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Conservatoire et Translatines : quand Ubu Roi fait des ravages à Bayonne

18 mars 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Suppression du festival Les Translatines et défense du Conservatoire dans cette même ville trois heures après : l’homme du jour, le Maire de Bayonne, aura dû assumer le rôle central d’un théâtre surréaliste à la Jarry.

Cette journée du 17 mars 2015 a fourni un petit théâtre absurde des choses de la vie politique qu’aurait adoré Alfred Jarry, l’auteur du surréaliste Ubu Roi.

Ses quatre actes auront permis de percevoir une dramaturgie dont l’arrière-décor a autant résonné que les tirades de ses acteurs venus faire valoir leurs points de vue sur la place de la culture dans notre société.

A quelques jours du vote des Départementales, le Président Hollande a choisi d’achever la confiance que le candidat socialiste érigeait il y a deux ans comme engagements sur la défense de la culture pour tous, dans le pire calendrier possible (acte I) ;

Le Président de l’agglo Côte Basque Adour Jean René Etchegaray pourfendant l’atteinte à la culture subie par le Conservatoire de Bayonne (acte II), avant que le même, depuis son autre casquette de maire, n’ait à défendre sa propre action festivalicide contre Les Translatines, dans un timing politique calamiteux (acte III) ;

Et enfin, dans une moindre mesure, la réaction de ses opposants, tirant à boulets roses sur la toxicité culturo-environnementale du futur festival Kulture Sport, après en avoir voté à l’unanimité le financement aujourd’hui dénoncé (acte IV).

A la fin de cette pièce donnée hier, personne n’aura le cœur à applaudir.

Car la culture, ce grand mot que l’on pensait capable d’alimenter notre bonheur et notre richesse ensemble, est devenue une notion polémique, entachée de grandes déclamations sans crédibilité globale.

PERE UBU, s’avance et ne dit rien.
MERE UBU: Quoi! Tu ne dis rie, Père Ubu. As-tu donc oublié le mot ?
PERE UBU: Mère… Ubu ! Je ne veux plus prononcer le mot, il m’a valu trop de désagréments !

ubu-roiA la fin de la pièce de Jarry, on rit sur les morts pour de faux qui s’accumulent devant nous. C’est la force du théâtre, nous faire réfléchir sans nous couper la tête.

Dans nos vraies vies, l’inverse est bien à l’œuvre, merdre


Acte I : l’indécence culturelle du gouvernement Hollande

françois-ubuLa missive est venue de la DRAC, bras armé en région du Ministère de la Culture, par un courrier envoyé à tous les Conservatoires de France.

Le Ministère de la Culture a décidé de retirer son soutien en fonctionnement aux conservatoires à rayonnement départemental et régional pour recentrer ses moyens, d’une part sur les formations professionnalisantes et sur l’enseignement supérieur, et d’autre part sur l’éducation artistique et culturelle, soit précisément le cœur de métier de ces lieux.

Est-il si loin que cela le temps où le candidat socialiste François Hollande s’engageait auprès des Français sur son engagement vis à vis du spectacle vivant ?

hollande-engagement-44L’accès pour tous à la culture, sans priver les collectivités locales des moyens pour les mettre en œuvre, n’aura pas été sacrifié par la crise, esquive-t-on à Paris, mais par l’attaque de Charlie Hebdo, découvre-t-on en toute indécence dans le courrier de la DRAC.

Les attentats qui viennent de frapper notre pays nous amènent à questionner notre action, en particulier nos efforts d’éducation artistique et culturelle en direction des publics éloignés de la culture.

Fragiliser son accès pour tous pour éloigner la barbarie : seul le ridicule semble être la limite de l’action politique menée ici.


Acte II : le Conservatoire de Bayonne fragilisé

orbcb-trans-1Les administrateurs et les salariés du Conservatoire de Bayonne l’ont découvert le 6 mars dernier, par le courrier de la DRAC Aquitaine : cette place forte de l’éducation artistique et culturelle doit faire face à la suppression brutale du seul soutien apporté par l’État, à savoir une subvention de 145.000 euros pour l’année 2015, déjà bien entamée pourtant.

Même ramenée à la perte de 3% pour un budget de 5 millions d’euros, les répercussions directes affecteront à la fois le projet de formation à la musique, à la danse et au théâtre, a explicité son Président Jacques Veunac, mais également la programmation de l’Orchestre Régional Bayonne Côte Basque.

La rentrée 2015/2016 pourrait subir des conséquences sur l’accès à ces cours pour les 1.780 élèves et les 100 agents (dont 80 professeurs) qui s’y retrouvent, une perspective sombre qui aura été fermement dénoncée comme « du mépris » par le Président de l’ACBA, Jean René Etchegaray, principal donateur du Conservatoire avec 3,3 millions d’euros.

S’attachant à défendre cette mission de service public contre cette désertion de l’État, Jean René Etchegaray aura pourfendu « un Etat qui n’est plus nécessaire, censeur, policier et sécuritaire », avant de reculer quelque peu sur cette pulsion anarchiste.

Michael Gavazzi, directeur du Conservatoire, aura choisi un ton plus posé pour exprimer « la surprise d’une suppression totale », quand seul le désengagement déjà progressif des aides de l’État était redouté.


Acte III : défendre ici, abattre là-bas

orbcb-trans-4Est-il possible que le Maire de Bayonne n’ait pas mesuré ce mardi 17 mars 2015 le timing politique intenable dans lequel il s’est retrouvé plongé, lors de la conférence de presse du Conservatoire ?

Ses mots martelés sur son sentiment que « jamais la culture n’aura été autant un levier pour la conscience de nos générations futures » auront figés les journalistes présents dès le matin au point presse des Chimères, informant de la volonté unilatérale de sa majorité de mettre fin au seul festival de théâtre en langue espagnole du département, les Translatines de Bayonne.

Dans ces conditions, difficile de ne pas rester interdits devant les propos de Jean-René Etchegaray sur « un lâchage politique, que nous vivons très mal. Nous nous attendions à une diminution des aides culturelles, mais là, tout d’un coup, la suppression totale, quand tant de choses sont déjà engagées, c’est du mépris ! On doit en appeler à l’opinion publique ! »

Interpelé sur l’apparente contradiction de la défense ici et de la suppression là, le maire de Bayonne aura d’abord choisi de s’emmêler les pinceaux sur le fait que « nous n’avons jamais décidé d’arrêter notre soutien à la compagnie », situé sur la commune de Biarritz, quand le Festival des Translatines est centré sur son centre-ville (et est bien sacrifié, lui)

La coïncidence temporelle et financière entre la fin de ce Festival et l’enthousiasme proclamé pour ce nouveau rendez-vous en biennale également, Kulture Sport ?

« La corrélation n’est pas acceptable », tenta l’édile, avant de relancer sur l’attitude « trop passive » des autres mairies voisines, pourtant représentées comme partenaires dans ce lieu autour de lui.

Le désengagement de l’État, « 11,5 millions d’euros en 3 ans », servit ensuite de conclusion finale pour ce qui apparait comme un jeu de chaises musicales qui n’a pas fini de faire entendre sa ritournelle aigrelette.


Acte IV : s’offusquer aujourd’hui, après l’avoir voté hier

colette-capdevielleA la fin de cette funeste journée du 17 mars 2015, c’est par un communiqué de presse que Colette Capdevielle, députée socialiste et Bayonnaise des Pyrénées Atlantiques choisit d’afficher « la tristesse et la consternation » devant la fin actée des Translatines, « faute de financement par la majorité municipale », Modem-UMP en l’occurrence.

La politique nationale fait ici son apparition, avec son affirmation que « les réorientations budgétaires au niveau national ne sauraient justifier la suppression à 100% de subventions municipales ».

Tirer sur le camp d’en face est de bonne guerre (c’est même sa principale fonction), et c’est donc dans le cœur du local qu’est enfoncée sa dague.

Combien d’autres rendez-vous et d’acteurs culturels de notre territoire disparaitront pour satisfaire le projet de l’adjoint à la Culture, Yves UGALDE, Kulture Sport – manifestation qui n’a de basque que le K puisqu’elle existe déjà à Lyon ?

Un positionnement légitime, certes, mais qui voile un peu rapidement l’attitude des opposants socialistes du bord de l’Adour : en janvier 2015, avec des réserves de bon sens sur l’assèchement possible du tissu culturel local, leurs élus avaient tout de même voté à l’unanimité son principe.

A l’époque, « la question de l’opportunité de mettre en œuvre un festival populaire et intégrateur associant ces deux dimensions [culture et sport] ne peut que donner lieu à une réponse favorable et consensuelle ».

Un consensus qui a donc vécu ses derniers jours. Dont acte.


 


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