunay-4Depuis sa mise à pied, force est de constater que le Royal prouve par la programmation faite sans elle pour ce mois de décembre 2016 qu’il est plongé dans une crise qui dépasse la notion avancée par l’association V.O. d’un simple « conflit social interne ».

Séances supprimées et d’autres rajoutées à la va-vite, un premier film retiré par son distributeur et d’autres qui pourraient l’être, le recul sensible de son cahier des charges art et essai : le licenciement d’un(e) professionnel sans anticiper son remplacement, autre que par des « solutions maison », dévoile un amateurisme dangereux, par une dégradation réelle de ses relations professionnelles, qui engage considérablement son présent et menace son avenir à très court terme.

Et la privation de tout dialogue avec ses spectateurs les plus fidèles, réunis sous le nom facilement abusif des « Amis du Royal » sans jamais être les adhérents de cette structure associative, se complète d’un dispositif financier très discutable, à même d’être qualifié de « marges arrières », illicites, par la commission de remontées de recettes du Centre National du Cinéma.

royal-biarritz-stephanie-jaunay-licenciement-association-version-originaleSeul le maire de Biarritz Michel Veunac détient aujourd’hui entre ses mains les clés de résolution de ce conflit qui concerne ce cinéma municipal qui reçoit 70.000 euros de subventions annuelles.

L’espace d’une médiation existe, qui pourrait permettre une rupture de contrat plus consolidée dans la passation des responsabilités, ou bien exiger de l’association qu’elle s’ouvre à des explications à des spectateurs-adhérents réels et nombreux.

A cette demande en ce sens qui lui a été faite par une délégation de spectateurs mardi dernier, le maire a réfuté le nom « abusif » donné à la pétition, Sauvons le Royal et soutenons sa directrice !, et a refusé de s’ingérer dans un « conflit du travail entre deux personnes » : « vous dite que, fort de votre expérience de psychosociologue, dans tout conflit de personnes il y a deux personnes avec des responsabilités des deux  côtés », peut-on lire dans le compte rendu qui a été rendu publique dans cette pétition.

cinema-royal-biarritz-sthephanie-jaunay-conflit-3Michel Veunac a tout de même accédé à la possibilité que l’association V.O. ait à ouvrir ses statuts à de « nouveaux adhérents », mais pas avant janvier prochain.

Il sera sans doute trop tard à cette date-là pour éviter de voir détruit le statut que ce cinéma avait acquis dans le panorama d’une exploitation de qualité : en faire repeindre la façade par les services techniques de Biarritz, comme ces jours-ci, sans en explorer attentivement les arrière-cours, ne suffira sans doute pas.


Les spectateurs contestataires évoquent une gestion associative « en circuit totalement fermé »

Dans le petit rassemblement de gens venus le jour de l’entretien, se trouvaient des anciens salariés du lieu, ainsi que des personnes à l’origine d’une pétition, Sauvons le Royal et soutenons sa directrice !, réunis ensemble autant dans l’attente des griefs reprochés à la directrice qu’à la manifestation d’une exaspération face à la gestion associative de la présidente Corine Ospital.

Dans la page internet de cette pétition, au milieu des témoignages de soutiens et de félicitations à Stéphanie Jaunay, des propos explicites n’engagent que leurs auteurs, mais dessinent une arrière-cour peu reluisante, mais convergente : « des explications sur les abus de pouvoir de la présidente », « Si ce n’est la jalousie », « j’ai été membre actif de V.O. à ses débuts et ne suis en rien étonnée de la situation actuelle. Résistez! », et plus de 130 autres de ce type à consulter sur la pétition en ligne.

dans-les-forets-siberie-5Réalisateur chouchou du public biarrot (dont il est un enfant du pays), Safy Nebbou était présent cet été au Royal pour la présentation de son nouveau film Dans les forêts de Sibérie.

Il a lui aussi  signé la pétition et rajouté en commentaire : « Stéphanie Jaunay est une très bonne professionnelle, parfaitement à sa place et une chance pour la ville de Biarritz et je sais de quoi je parle 🙂 ».


Le flou entretenu entre « Amis » et « adhérents »

« La véritable association qui fasse vivre Le Royal, c’est l’association des spectateurs, ne pas l’écouter serait nier une véritable réalité démocratique », écrit cette spectatrice sur la pétition, pour rappeler effectivement que l’association VO est une structure fermée, comme permis par la loi des associations loi 1901, mais qui ne ménage pas ses efforts pour le rester, tout en nourrissant un quiproquo sur l’appellation de ses « Amis ».

Le Royal compte environ un millier de spectateurs « Amis du Royal » qui sont invités à « partager notre passion pour un cinéma de qualité ouvert à tous », mais si la notion explicite de « carte de fidélité » est avancée, le concept semble calqué sur l’autre cinéma art et essai de la côte basque, L’Atalante de Bayonne, et ses 1.500 (vrais) adhérents.

En réalité, la seule « ouverture » proposée réside, pour 30 euros par adulte, en une remise à 5,50 euros à chaque entrée, sans que cette fidélisation intéressée ne leur ouvre le statut d’adhérent, l’association ne représentant au final qu’une quinzaine de membres, cooptés par la Présidente.

Sans voix au chapitre de « leur » cinéma, la décision de licencier la directrice n’a jamais été débattue avec ces « Amis », comme cela se fait avec un cinéma associatif plus classique, sans que non plus aucun d’entre eux n’ait observé une dégradation de l’activité du Royal (la fréquentation est sur les bases de l’an passé, et aucun incident financier n’a figuré dans les griefs reprochés à Stéphanie Jaunay).


Des doutes sur la légalité financière des « Amis du Royal »

Il faudra craindre un jour que le Centre National du Cinéma exige des explications sur cette notion payante des « Amis du Royal », permettant un tarif inférieur de 1,50 euro par ticket, mais dont l’accès est conditionné par un versement de 30 euros par adulte, soit une manne de l’ordre de 25.000 euros par an et 350.000 euros en 14 ans, sans que le spectateur ne devienne un adhérent de ce cinéma.

Sans justification de cette recette « non-adhérente », son principe s’apparente aux marges arrières illicites des supermarchés, où le fournisseur (distributeur de films) se voit imposer un prix de revient inférieur (tarif réduit) au seul bénéfice de profit et de fidélisation de la surface de vente.

Ce dispositif est pourtant très encadré par la législation, qui ouvre un tarif réduit pour des publics ciblés (jeune public, publics défavorisés) ou dans le cadre d’une soutien d’adhésion à une structure de type 1901, mais ne permet la tarification abonnés que par la délivrance gratuite d’un pass de billets pour cela.

Dans le cadre d’un pass payant comme au Royal, il faudrait soit garantir aux distributeurs un revenu plancher de 5,03 € HT par entrée (comme ce qui est pratiqué pour les cartes illimités de quelques grandes sociétés de multiplexes, ce qui n’est pas le cas de Biarritz), soit justifier d’avantages compensatoires (envoi du programme à domicile, soirées gratuites, soutiens aux activités de la structure), toutes inexistantes au Royal.


Le programme du Royal à la dérive (du côté de chez Disney)

Programmer un film le jour de sa sortie nationale, au plus fort de sa communication médiatique, implique d’engager son exploitation, et donc son exposition sur plusieurs semaines, et ne pas la ratiboiser une fois l’accord conclu, tous les acteurs du cinéma s’attachant à une chaine explicite d’engagements et de solidarité.

Aujourd’hui, le Royal, programmé « en interne », tient à peine les engagements d’une salle de ciné-club ou de patronage, les films programmés ayant un nombre de séances très insuffisant par rapport à l’engagement attendu d’un exploitant de cette taille.

Pour sa troisième semaine, pendant les vacances de fin d’année, le Sully de Clint Eatswood est réduit à deux petites séances d’après-midi en tout et pour tout, ce qui ne devrait pas du tout satisfaire son puissant distributeur Warner ;

et le film A jamais de Benoit Jacquot (distribution Alfama), est privé de la moindre séance à 20h30 dès sa deuxième semaine, alors que le réalisateur s’était rendu disponible pour une avant-première et une master class le 7 novembre dernier.

benoit-jacquot-a-jamais-cinema-royal-biarritz-2Un regard des différences entre le programme papier de décembre, réalisée sans Stéphanie Jaunay par l’association, et les grilles modifiées au jour le jour sur le site internet, fait aussi apparaitre la disparition d’un premier film Souvenirs de Bavo Defurne, avec Isabelle Huppert, qui n’est plus visible au 21 décembre 2016 (remplacé sur le site par une ligne blanche, entre Salt and Fire et Sully).

En l’espèce, il s’agit d’une décision souveraine du distributeur du film, non satisfait de l’offre de sortie du film au Royal, qui pourrait être suivi d’autres retraits de films, ou par des durables pertes de confiance dommageables dans ce cinéma.

De nature à nourrir la colère et la méfiance de ses interlocuteurs professionnels, cette exploitation « maison » porte également à cette période très Disney le recul sensible du cahier des charges de l’art et essai en France, et celui de la défense de la diversité européenne telle que défendue par le réseau Europa Cinémas dont le Royal est actuellement membre, comme le regrette aujourd’hui son Directeur Général Claude-Eric Poiroux.


 


Commentaires

7 réponses à « Sauvons le Royal », une alarme plus pressante que l’éviction de la directrice du cinéma de Biarritz

  1. Nathalie dit :

    -70 000 euros de subvention votée + les rallonges en fin d’année ; il se pourrait que la prochaine rallonge passe (ou soit déjà passée) discrètement dans un ensemble de choses qui ne sera pas publiquement détaillé lors du conseil municipal
    -l’augmentation des tarifs des places et de la carte Amis a été votée lors d’un conseil municipal du 22 décembre 2014. Le compte-rendu indique « L’association propose une hausse des tarifs d’entrée, étant précisé, que les tarifs actuels n’ont pas été révisés depuis 10 ans, alors que les coûts d’exploitation ont par ailleurs augmenté. Le budget de l’association ne pourra être équilibré qu’avec cette augmentation. »
    Avant septembre 2015 (date d’effet du nouveau prix de carte) la carte Amis était à 20 euros. on amortissait cette carte de fidélité en 14 places, depuis on l’amortit en 20 places. Et comme indiqué dans l’article la réduction est le seul avantage de cette carte qui n’est d’ailleurs prévue nulle part dans les statuts de l’association.

  2. Marie dit :

    Je tiens à relever le fait, renouvelé par deux fois en un an, que cette association semble privilégier le bénévolat en place, plutôt que le maintien de l’emploi ?

  3. Muriel dit :

    Que font les salariés ?

  4. Toty Muriel dit :

    Pour la directrice j’ai bien compris, mais les autres ont-ils décidé d’une action, d’une grève de solidarité. ? Je pense que leur positionnement changerait bien des choses. Je peux en témoigner pour l’avoir vécu !

  5. Toty Muriel dit :

    Pour la directrice j’avais bien compris, mais est-ce que les autres salariés ont envisagé une action, comme par exemple se mettre en grève par solidarité avec la directrice. Je pense, pour avoir connu une situation similaire que cela pourrait rapidement changer la donne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.