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Dhafer Youssef Quartet, son hymne transcendant à la joie, pour l’Anglet Jazz Festival

28 septembre 2015 > > 2 commentaires

La 2ème édition de l’Anglet Jazz festival a précipité le public du Théâtre Quintaou dans une rare transcendance, avec un Dhafer Youssef Quartet qui a illuminé une édition par ailleurs un peu trop sage sur ses deux premiers jours.

Des notes comme des encens brulés, crépitant d’une flamme vive, rougie de la passion, pas celle du Christ mais de la musique avec un grand « aime…». Un chant qui s’en va creuser dans les gouffres du corps pour en extraire la profondeur et l’offrir au vent.

Il n’y avait pourtant pas de séance de méditation collective ni de baptême de l’air samedi soir au festival de jazz d’anglet, mais Dhafer Youssef quartet, dans un Théâtre Quintaou dont on a oublié un moment qu’il y avait un plafond, tant le ciel semblait complice de l’instant, on vous raconte ça en détails et force superlatifs.

Quelques instants avant, Stéphane Kerecky et son quartet avaient assumé ce soir-là la première partie du concert.

anglet-jazz-festival-7Les musiciens se sont montrés excellents à leurs instruments, sans contestation possible, il y a du niveau, de la technique, du plaisir à jouer. La partition est maitrisée mais on a trop souvent l’impression que c’est souvent elle qui maitrise la situation. Et quand un feuillet tombe, la musique en souffre.

En somme, c’est un jazz agréable, virtuose, acclamé par certains mais un peu trop sage et discipliné derrière un pupitre.

La veille, avant que le Luzien Jean-Michel Ecay fasse ce qu’il sait faire, du « Ecay crescendo », la nouvelle formation de Leila Martial a montré son envie de retrouver la scène, avec un début de soirée qui aura offert l’émotion de son interprète comme guide des créations musicales proposées.

anglet-jazz-festival-8Il faut lui souhaiter de continuer, mais en compagnie d’un ingé son qui pourra, pour elle, lui permettre d’arrêter de bidouiller sans cesse les boutons de ses loops sonores, l’effet produit sur scène n’étant guère aisé à partager dans le plaisir.

Une écoute yeux fermés finit par emporter l’adhésion, avec un timbre proche de Beth « Portishead » Gibbons, ses deux accompagnateurs sur scène ayant encore à quitter des yeux leurs instruments pour se rendre compte que le public attendait sans doute un set plus chaleureux.

Le dimanche pouvait s’offrir alors pour tous ceux qui, météo aidant, décideraient de reprendre ce Festival au niveau de son ADN, avec une après-midi dans le Parc Baroja, dans sa version « Jazz sur l’herbe ».

Pour ce qui a a été montré dans sa partie indoor, cette 2ème édition de l’Anglet Jazz Festival a prouvé son désir de s’installer durablement dans un calendrier local où ce type de rendez-vous est trop isolé.

Pour s’imposer définitivement aux regards d’autres manifestations proches ou nationales, la question de son budget et de sa capacité à proposer des soirées à un même niveau d’exception lire ci-dessous) est un chantier ouvert et incontournable.

Kattalin et Ramuntxo, pour Eklektika


Et le Dhafer Youssef Quartet entra en scène
(Kattalin Dalat)

Dès les premières secondes, avant même de se saisir de son oud, la voix de Dhafer Youssef s’immisce dans le silence. Pire, elle le contient. « Il y a une voix qui n’utilisent pas les mots » écrivait le penseur mystique persan Djâlal-od-Dîn Rumi.

Et c’est bien là que le chanteur et oudiste nous amène. S’il y a parole, elle est libre, elle habite entre profane et sacré, détachée de ces maîtres pour mieux se tendre vers autrui.

A ses côtés, les musiciens semblent brancher sur une même prise de terre, et ils y puisent une énergie transcendante.

Ils embrasent leurs instruments dont on savoure l’incandescence, la complicité cédant son rang à une osmose rare.

anglet-jazz-festival-5Leurs ébats, leurs solos ne connaissent pas de rupture avec le thème. Des volutes de jazz pur s’envolent de chacun d‘entre eux pour former une sorte de nuage suspendu, le public assis dessus, immobile ou secouant la tête d’arrière en avant, soumis à un groove irrésistible.

En redescendre ? Impossible. Chaque nouvel opus est une invitation à l’élévation, quand, conjuguant la grâce mélodique à une virtuosité technique vertigineuse, la matière se dissout.

L’oud de Dhafer et sa voix, instrument à part entière, le piano de Kristjan Randalu, la batterie de Ferenc Nemeth et la contrebasse de Phil Donkins (tous excellents) ne sont plus des objets : ils respirent.

Dhafer Youssef danse presque au milieu de ses musiciens, tenant l’instant monstre d’une main de maître. Et il vaut mieux. La perfection est exigeante quant il s’agit de toucher l’extase sans s’y perdre.

On n’ignore pas le travail titanesque que demande un tel résultat. Mais il y a une façon de vivre la musique qui vous le fait oublier.

anglet-jazz-festival-6Ici on joue comme on sourit, les musiciens s’amusent. Tout le temps. Le groupe ne lâche rien, ni leur joie, ni la dextérité, ni le public.

C’est un don permanent qui ne se réfléchit pas, aux accents universels, entre jazz, funk, mélodies arabes, indiennes, sons presque électros, ondulations vocales, vibrato et résonances célestes.

Le tout mis en valeur par un brillant ingénieur du son venu de Berlin, remercié à de multiples reprises, tout comme ce « merci à Christophe derrière les rideaux », l’homme des lieux ayant réalisé une belle performance de restitution acoustique et des murs de lumières feutrées somptueux.

Le public n’attend pas la fin d’un morceau ou d’un solo pour laisser jaillir son admiration par des « Bravos ! »  des « Wouhaou ! » et des applaudissements ponctuant les temps d’écoutes intenses.

Tout est dans le ventre, dans les doigts et dans le cœur. La musique n’est ni compliquée, ni facile. Elle devient lumineuse.

Sans citer tous les moments intenses de chaque instrumentistes, celui du solo du batteur Ferenc Nemeth va littéralement laisser pantois, laissant le choix de : 1/ s’accrocher à son fauteuil ou 2/ s’envoler définitivement dans un pseudo voyage immobile. A moins d’opter pour le deux en un.

dhafer-youssefDhafer Youssef à Anglet, ce samedi soir, a justifié sa réputation internationale, commencée en Tunisie, dans un modeste village de pêcheurs, où il hérite dès son plus âge de la performance vocale de sa lignée de muezzins.

Sa première expérience du chant est un enregistrement à la prière pour son village qu’il n’oubliera pas, malgré sa carrière aujourd’hui mondiale. Il s’éloignera ensuite des lieux de cultes pour s’envoler vers ce qui doit être son chemin : une musique à la dimension internationale, affranchie d’atterrissage.

En 2003, il est nominé deux fois pour les BBC Awards for World music. De l’octave la plus aiguë à la plus grave, il n’y a qu’une vague ininterrompue, pour la voix de Dhafer Youssef, qui s’en va se mesurer à chaque instrument.

anglet-jazz-festival-1Pour l’heure, le public de Quintaou en redemande, deux fois, et debout. Car se lever est la moindre des choses.

Un rendez-vous en altitude qui met la barre haute pour la prochaine programmation du festival, certes.

Hors de question de s’en plaindre pour l’instant.

anglet-jazz-festival-3


Une heure de concert avec Dhafer Youssef, c’est juste là, en dessous (en virtuel) :

Commentaires

2 réponses à Dhafer Youssef Quartet, son hymne transcendant à la joie, pour l’Anglet Jazz Festival

  1. paul dit :

    Bonjour

    avec tout le respect que je dois à la direction, celui qui a écrit cet article ne connait rien au Jazz.
    Encenser Dhafer qui est plutôt musique du monde sans porter aux nues le travail remarquable de kérécki c’est avoir une oreille musicale bien médiocre incapable de saisir les subtilités harmoniques.

    ce qui est sage n’est pas d’une part mauvais et d’autre part l’émotion n’a pas forcément besoin de packaging grégaire. L’auteur s’est plus laissé emporter par l’hystérie collective que par l’émotion musicale. On peut être un bon journaliste mais pas forcément un bon mélomane.

    pour une approche plus rigoureuse du sujet:

    http://www.arcad64.fr/pdf/jazz%20magasine%2026%20septembre%202015.pdf
    http://www.arcad64.fr/pdf/jazz%20magasine%2027%20septembre%202015.pdf

    • Bonjour, Paul,
      et merci pour votre commentaire.

      Il n’est nulle question de packaging grégaire dans cet article, et il nous arrive souvent de nous sentir (comme vous) isolés dans une satisfaction collective, impossible à partager. Bon, on n’est peut-être pas tombé sur ce cas « d’hystérie collective » dont vous parlez, mais présent au concert, j’ai totalement validé les mots, l’esprit et la liberté de ton choisis par notre journaliste, Kattalin, pour le restituer.
      Il en va de la possibilité d’écrire comme celle de nos préférences à chacun, mais la rigueur que vous évoquez, et qui a caractérisé notamment Kérécki, n’a pas atteint nos zones sensibles cette fois-ci.

      Vous aurez aimé, dans cette réponse, ne pas y lire les adjectifs somme toute assez « radicaux » et peu flatteurs que vous avez choisis pour votre part.

      Bien à vous,

      Ramuntxo, Directeur de publication d’Eklektika.

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