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Donostia 2016, face à sa 3ème gestion politique

27 mai 2015 > > Un commentaire

Lancé sous la houlette d’un maire socialiste, modifié et développé sous la gouvernance de la gauche abertzale Bildu, le projet de la Capitale européenne de la culture Donostia San Sebastian 2016 (DSS2016) passe désormais aux mains d’un maire du Parti nationaliste basque.

Une histoire mouvementée de rivalités politiques qui a rendu difficile l’éclosion du projet, mais l’uniformisation politique issue des dernières élections du week-end dernier devrait quelque peu calmer le jeu.

Compte-rendu de ce long scénario à multiples rebondissements et perspectives, par Frederik Verbeke depuis Bilbao.

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Capitale européenne de la culture, Donostia San Sebastian (DSS2016) sera chargée en 2016 de faire rayonner la ville et son territoire comme une incontournable destination en Europe.

DSS-bayonne-7Une occasion unique de mettre un coup de projecteur sur le Pays Basque, de mettre sur le devant de la scène internationale sa richesse culturelle et ses meilleures forces créatrices dans le domaine artistique, et d’apporter des avantages culturels, économiques et sociaux à long terme à la ville et à ses environs.

Mais également un outil de marketing territorial dont l’intérêt n’a pas échappé aux hommes politiques de la ville, cet intérêt se nourrissant de l’amour pour la culture, mais pas seulement.

Depuis la naissance du projet, les dirigeants politiques ont eu du mal à cacher derrière leur engouement pour la culture cet autre appétit qui leur est si cher, celui du pouvoir.

Preuve en est les efforts entrepris pour rentabiliser le succès (ou le fiasco) du projet sur le plan politique, pour transformer le capital symbolique de DSS2016 en capital politique.

À chaque fois que le pouvoir a changé de mains au conseil municipal, l’enthousiasme pour le projet de DSS2016 a changé de camp, la plupart des hommes politiques se révélant incapables de renoncer à leurs rivalités politiques au bénéfice de la culture.

DSS2016-elections-6Le dossier de candidature à la désignation du titre “Capitale européenne de la culture” fut élaboré sous la houlette d’Odon Elorza, maire PSE (Parti socialiste d’Euskadi) de San Sebastian entre 1991 et 2011. Grâce à ses efforts et implications, la ville basque se retrouva dans la liste restreinte des villes espagnoles retenues pour participer à la sélection finale.

Premier tremblement électoral en juin 2011 : la désignation de la ville retenue par la Commission européenne se déroule quelques semaines après des élections municipales qui ont vu la gauche abertzale (indépendantiste) prendre les rênes de la ville.

Odon Elorza se voit donc obligé de célébrer la désignation en compagnie du nouveau maire, Juan Karlos Izagirre (EH Bildu) : « l’étreinte » entre les deux leaders politiques marqua autant les esprits qu’elle stimula l’imagination de dessinateurs de presse.

DSS2016-elections-7DSS2016-elections-8Dans les mois qui suivaient, l’ancien maire prendra ses distances par rapport au projet, mais ne mettra pas longtemps à critiquer son successeur en l’accusant de “sectarisme” et d’un “manque de vision absolu”.

Des critiques qui se dissiperont quand Blanca Urgell, ministre de la culture du gouvernement basque sous la présidence du socialiste Patxi Lopez, annonce fin 2011 que l’ancien maire de Donostia représenterait le gouvernement au conseil de direction de la Capitale européenne de la culture, mais qui referont surface avec le retour du Parti nationaliste basque au pouvoir du gouvernement d’Euskadi fin 2012.

DSS2016-elections-1Car l’ancien maire socialiste ne sera pas le seul à jeter des ombres sur le projet. Le président du Gouvernement basque, Iñigo Urkullu (Parti nationaliste basque, centre droit), critique à son tour la dimension trop “locale” de la programmation.

Si chaque tendance politique intégrée au projet culturel tente, en plaçant ses “protégés” à des postes stratégiques, de favoriser sa propre conception de la société basque, et au-delà sa propre conception de la culture, la culture se doit d’incarner la paix et la coexistence, mais pas sans contrepartie.

C’est la position que défend Iñigo Urkullu qui, par communiqué de presse, spécifiera que l’occasion doit nourrir une déclaration par les prisonniers politiques de l’ETA pour « demander pardon aux victimes », contre l’avis du Maire de San Sebastian.

DSS2016-elections-9À Madrid, le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy (Parti populaire, PP) éprouve lui aussi bien des réticences à s’engager en faveur d’un projet dirigé par un maire abertzale.

Les polémiques vont se multiplier, tout comme les démissions, alors que le budget sera revu drastiquement à la baisse à plusieurs reprises, le budget initialement prévu de 89 millions passant à 47,8 millions d’euros (soit une baisse de 46%).

Après les élections municipales du 24 mai dernier, le pouvoir a donc de nouveau changé de mains à la mairie de Donostia. Après 28 ans d’absence dans la capitale du Gipuzkoa, les conservateurs du Parti nationaliste basque se sont imposés.

Cette fois-ci, en principe, le changement politique ne devrait pas entraîner de gros changements pour le projet DSS2016.

donostia-cultura-4D’un côté, Pablo Berástegui (directeur général de Donostia/San Sebastian 2016 depuis septembre 2014) et son équipe ont déjà fixé et présenté les grandes lignes de la programmation. Et pas question de rebrousser chemin à quelques mois du lancement officiel.

De l’autre côté, sur le plan politique, les ententes entre les institutions impliquées dans le projet seront plus faciles à constituer, vu que le Parti nationaliste basque se trouve également à la tête du Gouvernement basque et de la Diputación de Gipuzkoa, et qu’il s’entend notoirement mieux avec Madrid.

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Iñigo Urkullu et le nouveau Roi d’Espagne, Felipe VI

En attendant, espérons que les prochaines élections législatives à Madrid (fin 2015) et régionales au Pays Basque sud (printemps 2016) n’interfèrent pas dans le bon déroulement du projet.

Et que “la culture avant toute chose” s’impose à “la politique avant toute chose”.

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Commentaires

Une réponse à Donostia 2016, face à sa 3ème gestion politique

  1. Anonyme dit :

    Article très clair qui permet enfin d’y comprendre quelque chose.

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