Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

‘Difret’, de Zeresenay Mehari : le refus des femmes (et le chemin encore à faire)

11 juillet 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Difret, le long-métrage américano-éthiopien du réalisateur Zeresenay Mehari, est au programme du cinéma l’Atalante à Bayonne jusqu’au 27 juillet, un coup de coeur de la rédaction d’Eklektika.

Une histoire réelle comme trame de fond, celle de Meaza Ashenafi, avocate au sein d’une association en Ethiopie, « Ethiopian Women Lawyers  (EWLA)» et celle d’une jeune fille de 14 ans, Hirut, accusée d’avoir tué son futur époux qui l’a enlevé de force selon la tradition.

Un film qui transperce la conscience comme la prolongation d’un cri à transmettre.

difret-3Difret, cela veut dire viol mais aussi courage, en langue amharique. Le titre dévoile subtilement la confusion qui s’en va vous poursuivre durant toute la vision du film. Pour ne pas la complexifier, se déshabiller des pensées et des codes européens autant que possible avant que la lumière de la salle s’éteigne.

Il n’y a pas de place pour le jugement dans ce film subtil, qui dévoile l’horreur sans jamais diaboliser ceux qui la transmettent.

L’histoire se passe à Addis Abeba, à trois heures de route de la capitale éthiopienne, là où vivent les fermiers pour lesquels il n’existe pas d’acte de naissance.

A la sortie de l’école, la petite Hirut, 14 ans, est poursuivi puis enlevée par 7 hommes à cheval. Comme le veut la coutume ancestrale dans les campagnes, cet enlèvement nuptial (appelé telefa) est conduit par son prétendant au mariage. Pour tout prélude à la célébration, il la viole. Hirut, pour s’enfuir, le tue. On est en 1996.

difret-4Hirut est accusée de meurtre. Elle voulait juste rentrer chez elle. Son drame sans témoins volontaires va rencontrer l’histoire de Meaza Ashenafi, avocate. De son village à la prison, jusqu’à l’orphelinat, il nous est donné à voir le labyrinthe aliénant de survie d’Hirut, dont personne n’aurait du entendre l’histoire, pareille à des centaines d’autres.

«  Ce n’est pas à vous d’en décider ». Une phrase anodine dans nos société mais qui, dans la bouche d’une femme avocate en Ethiopie, adressé à un fonctionnaire avide de mises à mort, se révèle beaucoup plus tendu.

sorties-8-juillet-3On assiste dès lors à un duel sans vainqueur entre justice et coutume. Derrière ces deux raisonnements, les mêmes hommes. Un combat comme la promesse d’un petit pas vers l’humanité qui s’en va résonner dans tout le pays.

Dans ces villages, la plupart pense que l’obéissance de la femme est une marque d’éducation.

difret-6L’école est l’ennemie de la tradition. La culture, la concubine maligne de la liberté. La femme, elle, est celle sur qui l’homme peut exercer son règne, aussi pauvre soit-il. L’évolution des mentalités est sans cesse bousculer en arrière par  le poing  tyrannique d’une société patriarcale. Pas de quoi en faire un cliché ou un drame qui se noie dans son mélo. L’acceptation de la souffrance fait partie du climat.

Mais tout au long du film, on perçoit ces femmes aux alentours d’Hirut et leur consentement apeuré vers une justice, une vraie. Pas celle qui les traite comme du bétail.

On frissonne parce que c’est près et loin à la fois.

difret-2Parce que, pour l’homme, de petites mains sont obligées de dessiner de leur sang des limites sur une terre de sable. Et ces petites mains touchent un rocher, parfois. Un rocher de « si », de coïncidences qui changent les choses. Qui vont sauver Hirut d’un destin offensant et sans choix.

On se retrouve ainsi, simple spectateur, à assister à une démonstration de courage et d’engagement. Pour une cause. Pour une respiration. Celle d’un être qu’on rencontre et qui vient chatouiller votre propre histoire.  Pour une justice à visage humain, où chacun serait titulaire de sa conscience.

Meaza-AshenafiLa désormais célèbre militante Meaza Ashenafi, membre de l’ONU, issu d’une famille de cinq enfants, à elle aussi vécu dans un village aux coutumes ancestrales disposant d’un tribunal d’anciens, sans accès à l’eau potable ni à l’électricité.

Elle se crée une vie à elle, car son père refoule les prétendants et que ses frères l’entourent. Elle va à l’école. Une fois ses études terminées, elle fonde l’association « Ethiopian Women Lawyers  (EWLA)» qui permet une aide juridique gratuite aux femmes victimes de violences.

Elle va prendre la défense d’Aberash Bekele (notre Hirut, dans le film) et plaider la légitime défense, alors jamais accordée à une femme en Ethiopie. Cette affaire va participer à l’interdiction légale de ces enlèvements traditionnels, en 2004. Mais beaucoup de chemin reste à faire.

Zeresenay-Mehari

Le réalisateur Zeresenay Mehari, prix du Public au Festival Sundance 2014

Celui pour aller à L’Atalante de Bayonne est plus court, alors traversez-le pour voir plaider ces comédiennes, Meron Getnet, Tizita Hagere, Rahel Teshome, dont les regards vous brulent comme s’il s’agissait de vos yeux. Elles parlent d’une seule et même histoire, celle de l’ascension de la femme au statut d’être humain.

Le film, à regarder comme un documentaire, et sa chute, peuvent trembler de quelques maladresses, Hirut court vers sa vie et c’est tout qui compte.

Bientôt retransmis sur les écrans éthiopiens, la force de ce film ne fait pas de victimes. Juste des hommes à convaincre. Et c’est bien plus courageux.

« Le film peut être un outil d’éducation. Il porte des messages forts sur l’importance des organisations de femmes et sur la scolarisation des filles. » (Meaza Ashenafi)

difret-5


 

 


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.