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« Dans les forêts de Sibérie » de Safy Nebbou : tout simplement, c’est déjà immense

17 juin 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Vendredi 17 juin à St Jean de Luz et samedi 18 juin « chez lui » à Biarritz, Safy Nebbou pourra s’avancer vers les spectateurs de son « Dans les forêts de Sibérie », avec le sentiment du devoir extrêmement bien accompli de son adaptation du roman autobiographique de Sylvain Tesson.

Un homme, une cabane, et le lac Baïkal, au sud de la Sibérie : le dispositif de mise en scène de « Dans les forêts de Sibérie » de Safy Nebbou repose sur peu, et cela s’avère totalement suffisant, le réjouissement des spectateurs qui le découvrent depuis ce mercredi 15 juin dans les salles provenant de cette première sensation de simplicité immédiate, et chaleureuse.

dans-les-forets-siberie-2Le premier pilier de ce plaisir de cinéma repose sur le livre homonyme de Sylvain Tesson (édition Gallimard, 2011), dont le film est une « libre adaptation ».

Un gars qui, pour une raison qui n’a pas à être alourdie, largue son monde des vivants (le sien, entre déprime contemporaine et internet omniprésent) et s’engage dans une retraite solitaire, au milieu d’un décorum naturel aussi majestueux que flippant (-30°C l’hiver) :  ce récit autobiographique et très attachant avait impressionné ses lecteurs, séduits par une aventure qui n’avait pas d’autre ambition que de renouer avec son idée du bonheur.

Le second pilier de cette moisson heureuse de sensations en terre hostile provient de la liberté, éclatante, avec laquelle Safy Nebbou rend visible et partage son plaisir de filmer. 

Un petit pas de côté, par rapport aux productions plus importantes auxquelles ce Biarrot s’est attelé depuis son primo – Cou de la Girafe en 2004, L’autre Dumas (en 2010, avec Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde), ou le très convaincant L’Empreinte (2008, avec Catherine Frot et Sandrine Bonnaire).

Il s’amuse et jouit des images qu’il enquille dans sa caméra, nous les offre sans fioritures, et ce cri d’enfant joyeux résonne en rythme avec la très belle bande originale composée et interprétée par un autre chaleureux des âmes, l’immense trompettiste Ibrahim Maalouf.

dans-les-forets-siberie-10Dès la première scène, ce camion transportant ce Teddy roule sur l’étendue glaçante du Baïkal, nos pupilles s’agrandissent, on voudrait en être, la température de la salle de cinéma nous permettant de l’imaginer sans craindre le froid, sibérien faudrait-il répéter une nouvelle fois.

Avec le roman comme socle convaincant, et une envie de partager plus que d’interpeller, « Dans les forêts de Sibérie » acquiert le luxe de ne pas s’obliger à la comparaison avec Into the Wild (2007) : chaque spectateur peut dès lors décider de passer ce film de Sean Penn du statut de « intéressant mais pas totalement convaincant » à « finalement plus agaçant qu’autre chose ».

L’occasion ici peut être aussi proposée de ne plus repousser l’achat du DVD de Dersu Ouzala d’Akira Kurosawa (1975), à l’univers naturaliste plus proche que le film précédemment cité.

dans-les-forets-siberie-4Le film de Nebbou se distingue aussi du film de Sean Penn par la fraîcheur de son interprète principal, Raphaël Personnaz, dont la simplicité de jeu (et la nudité à l’écran, mesdames, dans une scène mémorable) nous garde constamment au contact de ce qui s’y joue, que cela soit son personnage à habiter, mais aussi par l’obligation de la démerde entre la vie et la mort, concrètement omniprésente.

dans-les-forets-siberie-6Le divertissement agréable qui s’est produit peut alors accélérer son intensité émotionnelle par la rencontre avec un humain, Aleksei, décrit dans un premier temps comme un braconnier taiseux.

Inutile d’avancer plus en avant dans le dévoilement de la suite (imaginée par le réalisateur pour compléter le récit du romancier), vous le verrez par vous-même, car, cet article ne parle que de cela, ce film est vraiment à voir.

Jusqu’à la toute dernière ligne du générique de fin, la pellicule et le roman resteront unis pour inscrire cette parenthèse sibérienne dans les récits qui resteront, au chaud, près de nos poitrines saisies par sa sincérité, son humilité, sa simplicité salvatrice.

On en ressort avec le coeur léger, ravi d’un moment de cinéma motivé par le partage, la rêverie et la tendresse.

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neon-demon-2En sortant de la salle peut alors revenir en nous, un court instant, cette pensée pour le ratage regretté de The Neon Demon de Nicholas Winding Refn, vu quelques jours plus tôt, aussi impuissant que son maître, Kubrick, à nous parler d’amour et de sexe sans nous assommer de la mort qui en découlerait obligatoirement (proche en cela du détestable Eyes Wide Shut, 1995).

neon-demon-3La tambouille ne « remonte » pas, on attendra pour ces deux réalisateurs de voir leurs prochains films, même avec des souvenirs que l’année 2016 aura constatés très opposés.


 


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