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Bob Dylan, par la Comédie Française : « la sensation de pouvoir construire un objet unique », confie sa créatrice Marie Rémond

20 mars 2017 > > Soyez le premier à réagir !

« Comme une pierre qui… » , Bob Dylan entre rock et théâtre : Marie Rémond en a apporté l’idée originale avant de s’attaquer à son adaptation puis à sa co-mise en scène, qui sera donnée ces mardi 21 et mercredi 22 mars au Théâtre de Bayonne, elle confie à Eklektika son sentiment que « cette histoire intime peut résonner largement chez le spectateur, le mettre à un endroit d’empathie qui n’empêche jamais l’humour ou la poésie, pour mêler les failles avec l’absurdité ».

Comme une pierre qui…  : drôle de titre pour le spectacle de la Comédie-Française, programmé par la Scène Nationale Sud Aquitain au Théâtre de Bayonne les 21 et 22 mars 2017, drôle de titre qui fait sourire lorsqu’on réalise qu’il traduit le titre de la célèbre chanson de Bob Dylan, Like a Rolling Stone.

« Comme une pierre qui… », crédit photos Simon Gosselin / Coll. Comédie-Française

C’est la naissance de ce succès planétaire qui est au cœur du spectacle, cette séance d’enregistrement cahotique entre Dylan et ses musiciens, en juin 1965, que raconte Greil Marcus à la fin de son livre Bob Dylan, à la croisée des chemins. « Like a Rolling Stone était un chef d’œuvre d’habileté, d’inspiration, de volonté et de détermination ; mais, malgré tous ces éléments, c’était aussi un accident », écrit-il.

Sur scène, en 1965, une batterie, des guitares, un piano et le capharnaüm d’un studio d’enregistrement.Bob Dylan pensait arrêter de chanter, et c’est cette chanson, Like a Rolling Stone, à la naissance si douloureuse – une seule prise terminée sur deux jours de studio – , qui a redonné un souffle à sa carrière et ses envies. D’où le côté emblématique de ce morceau pour aborder le sujet de la création en général.

Spectacle « Vers Wanda »

Marie Rémond, à l’origine de l’adaptation et de la mise en scène avec Sébastien Pouderoux (qui est, lui, de la Comédie-Française), s’est prêtée par mail au jeu de questions réponses – elle est actuellement à l’affiche du Théâtre de l’Odéon à Paris, comme comédienne.

Coup de chapeau à une jeune femme exigeante aux choix singuliers, qui nous fait entrer dans l’antre de la création, avec Bob Dylan.

Marie Rémond, dans le spectacle « Soudain l’été dernier »


Marie Rémond, comment vous est venue l’idée d’adapter pour le théâtre le livre de Greil Marcus sur Bob Dylan, particulièrement dans le cadre particulier (voire a priori « anti rock’n roll ») de la Comédie-Française ?

Eric Ruf (administrateur de la Comédie-Française) m’a demandé un peu en dernière minute (un autre spectacle s’était annulé) un projet pour le Studio-théâtre de la Comédie-Française, donc au format court d’1h10 maximum. Je trouvais intéressant de faire un spectacle sur la création, je pensais à une mise en abyme des répétitions de théâtre (j’étais partie sur des textes de Vitez) mais je n’étais pas satisfaite de mon idée.

Par ailleurs je suis une grande fan de Bob Dylan, j’ai grandi avec ses chansons grâce à mon père lui-même grand spécialiste et j’avais un certain nombre de livres sur le sujet. Et soudain je me suis souvenue de l’un d’eux qui retraçait la session d’enregistrement de Like a Rolling stone. Il s’agit du dernier chapitre du livre de Greil Marcus Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée  des chemins, d’un coup ça a fait sens avec l’espace du Studio, la proposition et l’idée d’un spectacle sur le processus de création, en direct.

Ce n’est pas un spectacle « hommage à Dylan » ni un concert de rock, c’est bien un spectacle sur le processus, l’envers du décor, comment travailler ensemble, et la figure de Dylan comme créateur est abordée « de biais ». J’ai eu la chance qu’Eric Ruf comprenne le sens de la  proposition et fasse confiance au projet. Restait à savoir s’il y avait des musiciens dans la troupe, Sébastien les connaissait bien, cela a beaucoup facilité les choses

« Comme une pierre qui… », crédit photos Simon Gosselin / Coll. Comédie-Française

Ce spectacle est le troisième que vous co-dirigez avec Sébastien Pouderoux, après André et Vers Wanda (dans lesquels vous jouiez également). A chaque fois il s’agit de créations théâtrales très originales autour de personnes réelles. Comment définissez-vous votre travail et votre complémentarité ?

En réalité  dans André et Vers Wanda, nous étions trois : Clément Bresson, Sébastien Pouderoux, et moi-même. Et nous jouions ensemble sur scène. Là pour Comme une Pierre qui… , c’était un peu différent. Mais chaque fois le point de départ à été celui-ci : je suis arrivée avec une envie forte autour d’un livre, d’une histoire, et j’ai essayé de faire partager cette envie.

Avec Sébastien nous nous connaissons depuis 2004 et l’école du Théâtre National de Strasbourg, donc nous nous connaissons très bien, et nous sommes très complémentaires. Sébastien a des intuitions très justes, une capacité à se plonger dans un projet quand celui-ci lui parle, en y mettant son énergie créatrice. Nous avons découvert en travaillant ensemble que le mélange de nos sensibilités fonctionnait bien, nous parlons énormément, de tout, et nous construisons la structure ensemble.

Nous avons beaucoup de références communes, nous ne sommes évidemment pas toujours d’accord mais cela nous oblige à argumenter. C’est vrai que les projets se sont construits autour de personnalités plus ou moins connues (Barbara Loden est plutôt restée dans l’ombre) mais le point de départ pour ces trois projets a été la lecture d’un livre : Open d’Agassi, Supplément à la vie de Barbara Loden de Nathalie Léger, et le livre de Greil Marcus ; ça passait par le prisme de la sensibilité de l’auteur, ce qui est très important.

Ce que ces histoires ont en commun c’était de raconter des personnages en proie au doute, qui tentent de se définir (à travers la création ou dans leur rapport au monde), de raconter des combats intimes en creux,  en essayant de ne jamais rester univoque dans la manière de rendre compte de ces questionnements. Sébastien et moi avons toujours eu le souci de trouver ce qui, dans ces histoires intimes et singulières, peut résonner plus largement chez le spectateur, le mettre à un endroit d’empathie qui n’empêche jamais l’humour ou la poésie, mêler les failles avec l’absurdité.

Ce n’est jamais facile de diriger à deux, il a fallu trouver un équilibre, et en même temps le travail en commun est une chance, un enrichissement.

« Comme une pierre qui… », crédit photos Simon Gosselin / Coll. Comédie-Française

Vous partagez votre temps au théâtre entre le jeu et la mise en scène, que cherchez-vous dans ces deux pratiques artistiques ?

Ma rencontre avec le théâtre est d’abord passée par le jeu, de manière instinctive. Je n’étais pas moi-même une spectatrice de théâtre quand j’ai commencé à en faire. Une sensation confuse que je trouvais là une vérité, un moyen d’expression. Et je crois que c’est un prolongement de ce plaisir qui m’a conduite à faire des projets : j’ai ressenti à un moment le besoin de m’exprimer également à travers le choix de textes ou de sujets qui me touchent, que j’ai éprouvé la nécessité de faire entendre, découvrir, partager au spectateur.

Il y a ensuite un vrai plaisir de construction (c’est peut être pour ça que je vais moins vers des pièces de théâtre déjà écrites que vers des textes ou matières avec lesquelles il est nécessaire de construire une véritable adaptation pour la scène), la sensation de pouvoir construire un objet unique (que les spectateurs soient autant dans la découverte de l’objet que de l’interprétation), et ce plaisir de construction est un plaisir qui se partage à plusieurs, dans la collaboration.

En ce moment je joue dans Soudain l’été dernier au Théâtre de l’Odéon, mise en scène par Stéphane Braunschweig. C’est agréable aussi de se sentir dirigée. Je pense vraiment que les deux pratiques sont complémentaires, j’ai besoin de jouer et j’ai besoin d’avoir dans un coin de ma tête un projet en construction auquel je peux réfléchir, revenir pour le faire avancer.

Marie Rémond, dans le spectacle « Vers Wanda »


Comme une pierre qui… Idée originale : Marie Rémond. Adaptation et mise en scène : Marie Rémond, Sébastien Pouderoux. Avec Gilles David, Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, Christophe Montenez et Gabriel Tur, Hugues Duchêne.


 


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