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Dario Fo : ce que la mort nous a pris de lui, ce que sa vie continuera de nous offrir de son théâtre

17 octobre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Auteur, dramaturge, metteur en scène, acteur, prix Nobel de la littérature en 1997, Dario Fo s’en est allé à 90 ans rejoindre sa compagne Franca Rame, partie trois ans plus tôt. Retour sur une vie d’actions qui n’ont jamais usé l’engagement de cet enfant des planches, et qui laisse derrière elle une œuvre consciente, déterminée, rieuse et puissamment politique.

C’est un au-revoir bouleversant pour les gens du théâtre : à l’âge de 90 ans, l’écrivain, dramaturge et metteur en scène Dario Fo s’est éteint ce jeudi 13 octobre 2016 à Milan, mais son œuvre, jouée dans le monde entier, est le cadeau qu’il laisse à la vie, à l’art, celui vécu comme un engagement en soi.

mort-dario-fo-11Sans avoir jamais cessé de rire, il n’a jamais cessé non plus de dire : l’injustice sociale, les usines en grève, le fascisme, l’amour libre, le capitalisme, la liberté absolue de braver la censure des religions et de l’État, et de faire la lumière sur les grands rôles qu’ont, dans la vraie vie, les petites gens.

Sa « capacité profonde et sincère à vivre et à s’indigner », il l’a transmise toute sa vie à son écriture, fidèle plume chatouilleuse qui a su faire passer nombre de noms d’oiseaux dans ses envols sans avoir besoin d’en écrire un seul. Ridée de sourires, la caricature grotesque en guise de vaseline, ses visions engagés se sont vus ouvrir les portes des plus beaux théâtres, amenant avec eux une dimension sociale sortie tout droit d’un monde prolétaire subi.

Inspiré des dramaturges Molière et Angelo Beolco, de la commedia dell’arte, du théâtre médiéval ou encore de Maïakovski ou de Brecht, Dario Fo, lui, est à la fois ce bouffon de gauche (mais pas « bouffon des bourgeois ») et un punk intellectuel, deux rôles pour un même message dont il a maitrisé brillamment les masques pour contourner la censure, souvent à sa porte.

mort-dario-fo-5Né en Italie en 1926, Dario Fo a pris très vite le chemin du théâtre dont il a usé jusqu’à la fin de sa vie comme d’une arme sociale. Dès les années 50, il a animé quelques chroniques décapantes à la radio et joué dans des cabarets.

C’est là qu’il a rencontré sa compagne Franca Rame, une comédienne issue du théâtre itinérant, avec qui il créa une compagnie ambulante en 1958. Sa personnalité a pris du relief et ses textes subversifs, jouant de l’absurde et de l’improvisation, racontent les laissés pour compte, pointent du doigt les puissants, se permettent de dialoguer avec le public, chose alors improbable sur une scène de théâtre.

mort-dario-fo-1De nombreux conflits avec la morale du clergé ou le fascisme italien lui ont couté bien des déboires personnels, jusqu’à l’agression de sa femme, Franca Rame (torturée et violée) par un groupe d’extrême droite dans les années 70.

Interdit de séjour aux Etats-Unis, porteur d’une parole grinçante et sans compromis sur l’histoire de Christophe Colomb ou sur les évènements du 11 septembre, en froid avec le Vatican, Dario Fo a vu ses pièces s’afficher envers et contre tout dans le répertoire de la Comédie Française.

La tolérance s’est accrue, Dario Fo continue ses charges en s’inspirant aujourd’hui toujours plus de l’actualité

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Dario Fo au milieu des opposants à la ligne LGV Lyon Turin, en 2014

Son succès en tant que metteur en scène, demandé ici et là, et de nombreuses récompenses auraient pu habiller chaudement ses pensées comme une bonne paire de pantoufles, mais il n’en n’a rien été. Dario Fo est resté indocile.

Dans les années 2000, il a continué d’amener le théâtre à l’usine, dans des hangars et autres lieux subversifs. On retient ici les textes « Mort accidentelle d’un anarchiste », « Les archanges ne jouent pas au flipper », « Mystère bouffe » et surtout « Faut pas payer ! », satire sociale ou conte acide sur le monde de la consommation, reprise chaque année quelque part dans le monde.

En 2008, il publie avec cinq autres prix Nobel (Mikhail Gorbatchev, Desmond Tutu, Günter Grass, Orhan Pamuk et Rita Levi Montalcini) une tribune pour dénoncer le sort réservé à l’écrivain Roberto Saviano, dont la tête est mise à prix par la mafia et en appeler à la responsabilité de l’État italien dans sa lutte contre le crime organisé.

mort-dario-fo-8Le dernier symbole est sans doute ce pied de niez de mourir le jour de la remise du prix Nobel de Littérature, 19 ans après le sien : pas sûr que Dylan consacrera l’intégralité du chèque offert (un million d’euros) à la création d’une fondation pour handicapés comme le fit Dario Fo.

mort-dario-fo-13Quelques mots de lui, avant de refermer cette page.

Ce que l’on peut s’en foutre… L’important est que le scandale éclate… (…) Nous sommes dans le fumier jusqu’au cou, c’est vrai. C’est justement pour ça que nous marchons la tête haute!
(Mort accidentelle d’un anarchiste – Dario Fo)

Le tout dernier mot de la fin, histoire de nous faire réfléchir encore, c’est celui à écouter dans ce court teaser signé de la Comédie de Genève.

Ciao et merci l’artiste.


 


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