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‘La Tête haute’ d’Emmanuelle Bercot : impressionnant plaidoyer pour une main tendue

18 mai 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Actuellement sur les écrans après avoir fait l’ouverture du Festival de Cannes mercredi dernier, ‘La tête haute’ d’Emmanuelle Bercot est un hommage vibrant à cette autre justice, celle des hommes et non pas des statistiques.

Le Festival de Cannes est ouvert avec ce film d’Emmanuelle Bercot, La tête haute, et, après l’avoir vu, on se plait à imaginer des vedettes, les membres du jury, habillés par les plus grands, bijoutés à millions, certains ayant vécu dans une bulle glamour depuis très longtemps.

Et qui se sont pris un coup au plexus, façon combat de boxe, en le regardant.

« Il faut tout un village pour élever un enfant », dit le vieux dicton, qui revient en mémoire avec cette oeuvre centrée sur le village moderne de ces fonctionnaires dévoués, qui travaillent désespérément, durement pour élever un enfant-adolescent délinquant, violent, qui a déraillé, et dont la colère impossible à contenir se déverse contre tout et tous.

la-tete-haute-critique-3Ce film est tout d’abord la part complémentaire de Polisse de Maiwenn (dont Bercot était la scénariste) rendant hommage aux fonctionnaires de l’ombre, travailleurs sociaux, juges pour enfants, éducateurs spécialisés qui ont choisi ces métiers par vocation, par envie d’aider au risque d’y perdre quelques plumes, une vie familiale, amoureuse ou un équilibre psychique.

Faut-il beaucoup de force mentale et d’amour pour accepter les coups du sort et les coups de sang de ces ados, à peine sortis de l’enfance, et vouloir leur tendre la main, encore et encore, sans jamais rien lâcher.

Être né quelque part, pourrait presque être le sous-titre de cette histoire.

Malony n’a pas choisi d’être l’enfant d’une trop jeune mère, dépassée par la vie, et d’un père absent. Il ne choisit pas d’être abandonné dans le bureau de la juge à l’âge de 5 ans, ni d’être placé. On se dit que vraiment, la vie est parfois incroyablement injuste.

Mais c’est un film qui s’élève, pour ne pas rester dans le nihilisme et le misérabilisme souvent trouvés dans les films de « réalisme social », et les remplace par une vision plus ouverte de ce que l’État peut – et ne peut pas – faire pour aider.

Une mise en scène, sobre mais efficace, est de mise. La musique est utilisée avec parcimonie. Ici ce sont les visages, les yeux, les corps qui occupent l ‘écran.

la-tete-haute-critique-8Ces travailleurs disent souvent aux jeunes concernés qu’ils sont là pour fournir une «structure» et un accompagnement et, dans un sens, c’est ce que ce film fait – racontant l’histoire d’une vie agitée dans le cadre de la bureaucratie : les audiences, les procédures pénales, les entretiens avec le travailleur social, les séances de thérapie, le passage au tribunal, etc.

Parfois schématique, il se veut aussi pédagogique pour expliquer le dédale judiciaire dans lequel un être peut se perdre : CED, CER, CPI, etc. Car le juge des enfants devient un juge spécialisé de la protection et de la sanction chargé d’accompagner au long cours le jeune.

Avec une force tranquille et un but sans embarras autour de son propre optimisme, il est peut-être inspiré par un film tel que Le Fils des frères Dardenne.

la-tete-haute-critique-5Catherine Deneuve apporte sa présence altière habituelle au rôle de juge pour enfants, respectée pour la préoccupation humaine qu’elle montre pour les âmes malheureuses et paumées qui s’affalent dans son bureau.

Elle est sévère, bienveillante et toujours aussi classe.

la-tete-haute-critique-7Benoît Magimel est Yann, l’éducateur spécialisé, qui, on le comprend implicitement, a traversé exactement ce processus de jeune criminel réformé : une voix douce et ferme, des yeux bleux qui s’emplissent de larmes et une présence incroyable.

la-tete-haute-critique-1Sara Forestier – qui ne cesse d’étonner – joue la mère immature et si jeune, qui ne peut pas contrôler son fils – Malony, joué par le nouveau venu Rod Paradot.

Malony est sérieusement sur le fil du rasoir, accro aux voitures, coupable « de vol, de violence, mais pas de vols avec violence ». Et la juge qui le connait bien, cache ciseaux, coupe-papier et un vase de fleurs, avant de le recevoir dans son bureau.

Certains trouveront les personnages exagérés, d’autres sauront que la vérité est parfois pire.

la-tete-haute-critique-4Il y a quelques touches judicieuses et intéressantes.

Dans une première scène, Malony tient son stylo  dans son poing brut d’analphabète et plus tard, quand il doit signer des papiers, un gros plan montre qu’il peut maintenant tenir un stylo.

Malony incapable de recevoir un baiser ou des marques d’amour, qui apprend le laisser aller et le toucher grâce à une infirmière et un soin de peau dans le cadre d’un atelier obligatoire. Les quelques « je t’aime » sont devenus plus doux et francs.

Les choses ont changé. Subtilement, lentement mais elles ont changé.

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Emmanuelle Bercot

Certes la fin divise. Est-elle si positive?

Les avis sont partagés mais pas question d’en faire part pour ne pas déflorer la conclusion.

La tête haute est enfin un plaidoyer et un hommage à cette autre justice, celle des hommes et non pas des statistiques, celle qui veut donner sa chance, à plusieurs reprises, malgré tout.

Celle des gens bien, dévoués corps et âmes pour réhabiliter des jeunes qu’on considère perdus pour la société.

Celle qui pense que la répression ne sera jamais aussi efficace que des preuves d’amour.


tete afficheLa tête haute d’Emmanuelle Bercot – 2h

Actuellement à L’Atalante de Bayonne, au Royal de Biarritz, aux Ecrans Luziens de St Jean de Luz


 


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