Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

‘Deux soeurs’, par les Chimères : « Le Festival est mort, les Translatines bandent encore ! »

29 janvier 2016 > > Soyez le premier à réagir !

La semaine prochaine sera donné « Deux soeurs » du Colombien Fabio Rubiano, qui fut l’invité coup de coeur des feu-Translatines, l’adaptation par les Chimères portant le rire salutaire de continuer à faire vivre le théâtre latino-américain malgré cela.

L’expression est triviale et hilare, elle intervient à l’issue d’une belle rencontre, franche et enthousiaste, avec l’équipe du Théâtre des Chimères, actuellement en résidence de création au Théâtre de Quintaou d’Anglet : du lundi 1er au samedi 6 février, Sophie Bancon et Catherine Mouriec seront les Deux Soeurs du Colombien Fabio Rubiano, adapté par le metteur en scène et directeur des Chimères, Jean-Marie Broucaret.

La joie est palpable de « continuer de faire découvrir cet auteur en France », s’explique-t-il, ce bonheur intervenant dans le contexte très particulier du glas prononcé l’an passé par la Ville de Bayonne pour l’organisation en 2015 d’une nouvelle édition du Festival de théâtre latino-américain des Translatines, après 33 ans de très bons et loyaux services rendus à cet univers.

Pas question de jouer les pleureuses, à la fois par la volonté de prolonger l’histoire d’amitié avec cet auteur et metteur en scène invité lors des Translatines 2013, mais également par la compréhension incarnée du sens salutaire et explosif de la place du rire cathartique dans ce théâtre-là.

« Avant de l’inviter ici, en 2013, pour son Sara Dice, on l’avait découvert à Bogota, où son sens enragé de la tragi-comédie faisait hurler de rire le public colombien, avec pourtant des sujets extrêmement graves », un manuel d’auto-défense théâtrale avait été partagé, puis confié pour que, en France, et par les compagnons de route des Chimères, l’aventure puisse continuer.

fabio rubiano broucaret

Jean-Marie Broucaret et Fabio Rubiano, Translatines 2013

Sur Bayonne, le Festival est mort sans qu’aucun ban public n’ait annoncé à ce Lazare s’il pouvait se relever et marcher à nouveau, mais dans l’acte de silence pénible qui l’accompagne depuis, l’équipe des Chimères avait décidé de ne pas toucher aux quelques sous prévus par l’association des Translatines pour le produire et le mettre en scène.

Le cadre n’est pas et ne sera pas celui de Translatines, qu’importe, Catherine Mouriec et Sophie Bancon délaissent leur belle aventure de Phèdre pour chausser des souliers rouge sang de ces deux soeurs qui se retrouvent trois ans après que l’une, Oliva, ait dévoré amoureusement le mari de sa frangine, Alis.

chimeres-deux-soeurs-3« Ça n’a pas grand chose à voir avec du théâtre de boulevard type Feydeau, on est plus proche de la furie du romancier argentin Copi », préviennent-elles, « le découpage de la pièce est très cinématographique, encore renforcé sur scène par une esthétique à la Almodovar grande époque ».

La psychologie a été évacuée, « on est dans un théâtre très physique », les phrases entre les deux soeurs s’échangent comme des coups de couteau, à mi chemin constant entre les fantasmes de soeur-icide et un amour l’une pour l’autre qui fera douter de ce qui se passe réellement sur scène.

« Ici, chez Fabio Rubiano, la frontière est perméable entre l’envie de tuer et l’acte de le faire pour de vrai, tout est prétexte à des faux-semblants explosifs, où la puissance du rire engendré est là pour désamorcer le tragique de ce qui s’y joue », complète Jean-Marie Broucaret.

La pièce s’ouvre sur Alis qui, trois ans après le cocufiage inimaginable (« Pas elle ! Ce n’est pas possible que cela soit elle ! »), termine de ranger les parties du corps de son mari dans de solides valises très latino-américaines, tandis que la félonne à la cuisse légère vient enfin lui rendre visite, dans un contexte où rien n’a encore été explicité entre elles.

« Le sentiment de la trahison est là, bien entendu », poursuit le metteur en scène, « mais il est en collision en permanence avec à la fois le remords et ce sentiment de la soeur que, de toute façon, elle ne regrette pas le besoin violemment ressenti de faire l’amour avec ce type ».

1h10 durant, toute la difficulté est de faire passer les non-dits et les sous-entendus par des mots qui doivent frapper, jusqu’à ce « oui, je l’ai fait » qui doit les libérer.

Ou pas, parce que la morale du théâtre de Rubiano n’est pas de trouver un moyen de se comprendre mais de rire de tout. Quitte à se mordre jusqu’au sang en même temps.

chimeres-deux-soeurs-4

Une histoire de cocufiage, de trahison et de non-dits à régler couteau dans le dos : reprendre le théâtre latino-américain après le coitus interromptus bayonnais est une pensée gourmande qui peut traverser l’ambiance détendue de la rencontre de cette après-midi de répétition à Quintaou.

« Vivre à tout prix » et « ça nous tarde » sont les deux dernières expressions entendues  avant que tout le monde ne se tape dans les cuisses du plaisir d’en être.


logo SNSARenseignements et réservation (devenues tendues, le spectacle est presque sold-out) sur le site de la SNSA, qui a co-produit le spectacle.


 

 


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.