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« Dernières nouvelles du Sud » de Sepúlveda et Mordzinski : se faire du bien par les récits de ceux qui ont résisté

15 novembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Il ne vous aura pas échappé que Noël approche, avec ses interrogations sur de nouveaux livres à offrir encore, pas plus que ce besoin de grande respiration, à même de rouvrir notre boite à espoirs, ce livre de textes et de photos pourrait bien satisfaire ces deux nécessités.

Ce livre n’est pas nouveau, sorti en France par les Éditions Métailié en 2012, mais son histoire fait du bien, incarnée par la rencontre en septembre dernier avec le photographe franco-argentin Daniel Mordzinski, lors du dernier Festival Amérique latine de Biarritz : Dernières nouvelles du Sud, co-réalisé avec le grand écrivain chilien Luis Sepúlveda reste une bouffée d’oxygène dans un contexte persistant où les illusions se bousculent pour se mettre en berne.

La Patagonie, son million de km2 partagé entre l’Argentine et le Chili, ses immenses richesses souterraines, et ses peuples, aux noms imprononçables, tous réunis dans un destin d’irrésolutions aux adversités naturelles d’abord, humaines ensuite.

luis sepulveda-Daniel Mordzinski-dernières nouvelles du Sud-metailier-1Le projet entre les deux socios a débuté en 1996, et il aura mis 15 ans à accoucher du livre de voyages dans le temps et les grandes terres, Daniel Mordzinski rappelle comment, finalement, la décision de réaliser l’ouvrage fut prise par son pote Lucio.

Ils avaient pris deux billets uniquement aller, sans retour fixé, et ils sont restés trois mois là-bas, à parcourir ces étendues incertaines et puissantes, à rencontrer de nombreuses personnes, que lui photographiait comme des paysages, sans consigne particulière de celui qui en écoutait les récits récoltés.

luis sepulveda-Daniel Mordzinski-dernières nouvelles du Sud-metailier-6L’histoire du vrai-faux shérif, Martin Sheffield, un délinquant nord-américain qui protégea l’existence de Butch Cassidy qui s’y était planqué ;

cette vieille dame, Delia Rivera de Cossio, qui vivait dans une maison entourée d’un jardin et d’un potager superbes au beau milieu d’un paysage balayé par le vent, qui redonnait de la force aux arbres secs et aux femmes aux ventres sans fleurs ;

le Patagonia Express, unique ligne de chemin de fer au sud de la Patagonie, privatisée quelques jours avant par quatre riches touristes texans alors qu’il s’agit du seul moyen de transport des populations de la région, puis la réaction de vieux machinistes qui remettent en état une ancienne locomotive et décident de la faire circuler une dernière fois pour un train où les deux voyageurs embarquent ;

luis sepulveda-Daniel Mordzinski-dernières nouvelles du Sud-metailier-7et bien d’autres vestiges d’existences particulières qui racontent la Patagonie non du point de vue du géopolitique ou du géographe, mais du poète, de cette salle de cinéma du bout du monde à ces efforts victorieux pour empêcher Sylvester Stallone de s’acheter une bonne tranche du million de km2 pour s’y faire plaisir.

Daniel Mordzinski se souvient encore de son envoi d’une première centaine de photos, sans réponse de Sepulveda, avant son appel téléphonique quelques années plus tard, « je ne sais pas comment raconter cette histoire… il faut y retourner ».

Tout autre retour en arrière est impossible, mais il y a des résistants naturels, les rencontres et leur séjour s’éternisent encore.

luis sepulveda-Daniel Mordzinski-dernières nouvelles du Sud-metailier-9L’inventaire des pertes continue donc, celles en particulier des rêves perdus d’humains se réveillant avec le sentiment de n’être nullement considérés, comme lorsque l’Argentine imagina donner la Patagonie au gouvernement nord-américain (et à ses prédateurs industriels) pour payer sa dette extérieure (une énorme mobilisation l’en dissuada finalement).

Dans tous les récits déployés à nouveau s’affirme l’amour de la terre, où la langue est rare et où on ne parle pas pour ne rien dire, sans pour autant se prendre trop au sérieux.

luis sepulveda-Daniel Mordzinski-dernières nouvelles du Sud-metailier-3Dans la veine habituelle de Sepulveda se serrent magnifiquement des récits exceptionnels sur ces envies de mener une vie en accord avec leurs convictions, et en contradiction avec le changement imposé par une mondialisation à marche forcée.

Et les photos de Mordzinski préservent précieusement les souvenirs de ces rencontres, comme s’il souhaitait s’assurer qu’elles ont réellement existé hors de la dimension du récit.

luis sepulveda-Daniel Mordzinski-dernières nouvelles du Sud-metailier-8Daniel Mordzinski renvoie de nouveau une centaine de photos, attend, des années encore, et un nouvel appel de Lucio, « il faut qu’on y retourne ».

Près de quinze ans après avoir débuté ce projet hors de toute commande d’éditeurs, ce n’est que dans le troisième et dernier voyage que Sepulveda, l’homme qui n’invente pas la magie des rencontres mais sait la voir, lui serre soudainement la cuisse, dans un frêle avion au-dessus des grandes terres.

« Je sais, maintenant, pourquoi je n’arrivais pas à finir, mais là, je sais… Dès que j’aurai fini ce livre, c’est notre voyage à tous les deux qui va s’arrêter, et je n’en avais pas envie. Mais il faut l’arrêter, parce que cela a été une belle aventure de vie ».

« C’est un recueil de nouvelles posthumes, le roman d’une région disparue. Rien de ce que nous avons vu n’existe plus aujourd’hui comme nous l’avons connu », a offert Sepulveda à son public lors de la sortie du livre.

« Il y a quelque chose de la volonté permanente de résister à l’adversité politique, qui donne une manière d’être, qui me permet de me ressourcer, qui me permet d’affronter toutes les difficultés de la vie ».

luis sepulveda-Daniel Mordzinski

Luis Sepulveda, photographié par Daniel Mordzinski


luis sepulveda-Daniel Mordzinski-dernières nouvelles du Sud-metailier-4« Dernières nouvelles du Sud », de Luis Sepúlveda (textes) et Daniel Mordzinski (photos)

Editions Métailié,
publié en 2012, 196 pages, prix neuf 23 €


 


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