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La Colombie a attaqué les Translatines par Donostia

14 octobre 2013 > > 3 commentaires

Deux spectacles proposés, la lecture publique traduite d’une de leurs œuvres, et cette présence, intrigante plus que menaçante, sur l’affiche de cette édition 2013 : la compagnie colombienne du Teatro Petra est l’incontestable pivot de cette nouvelle édition des TRANSLATINES, « le véritable coup de coeur » de cette Biennale, a prévenu son Directeur, Jean Marie Broucaret, en préalable du programme.

Leur spectacle Sara Dice, qui sera donné mercredi 16 octobre à 21h à la Maison des Associations de Bayonne, aura eu l’honneur d’un premier contact avec le Pays Basque, par une première représentation hier dimanche au Centro Cultural Egia, de Donostia-San Sebastian.

Préfiguration de ces nouveaux échanges culturels intensifs entre le Nord et le Sud basques, « donde esta la cola ? » (« où est la queue ?« ), une audience plutôt moyenne avait trouvé son chemin vers la Calle de la Virgen, pour voir ces comédiens de Bogota en découdre par leurs cris de scène avec nos attentes de spectateurs.

Au programme, un feuilleté de dézinguage sur le patriotisme, l’imbécilité politique élevée au titre de priorité d’un gouvernement, et la famille, cette cellule primale dont les déchirements et la pitié qu’elle peut inspirer ont nourri bon nombres de dramaturges, en particulier dans le théâtre latino-américain.

Tête dépassant par sa hauteur le groupe du Théâtre des Chimères qui l’accompagne, Jean-Marie Broucaret lance un « Dépêchez-vous ! Il ne faut surtout pas louper le début« , ses foulées de trois mètres l’éloignant rapidement, pas suffisamment pour qu’on ne l’entende rajouter « Et il ne faut louper le milieu, non plus ! Ni la fin !« .

web5Sur une scène bi-frontale autour de laquelle ont pris place deux groupes de spectateurs, une femme. LA femme. Celle de l’affiche. Celle dont on sait qu’elle ne devrait pas attendre longtemps avant de dégainer son arme.

Lunettes noires sur les yeux, elle réclame sa place, dans cet argument central de la mise en scène de Fabio Rubiano Orjuela, dans cet absurde qu’il est impossible de confondre avec du non-sens. Tuer ou être tué. Une volonté d’Etat, le songe fumeux qui aurait pris corps dans la société colombienne, pour enrayer et réguler le nombre d’êtres humains qui tombent ici, sans doute plus qu’ailleurs.

L’hypothèse étayée d’un auteur japonais, Mako Saguru, qui décréta qu’une civilisation ne peut vivre sans homicides (puisqu’ainsi en a décidé la nature humaine) mais qu’il serait utile de l’étatiser, pour en maitriser le phénomène. Un mort tous les cent jours, avec un appel à la population pour choisir l’exécuteur, et la victime (moyennant espèces sonnantes et trébuchantes versées par le gouvernement, « au nom de la nation reconnaissante« ). Ainsi l’exigerait le calme de la société toute entière. La norme. Décrétée et votée, il faut l’appliquer, au moins sur cette scène de théâtre.

Alors, le bras armé de la femme se lève, elle a choisi son camp. Seul importe désormais de désigner la cible. Et elles sont nombreuses, qui forment le feuilleté de rires et de grincements de la pièce Sara Dice. Un vieux ? Un handicapé mental ? Ou toute personne désignée comme gênante ?

Par qui commencerais-tu, lecteur, soumis à une telle norme ? Qui désignerais-tu, pour être sûr, sans doute, de ne pas être désigné toi-même ?

web-tr2Ventre central de la pièce, la galerie de portraits d’une famille fournit au metteur en scène le territoire nécessaire des détestations enfouies, des petits arrangements moraux, ou de l’imbécilité la plus commune.

Les balles fusent autant que les rires, ce dimanche soir, à Donostia. Le pistolet de la raison d’Etat est transformé par la puissance du théâtre en un objet comique. Pour nous ici, qui n’en connaissons pas la quotidienneté colombienne. Mais aussi pour eux, dans « un pays où il n’existe plus de limites, ni dans l’horreur ni dans le rire« , précisera Fabio Rubiano Orjuela au moment de la réception chez lui, à Bogota, du Prix national de la Mise en scène cette année pour Sara dice.

Les balles, les rires. Nul doute que, mercredi soir, il en sera de même lors de sa représentation à Bayonne. Il nous sera demandé de prendre notre place, sans pouvoir pour autant imaginer prendre la leur. Il nous faudra voir cette troupe de comédiens colombiens transformer la peur en vertige, puis en mise en abime, tandis que notre tête hoquètera de plaisir et de rires.

Et quand ils s’inclineront devant nous, à la fin de leur spectacle, sans doute ne saurons-nous d’eux que leurs envies de vivre.

web-petra-2Jean-Marie Broucaret et Fabio Rubiano Orjuela, à la fin de la représentation


Commentaires

3 réponses à La Colombie a attaqué les Translatines par Donostia

  1. […] la compagnie colombienne Teatro Petra aura véritablement impressionné, de son féroce Sara dice à ce spectacle final, El vientre de la ballena, qui aura arraché autant d’applaudissements […]

  2. […] lieux de Bayonne, Biarritz, Anglet, Boucau, mais aussi Hendaye et Donostia ont accueilli ces Translatines, il faut y voir une préemption citoyenne actée, « avec […]

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