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« Corps rebelles », au Musée des Confluences de Lyon : hommage aux chorégraphes qui « jettent leurs corps dans la bataille »

9 novembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Présentée de façon temporaire jusqu’au 5 mars 2017 au Musée des Confluences de Lyon, l’exposition multimedia « Corps rebelles » sur la danse contemporaine est une merveille de sensations et de compréhension de ses enjeux.

Un grand nombre de chorégraphes dont le travail est exposé pour Corps rebelles, au Musée des Confluences de Lyon (jusqu’au 5 mars 2017), sont loin d’être des inconnus pour les spectateurs fidèles du festival de danse des 26 éditions du Temps d’Aimer de Biarritz.

corps-rebelles-danse-musee-confluences-bayonne-2016-13Au premier étage de ce magnifique musée lyonnais, un parcours balisé de nombreuses photos, enrichies de multiples vidéos, découvertes casques sur les oreilles, dont le fil rouge est ce corps en incandescence consciente, plongée dans une définition possible des enjeux de la danse contemporaine.

Ce corps, comme véhicule pour permettre à la danse d’aller chercher plus loin que la technique, après la maîtrise et avant sa perte, dans ce laps de temps indéfini et commun, de la vie vers la mort.

corps-rebelles-danse-musee-confluences-bayonne-2016-1L’exigence artistique, et ses possibilités physiques, cela ne suffit pas pour ce qui est en jeu, ici : il faut admettre que cela surgit de « quelque part »,  mais pas de sa seule volonté.

Dans le cas du Sacre du Printemps écrit en  1913 par Stravinsky, et mis en pas « scandaleux » par la suite, Corps rebelles y consacre une installation particulière, où sont rendus visibles huit ballets prestigieux, créées par Vaslav Nijinski, Maurice Béjart, Pina Bausch, Marie Chouinard, Angelin Preljocaj, Régis Obadia, Heddy Maalem, Millicent Hodson et Jean-Claude Gallotta, parmi les 250 déjà créés depuis.

corps-rebelles-danse-musee-confluences-bayonne-2016-14Toutes partent de la partition originale, et prolonge ce qui a été ensemencé au XXème siècle sur ces thématiques de la sexualité et de l’inconscient féminins, telles qu’elle ont fait scandale à sa création, « Tout est laid, lourdement, platement et uniformément laid. …]. On se doit de faire face à l’inadmissible refus de la grâce traditionnelle ; le choix est entre civilisation et barbarie », peut-on lire en 1913.

Ce qui a déjà été vu, puis finalement admis, fixe un premier point de repère, qu’il faut regarder et décider de dépasser, par une intervention politique dans la chorégraphie.

corps-rebelles-danse-musee-confluences-bayonne-2016-6Y convoquer le monde, anticiper l’incompréhension communautaire ; y intégrer les danses d’ailleurs, concevoir le nu.

L’obligation est donc posée de penser la danse en bousculant son seul territoire, son vocabulaire, et d’envisager de « jeter son corps dans la bataille », comme le demandait Pier Paolo Pasolini au sujet de toute création.

corps-rebelles-danse-musee-confluences-bayonne-2016-11La symbolique sacrificielle de la danseuse japonaise nue de Preljocaj, le sein dévoilé à la horde chez Pina Bausch ; les danseurs en sous-vêtements de Gallota ou en justaucorps chair chez Béjart ; les corps salis d’Obadia, ou d’ébène, chez Maalem :

ne plus proposer la même symbolique sacrificielle aux spectateurs, mais l’insérer dans le temps d’après, d’après Njinsky et Stravinsky, quand le compositeur entrevoyait dans son imagination « le spectacle d’un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, et observant la danse à la mort d’une jeune fille, qu’ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps ».

corps-rebelles-danse-musee-confluences-bayonne-2016-15Puis admettre, devant l’interprétation de Béjart que Stravinsky vit 1959, « n’avoir jamais mis tant de sexe là-dedans », subversion saluée avec gourmandise, « cette musique n’a de cesse de charrier la lente montée du désir, en même temps qu’une sorte de panique contenue », complètera plus tard Preljocaj, dans sa recherche de la liberté de la femme face à la force de la pression sociale qui a une portée toute particulière dans une époque constante de terrorismes intellectuels et d’intégrismes.

On est à quelques mois à peine de cette grande lame de fond des années 60 qui bousculent la puissance des sauts, la rapidité, la complexité des enchaînements chorégraphiques.

corps-rebelles-danse-musee-confluences-bayonne-2016-3Le quotidien va faire une entrée explosive dans les syntaxes classiques de la danse, Lyon reste encore aujourd’hui une place forte du télescopage entre voltige et survoltage, depuis qu’y a été accueilli sous les grandes arches de l’Opéra le danseur de hip hop Mourad Merzouki, originaire de la banlieue lyonnaise, qui a réussi à le transposer de la rue à la scène.

On l’entend dans Corps Rebelles expliquer combien le parvis en marbre du lieu a fourni le premier studio de danse,  prise décisive d’un territoire comme une possibilité de sacre contre le sacré.

danse-confluences-lyon-2Là encore, bousculer les codes, et quitter la rue, est un acte politique d’engagement, « il fallait monter sur scène, sinon, dans nos quartiers, on aurait sûrement disparu ».

Fascinante, enthousiasmante, l’exposition Corps Rebelles tourne finalement autour d’une seule question, dont les réponses sont multiples et jamais définitives, ce « résoudre ce pourquoi on danse », un héritage en perpétuel mouvement vers sa subversion éclatante.

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« Corps rebelles »

musee-confluence-lyon Musée des Confluences de Lyon, jusqu’au 5 mars 2017 – Tous les renseignements sur le site dédié


 


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