Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

« Comancheria » de David Mackenzie : amoral et fataliste, un puissant polar sans illusions sur l’après-Obama

19 septembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Sorti dans les salles françaises le 7 septembre dernier, « Comancheria » vaut très clairement les superlatifs qui l’accompagnent depuis sa présentation dans la section « Un certain regard » de Cannes cette année.

C’est fou ce que les personnages de « Comancheria », de l’Anglais David Mackenzie, peuvent passer comme temps à scruter l’horizon.

Que cela soit les deux frères (Chris Pine et Ben Foster), journées tournées vers le projet de braquage des succursales de la banque qui a ruiné leur mère défunte, mais également les deux Rangers (Jeff Bridges et Gil Birmingham) lancés à leur poursuite, entre le Texas et l’Oklahoma.

comancheria-mackenzie-cine-6Sur leurs lignes d’horizon, il y a la fin. Chacun la leur. Inéluctable, imparable. « Je n’en ai pas connu un seul qui s’en soit tiré », dit l’aîné, et personne ne pourra réellement le contredire.

Dans ce meilleur du genre, un polar s’intéresse toujours plus au contre-champ qu’à son action propre, Mackenzie en a fait sa patte pour ses premiers films dans la Divine Albion, et il a eu la bonne idée de traîner du côté d’Hollywood sans l’oublier.

Les Etats-Unis sont la première puissance du monde, mais ses habitants ne voient plus de quoi s’en réjouir.

L’Amérique n’est plus un projet, mais un business : si tu n’en es pas, tu as perdu, cela te suit comme une poisse, et ça a fixé ses ventouses gluantes dans ton ADN, tu peux regarder tes gamins sans sourire, ou la perspective d’une retraite de policier sans soulagement.

comancheria-mackenziecine-1Partout à l’image, les symboles des nouveaux raisins de la colère s’affichent dans des plans furtifs, ou s’avancent sans crier gare dans des séquences courtes, hors climax, qui font pourtant la valeur réellement incomparable de ce film.

On est en 2015, Obama cèdera sa place dans quelques mois à Hillary Clinton ou Donald Trump, et rien ne changera réellement pour ceux qui sont du mauvais côté du manche.

Il n’y a rien à l’horizon, si ce n’est des cowboys qui fuient à cheval des champs en flammes frappés par la sècheresse, ou des petites villes où l’on ne vous demande pas si vous voulez autre chose que du T-bone, comme avant, comme toujours.

comancheria-mackenzie-cine-5Obama est passé, mais les sarcasmes du plus fort (le Blanc) envers le plus faible (l’Indien) persistent, comme avant, comme toujours.

Obama est toujours en place, mais les Texans roulent toujours en pick-up et en 4×4, leurs pantalons déformés par les pistolets que chacun porte sur soi, comme avant Obama, comme toujours.

Ce n’est pas noir, c’est comme ça, voilà tout. Dieu parle à la télé mais il est gonflant, et les filles s’approchent des gars qui semblent rouler sur l’or, mais l’amour a perdu lui aussi ses illusions sur tapis vert.

comancheria-mackenzie-cine-7

David MacKenzie, photo de tournage

MacKenzie illumine pourtant le tableau par une double complicité vacharde, mais très humaine, avec ce savoir-faire que le cinéma social anglais fait de mieux.

On rit fort, dans « Comancheria », et de bon cœur, face à ces « seigneurs de la plaine » qui crachent le reste d’une bière pas assez fraîche avant de s’approcher de la mort, en reniflant bruyamment.

Il arrivera ce qui arrivera, c’est tout, comme avant, comme toujours.

Très proche des meilleurs films des frères Coen, le cinéma de MacKenzie n’a pas l’intention de faire du bigger than life, une balle est une balle, et les corps qui tombent ne se relèvent pas, on n’est pas au cinéma, dans ce pays.

On peut juste imaginer retarder le bruit du barillet, ou se marrer d’être toujours en vie.

comancheria-1« Comancheria » vaut très clairement les superlatifs qui l’accompagnent depuis sa présentation à Un Certain Regard à Cannes cette année, sous le titre original Hell or High Water (à traduire en gros par « Contre vents et marées »), et ensuite dans sa sortie sur les écrans français il y a 10 jours.

On ressort de la salle en retenant un nom, David MacKenzie, pour oublier toute illusion à quelques semaines du duel entre Clinton et Trump : les Comanches perdront dans tous les cas de figure, les banques gavées de subprimes garderont le fusil sur l’épaule, tandis que, dans chaque bar, on trouvera des petites gens pour refuser de l’oublier, l’œil mauvais, les épaules fatiguées.

Ils boiront une mousse, « une bière n’a jamais soûlé personne », plaisante le grand frère, et damned god, son amertume dans la gorge peut au moins vous permettre d’offrir votre peau à l’apocalypse en sifflotant un air de country, le discours d’adieu d’Obama n’y changera rien.

comancheria-mackenzie-cine-3


comancheria-mackenzie-cine-afficheComancheria (Hell or High Water) – Actuellement au Cinéma L’Atalante de Bayonne –

États-Unis – 2015 – Réalisation: David Mackenzie – 1h42 en VO –  Avec Chris Pine (Toby Howard), Ben Foster (Tanner Howard), Jeff Bridges (Marcus Hamilton), Gil Birmingham (Alberto Parker)…



Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.