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Culture et Pays basque (II) : pour 2017, l’image troublée de Biarritz face à son « miroir, oh mon beau miroir »

3 janvier 2017 Soyez le premier à réagir !

Après Bayonne, petit tour de revue des repaires culturels de la ville de Biarritz, dont les principaux rendez-vous de cette nouvelle année ne peuvent plus se permettre de ne pas regarder sans inquiétudes les calendriers des villes voisines, par le vieillissement de ses structures historiques, la sous-exploitation des nouvelles, et de nouveaux rendez-vous pas encore stabilisés.

C’est l’une des plus belles réussites du calendrier culturel de la ville de Biarritz qui se profile pour sa 30ème édition, la 20ème dans cette cité balnéaire basque après être née du côté de Cannes en 1987 : du 24 au 29 janvier 2017, le FIPA (Festival International de Programmes Audiovisuels) investira tous les beaux lieux de projections et de rencontres de la ville, pour y montrer au public et aux professionnels une sélection de 130 oeuvres, issus des 1.200 reçus chaque année.

Reposant sur l’idée indiscutable que Biarritz soit sans doute l’un des endroits des plus doux et agréables pour y attirer du monde en janvier, le FIPA est aussi, de par sa nature, le plus enclin à attirer le regard des médias.

A la fois accueillies pour leurs productions projetées en avant-première, les grandes chaines de télévision y sont également présentes pour y acheter les documentaires, fictions et séries qui constitueront « le meilleur de la télé » dans les mois à venir.

Peaky Blinders, de Otto Bathurst – Double FIPA d’Or 2016, programmé par ARTE

Cet aspect de visibilité médiatique est indispensable à l’ambition de rayonnement d’une ville qui a tourné une grande partie de son économie vers son attraction touristique, celle d’une Belle Époque forte de la magnificence historique de son littoral, et de la profusion de ses équipements culturels, presque disproportionnée pour une ville de 40.000 habitants.


Document INA 1952, ouverture de la saison estivale en compagnie de Juliette GRECO et de Georges CARPENTIER, tandis que le duc et la duchesse de WINDSOR ont été accueillis avec des fleurs

Mais l’héritage de l’ère de l’ancien maire Didier Borotra peine à se renouveler, au moment où se raréfient les deniers publiques, et où la carte du Pays basque est totalement renouvelée par la création d’un EPCI, qui impose l’intérêt communautaire bien au-delà du club historique des trois villes Bayonne, Anglet et Biarritz (dont cette dernière tenait le rôle incontesté de « phare » culturel).

Au centre, Didier Borotra, maire de Biarritz de 1989 à 2014

Cette politique des grands rendez-vous autour de la danse (Temps d’Aimer et CCN Ballet Biarritz) et du cinéma (Festival de Biarritz Amérique latine, FIPA) est aujourd’hui inquiétée par l’affaiblissement de son projet culturel, de nombreux dossiers à appréhender étant entre les mains de son nouveau maire centriste Michel Veunac.

Le vieillissement de ses lieux culturels (Gare du Midi, Casino Municipal), la sous-utilisation de ses Halles d’Iraty,  l’échec culturel de sa Cité de l’Océan, des initiatives trop timorées (les Beaux Jours, Txiki Festival) ou encore trop fragiles (Big Festival) :

2017 sera donc une année-clé pour que Biarritz puisse prolonger ce réveil de la Belle Endormie tel que propulsé par ses ainés, et garder une place centrale que lui contestent désormais Anglet et son attractif Théâtre Quintaou (à lire cette semaine dans Eklektika), et le calendrier des villes voisines, en particulier la belle Donostia San Sebastian transfrontalière..

Mairie de Biarritz

« Miroir, oh mon miroir, suis-je toujours la plus belle ? » : petit tour de revue des repaires culturels d’une ville et des principaux rendez-vous de cette nouvelle année.


La Gare du Midi, plus tout à fait à l’heure des grands rendez-vous espérés


La meilleure nouvelle de l’an passée à Biarritz aura été le maintien à son poste du chorégraphe Thierry Malandain, reconnu « maitre fondateur de la danse », et donc dispensé de plier ses bagages tous les 6 ans comme d’autres à la tête de leur centre chorégraphique national.

Le rendez-vous de fin d’été du Temps d’Aimer la Danse qu’il dirige attire les plus grandes compagnies mondiales de danse et un public massivement fidèle, et ses propres productions, descendues d’un étage de la Gare du Midi, de son studio jusqu’à la grande salle (1.400 places), font le bonheur des amateurs des deux cotés des Pyrénées.

De gauche à droite : Jakes Aberry, Président de Biarritz Culture : Thierry Malandain, directeur du CCN Ballet Biarritz

Compagnie Nationale de Danse de Madrid, Temps d’Aimer 2015

Le Teatro Victor Eugenia de Donostia étant peu à peu devenu le second jardin de Thierry Malandain, c’est là que sera proposée sa nouvelle création, Noé, les 14 et 15 janvier prochains, avant de rejoindre le Palais de Chaillot à Paris du 10 au 24 mai 2017.

Mais pour la voir à la Gare du Midi, il faudra donc patienter, et admettre que le centre de gravité de la danse se déplace inexorablement du côté du Théâtre Quintaou d’Anglet (760 places), dont le plateau présente l’avantageuse particularité d’avoir été pensé pour les danseurs.

Dantzaz, Théâtre Quintaou d’Anglet, 2016

Depuis quelques mois, les compagnies ne s’y trompent pas, qui y trouvent place par la programmation de la Scène Nationale Sud Aquitain (Kukai, Dantzaz, Régis Obadia), au moment où, par la voix du directeur de la culture à Biarritz Alain Fourgeaux, confidence était faite en septembre dernier du vieillissement du plateau de la Gare du Midi, malgré la venue au mois suivant de Benjamin Millepied.

Y fut abordée la question des lieux qui accueillent aujourd’hui le Temps d’Aimer et les autres propositions habituelles sur la ville, éclipsées selon lui par « la qualité de la scène du nouveau d’Anglet, qui est aujourd’hui le plus bel équipement de notre agglomération ».

Gare du Midi, Biarritz

Sa remise aux normes s’impose pour acquérir une place de centre de gravité du théâtre, aujourd’hui réduit aux tournées de grands shows type Jamel Comedy Club ou des spectacles de cabaret proposés par Entractes Organisations (Michel Sardou et Marie Anne Chazel le 31 janvier, Sylvie Vartan le 3 février, …).

Les cavaliers de Kessel, programamtion des Amis du Théâtre, novembre 2015

Dans leur repaire de la salle du Colisée (250 places), la structure bénévole des Amis du Théâtre de la Côte Basque est bien seule à y produire une véritable ambition de programmation, par une sélection d’une dizaine de dates sélectionnées après leurs cueillettes au Festival d’Avignon depuis plus de 50 ans..


Le Casino Municipal, un magnifique écrin sans ligne directrice


Arraché à la voracité immobilière de l’ancien maire Bernard Marie par son successeur Didier Borotra (1989-2014), ce beau lieu art-déco en face de l’océan y accueille en annexe intime (730 places) les propositions des trois grands festivals de la ville (FIPA, Temps d’Aimer, Festival de Biarritz).

Depuis quelques années, le lieu a trouvé un nouveau rendez-vous convaincant avec le Festival international de Piano classique, proposé chaque mois d’août par Thomas Valverde, mais l’année 2016 a marqué l’échec de l’initiative de la 1ère édition du Festival des Beaux Jours, en mai dernier.

Chucho Valdès, programmé aux Beaux Jours 2016

Souhaitant illustrer en 9 jours « 3 siècles de musique », du classique au jazz, musiques du monde et pop, Biarritz a loupé le coche en se calant pile dans le calendrier des Jours Heureux d’Anglet, la confusion des noms de manifestations en rajoutant avec une proposition culturelle finalement pas assez définie.

Cette année, la leçon a été retenue de se dégager de la manifestation angloye dédiée au spectacle de rue, mais on pourrait regretter du côté de la municipalité biarrote d’être positionné là encore pile pendant la Foire au Jambon de sa voisine bayonnaise : rien à en rapprocher au premier coup d’oeil, si ce n’est que cette proposition gastro-festive porte en elle la même capacité d’anéantissement d’agendas particuliers qu’un trou noir dans une malheureuse galaxie.

L’écrin biarrot manque donc encore d’une réelle direction événementielle, délaissée au profit de congrès et de rendez-vous culturels trop ponctuels, loin de son potentiel d’attraction, en particulier dans cette dimension du jazz délaissée aux autres villes de la côte basque.


La Cité de l’Océan, des abysses aux abîmes


Chaque été , les Jeudis de l’Océan viennent égayer les abords d’une Cité de l’Océan dont les caractéristiques principales, au-delà de ses expositions scientifiques maritimes, sont proches du Triangle des Bermudes, en termes d’isolement populaire et de gouffre financier (600.000 euros de déficit annuel en 2014, pour un coût de construction de 41 millions d’euros en 2011).

L’ultime paradoxe réside sans doute dans ce rendez-vous populaire des fans de Wheels & Waves qui, depuis deux ans, investissent avec leurs bécanes un endroit dédié à la préservation de l’environnement, et ont annoncé leur volonté de « revenir probablement en 2017 » au même endroit.

Wheels & Waves, édition 2016

La réussite est patente, qui y voit affluer près de 10.000 visiteurs en 5 jours, quand la Cité de l’Océan en accueille à elle seule 5.000 par mois en moyenne.

Le rendez-vous d’une manifestation plus cohérente avec le lieu semble avoir été loupé, avec la tentative avortée en 2013 d’une seconde édition du festival Planet it’s up to you porté par Daniel Carmantrand, festival du film d’investigation sur la préservation de la nature.

« The last catch », de Markus CM Schmidt (festival 2013)

Après y avoir dévoilé des témoignages édifiants (comme The last catch, sur la pêche au thon dans le monde, décryptée par Greenpeace), le manque de soutien de la municipalité a conduit son organisateur à déplacer ce festival, désormais implanté au Québec.


Le Big Festival en difficulté d’ancrage

A l’heure où les grands festivals de l’été ont commencé à dévoiler leurs line-ups pour 2017 (à Garorock, Justice, Phoenix, Foals, Vitalic ODC Live ; Iggy Pop et Arcade Fire aux Eurockéennes), rien n’est encore en place du côté de Biarritz et de son Big Festival, désormais consolidé dans son organisation.

Hydre à trois têtes dont la Big Scène de concerts, au stade Aguilera aménagé pour l’occasion, cet incontournable des agendas de l’été est en fait loin de remplir les attentes financières de ses nouveaux promoteurs.

Prodigy, Big 2016

The Libertines, Big 2016

Malgré un plateau 2016 impressionnant (Prodigy, Chemical Brothers, Libertines, Pharell Williams,…), les 4.000 entrées manquantes à chacune des deux soirées de live auraient provoqué cette année un déficit critique de l’ordre de 300.000 euros.

En 2017, ce grand espace ouvert de la Cité de l’Océan, face à la mer, pourrait l’accueillir, en y accueillant sa partie scénique, probablement moins prestigieuse vu la configuration plus réduite des espaces, mais moins coûteuse en logistique.

Les prochaines semaines pourraient donc dévoiler une solution plus intéressante que son amputation aux deux seuls clubs techno sur la plage (Big Village) et aux Halles d’Iraty (Big Boite).


Les Halles d’Iraty, un potentiel encore non exploité


Dédié à l’accueil de salons, cet immense espace d’accueil sur plusieurs niveaux a pour particularité de trembler sur ses poteaux lors des soirées techno de la Big Boite, atteignant parfois plus de 4.000 spectateurs par soir sur une dizaine de jours de juillet.

Une logistique lourde, mais maitrisée, y trouve donc sa place une fois l’an, qui a connu en cette année 2016 un précédent qui devrait faire jurisprudence : c’est effectivement là que la salle voisine de L’Atabal Biarritz, dédiée aux musiques amplifiées, y prit le pari d’y accueillir les furieux Californiens de NO FX, une première pour la Fête de la Musique.

Un coup de maitre en l’espèce, avec près de 2.500 spectateurs venus payer là, quand toute la région proposait des concerts gratuits sur la côte.

Jacques, BIG Boite 2016

Malgré l’excellent travail de programmation de l’Atabal, et un taux de remplissage de ses concerts présenté comme très satisfaisant par son directeur François Maton, le renforcement de ce potentiel d’attraction pour la scène tout au long de l’année devrait bénéficier de coups événementiels comme celui-ci, à même d’attirer à Biarritz des pointures supérieures.

Du côté de l’Atabal et des responsables des Halles d’Iraty, personne ne cache plus le souhait du renforcement d’un tel projet musical global, l’appel du pied auprès la mairie n’ayant pas encore obtenu d’oreille suffisamment attentive.


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