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Donostia 2016 : San Sebastian a bien raté le rendez-vous du Pays basque avec l’Europe culturelle

18 avril 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Il a sans doute fallu des efforts considérables de contorsionnistes pour que les promoteurs de Donostia 2016 Capitale Culturelle Européenne puissent aligner un bilan financier où les recettes « constatées » (47,1 millions d’euros) soient légèrement supérieures au budget investi (46,8 millions d’euros), et où rien n’est construit pour assoir une vraie dynamique culturelle pour l’avenir.

La semaine passée, le maire de Donostia/San Sebastian Eneko Goia, et Pablo Berástegui, le Directeur général de Donostia 2016 (DSS2016), ont proposé en conférence de presse une ultime démonstration d’auto-satisfaction, cachant au mieux possible les entêtements et aberrations culturelles constatées tout au long de l’année passée de Donostia 2016 Capitale Culturelle Européenne.

Cérémonie de remise du programme final de Donostia 2016, le 30 octobre 2015

« Nous ne cherchions pas le quantitatif, mais le qualitatif » : la conclusion entonnée en choeur s’est appuyée sur un total recensé de « 3.193 activités proposées » et par « un exercice financier équilibré » (47,1 millions d’euros de retombées économiques, pour 46,8 millions investis).

Le vice-Ministre de la Culture du gouvernement autonome basque, Joxean Muñoz, ne s’est pas écarté de l’exercice bien rôdé de méthode Coué, en confiant ne pas savoir « si les gens se rendent compte de la difficulté d’organiser 3.000 activités dans une année » : il est pourtant des moulins à vent dont le rendement médiocre provoque sans scandale aucun la fermeture définitive et naturelle.

Dans les faits, le pléthorique programme de DSS2016 a surtout été marqué par la confusion incompréhensible de ses axes idéologiques autour du « Vivre ensemble » et de la « Paix », décourageant jusqu’à ses spectateurs les plus impatients dans le déchiffrage labyrinthique de ses Vagues, de ses Ponts et de ses Phares.

Dans cette cité balnéaire de 180.000 habitants du Pays basque sud, d’autres bilans plus cruels s’imposent, qui n’a jamais permis à la communauté européenne non-Donostiar de se sentir réellement concernée ou invitée, pour une auto-célébration qui a consacré 21% de ses propositions à des ateliers citoyens, sur la mémoire inter-générationnelle, le développement durable ou encore la diversité linguistique

Pablo Berástegui, directeur général de la fondation Donostia 2016, et Miren Azkarate, Conseillère Culture du Gouvernement basque d’Euskadi

Un 5ème du programme ni identifiable ni compréhensible clairement dans le programme, et seulement proposés en langue basque à ses participants : il est des enjeux de politique locale qui, ailleurs, n’ont nul besoin de financements européens pour exister, persister à les revendiquer comme tels frise la fumisterie absolue.

Communiqués « au fil de l’eau » (c’est à dire deux ou 3 jours avant leurs tenues) par conférences de presse et sur les réseaux sociaux, les « événements » ont rapidement découragé à la fois les journalistes et les acteurs culturels, précédant les curieux ne retrouvant que peu d’intérêt à des programmations classiques d’une grande ville, justes porteuses pour cette fois du logo « DSS2016 », et sans jamais franchir en propre un niveau qualitatif supérieur.

Passée la piteuse inauguration du samedi 23 janvier 2016 (l’illumination éphémère du pont Maria Cristina, pour une facture scandaleuse de 600.000 euros), les rendez-vous fixés n’ont jamais atteint le pouvoir de séduction et d’attraction légitimée par cette manifestation européenne.

Aucune manifestation d’envergure européenne n’a été proposée, qui en aurait fait un phare étincelant de la culture européenne, pas de grande exposition de niveau international, pas de lieu-acte architectural, et aucune installation d’arts plastiques en ville pour rappeler aux touristes de passage de la tenue d’une « année exceptionnelle », à l’exception de petits fanions disposés ça et là.

Les « grands » rendez-vous fixés (comme Stop War Festibala ou des représentations en plein air du Songe de Shakespeare) ont au mieux été sympathiques, mais trop souvent symboliquement anecdotiques.

Une réalité que confirme l’étude présentée en conférence de presse la semaine passée : seuls 7,5% des touristes venus sur Donostia/San Sebastian ont fait le déplacement spécifiquement pour cette Capitalité.

Et Youtube pourrait également amener un critère objectif de non-notoriété obtenue, avec un clip de candidature vu 150.000 fois, et un clip de présentation du programme final atteignant péniblement les 5.000 vues.

Avec 60% des retombées pour le secteur de l’hôtellerie et 25% pour le commerce, il est temps également de se demander en quoi 2016 serait concrètement le point de démarrage d’une dynamique culturelle.

Aucune nouvelle manifestation d’envergure n’a vu le jour,  aucune nouvelle structure n’a été créée : épicentre désigné de DSS2016, le centre d’art contemporain de la Tabakalera ne s’est nullement imposé pour son dynamisme, au contraire parfois de manifestations « résistantes » et non officielles comme l’événement street art du Tunel Dabadaba.

Comme elles le font depuis des décennies sans se soucier de l’agenda 2016, ce sont surtout les grandes manifestations de Donostia qui ont rythmé l’an passé, avec, pour chacune d’entre elles, des bilans économiques bien supérieurs à ceux avancés pour l’année « culturellement correcte » de DSS2016.

A titre d’exemple, le festival international de cinéma Zinemaldia génère en septembre des retombées de 27 millions d’euros pour un budget de fonctionnement de 8 millions d’euros, selon l’étude en 2015 du même cabinet d’audit.

Doté de 2 millions d’euros, le grand festival estival Jazzaldia génère 11 millions d’euros, et même la course à pieds Behobie-San Sebastian, faiblement dotée mais réunissant près de 30.000 coureurs chaque année, parvient au chiffre de 15 millions d’euros.

Du côté des frères basques transfrontaliers, si l’initiative a permis ponctuellement un éclairage de l’initiative DSS2016 (essentiellement avec l’exposition Traité de Paix durant l’été au Musée basque de Bayonne), force est de constater que le Pays basque à réunir culturellement des deux côtés des Pyrénées reste aujourd’hui « les Pays des Basques » comme le résume parfaitement Luis Javier Perez, éditorialiste du web-media About Basque Country.

Il est temps de clore le débat promotionnel de la marque « San Sebastian » autrement que pour ses charmes naturels, de son bord de mer à ses incontournables pintxos, bien seuls en 2016 à promouvoir une dimension internationale aux déambulations touristiques.

Dans un contexte différent, aucune initiative privée ne saurait épargner la tête des responsables de ce saupoudrage farfelu au vu d’un bilan aussi pauvre.

Qu’il soit permis à des acteurs publics de persister dans un tel échec manifeste n’empêche pas de considérer Donostia 2016 comme une page ratée de la construction européenne, dont nous sommes tous, faut-il le rappeler, les financeurs et les curateurs désappointés.


 


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