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De Satori à Diskonoir, la pop de Daho comme le meilleur des remèdes depuis 30 ans

23 décembre 2014 > > Un commentaire

Le 13 décembre dernier, Etienne Daho était aux Bourdaines de Seignosse pour un concert-remember face à un public qui jette un regard lucide et vibrant depuis ses débuts.

Près de trente ans séparent ces deux dates et pourtant, c’est fou ce qu’elles se ressemblent. Tournée Satori Pop 1986 Toulouse, et Diskonoir 2014, aux Bourdaines de Seignosse.

Là, sur la piste verglacée, dans le tempo possédé, l’impression  de retrouver les mêmes ectoplasmes en transit, prêts à traverser les murs des attractions désastreuses de 4.000 années de voyages immobiles.

C’est fou ce que l’on peut ressentir, ensemble, en confidence, autour d’un artiste majeur qui parcourt notre vie, passagers que nous sommes dans cet Eden musical, de ce natif d’un pays d’où les voyageurs au long cours sont souvent allé rejoindre les promesses idylliques des eaux caribéennes.

On pourrait gloser pendant des mois, voire des années, et aller se perdre au plus loin de nos vies personnelles, dans le bocal sans fond de notre cerveau reptilien, ou à travers toutes les périodes de tristesses et de joies : le plaisir de se perdre dans le flot sonore et littéraire reste toujours aussi fort.

Jack Duluoz, le double de Kerouac dans ses romans, et tout particulièrement dans celui qui influencera Daho, Satori in Paris (ou l’histoire d’une quête de ses origines bretonnes), écrira aussi dans les poèmes de Docteur Sax :

« Les héros du samedi dans le vent de la piste / Les poings vers la mer.»

Il n’y a pas de meilleure description pour ce concert magique, introduit par une sorte d’incantation mystique du maître des lieux. Jambes écartées et rivées dans les planches de la scène, martelant le rythme sur un tambour venu d’ailleurs et accompagné d’une bande de copains carrés et harmonieux.

L’invitation à partager ces moments de ferveur collective, au travers d’une setlist de 18 morceaux (+ 5 en rappel), répartis à peu près équitablement sur la discographie, est accueillie d’emblée par une foule éclectique d’environ 2.000 personnes enthousiastes et passionnées.

dako-diskonoir-3C’est un moment fort, un moment clair d’où remontent les souvenirs de jeunesse, les amours naissantes comme les chagrins perdus, les premières impressions musicales et la découverte de nouveaux sons, l’ivresse de la nouveauté et des avenirs radieux qui sont censés nous attendre.

Transcender les genres, aller au-delà des apparences trompeuses, sortir des carcans prédéfinis  imposés par les imbéciles, ou plus simplement explorer des contrées éloignées de l’aquarium de nos vies étriquées, ce sont ces promesses-là  que l’on va chercher dans l’art. Et c’est ce que le grand  Etienne nous offre sur un plateau d’argent.

Tellement d’autres artistes restent en surface alors que, lui, au fil de son itinéraire parsemé de rencontres fondatrices (Soligny, Turboust, Jacno, Darcel, Hardy, St Etienne, Les Valentins …et Dominique A, entre autres) creuse le torrent d’émotions où il fait bon se perdre dans la jungle de notre grand sommeil.

L’homme qui marche, Bleu comme toi, Comme un boomerang coulent dans nos veines comme de délicieux élixirs jusqu’à Ouverture, qui prend tout son sens en live, appuyé par une mise en lumière splendide et une justesse millimétrique de la part des musiciens.

Et au milieu de ce réjouissant moment de vie partagée, un artiste visiblement heureux et comblé de se trouver parmi nous, partageant avec sincérité les sensations du moment, souhaitant un joyeux anniversaire à la responsable des vidéos projections (de grande qualité d’ailleurs), créant un vrai dialogue avec le public qui le lui rend bien en retour.

Alors certes, la voix a un peu vieillie et le célèbre déhanché est un peu grippé mais il n’en reste pas moins une classe naturelle. Une aura so sexy et une créativité que peu de ses compatriotes de jeu dans le monde de la chanson française, à part peut-être feu le trio Gainsbourg-Bashung-Darc.

C’est bien pour ça qu’il est toujours là, présent dans cette sauvagerie du show-business qui ne ménage aucun faux pas et qui, à la moindre faiblesse, peut vous faire passer pour un has-been. Les Lescop, Yann Wagner ou autres Dominique Dalcan n’y ont certainement vu pour leur part que la marque des grands, et transmettent  désormais cet héritage musical et esthétique.

Enfin, comment ne pas remercier ce grand homme qui aura su composer au long de sa carrière une partition originale, mélange de pop-rock-électro-disco, à la fois noire et groovy, capable de faire sauter sur la piste le plus récalcitrant des intégristes du pas de danse.

dako-diskonoir-2Rien que pour cela, il devrait lui être édifié une statue de marbre blanc, juste à côté du fameux soldat tombé pour la France.

En ces temps de morosité ambiante généralisée, les idées et les esprits auraient plutôt tendance à se ratatiner, à se replier sur soi et à oublier que nous ne sommes au final que de simples amoureux solitaires dans ce petit coin de l’Univers.

Mr D est là pour nous rappeler que le plaisir de se perdre dans les bras d’un(e) autre est encore et toujours le meilleur des remèdes.

Il ne le dira pas, mais nous pouvons lui murmurer un merci aux oreilles, ensemble, que ceux qui se ressemblent s’assemblent pour que, enfin, toutes les nuits durent toute la vie.


Commentaires

Une réponse à De Satori à Diskonoir, la pop de Daho comme le meilleur des remèdes depuis 30 ans

  1. Carmen Rich dit :

    Joli texte plein d’émotion. Merci.

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