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‘Eau argentée’, questionnement inouï sur le cinéma en pleine guerre de Syrie

12 décembre 2014 > > Un commentaire

Mardi 16 décembre, l’Autre Cinéma de Bayonne propose en avant-première la projection du documentaire syrien Eau Argentée, une œuvre bouleversante qu’Eklektika a décidé de soutenir avec émotion.

Les deux premières séquences de Eau argentée, Syrie autoportrait donnent le spectre de ce qui sera travaillé 1h43 durant par ses deux réalisateurs, Ossama Mohammed depuis Paris et Wiam Simav Bedirxan, depuis Homs.

La naissance d’un bébé, tout d’abord, aux premières minutes de sa vie ; puis cet adolescent, brutalisé par un militaire syrien qui l’oblige à lui lécher les bottes.

La vie, et la mort.

Entre ces deux frontières, il y a cette place à investir pour l’existence, dont on sait qu’elle est terrifiante de barbarie, de douleurs, et dont la joie et la beauté sont plus furtives que les larmes amères d’un conflit relégué aux problématiques sans solution d’une communauté internationale qui n’en parle plus. Ou n’agit pas.

La Syrie toute entière est contenue dans ce déchirant « Homs mon amour ».

Il aura fallu ce premier voyage en 2011 vers Cannes et la France pour que le réalisateur syrien Ossama Mohammed comprenne qu’il ne retournera plus dans son pays.

Les images, terribles, qu’il a collectées sur Internet achèvent de nous le faire comprendre, « j’ai compris que je suis lâche » qu’il prononce en voix off noue les gorges, et pas que la sienne.

C’est pourtant de Homs, la ville martyre, qu’il reçoit un message, puis de nouvelles images, de cette Kurde qui y survit encore, Simav Bedirxan, dont la traduction du prénom donne son beau titre au film.

Entre les deux se construit un dialogue incroyable, auquel seul le mot « inouï » peut donner sens.

Inouï :  admirable, effarant, époustouflant, extraordinaire, extravagant, fabuleux, fantastique, formidable, incomparable, indescriptible, inégalable, inespéré, merveilleux, renversant.

« Filme ! Filme ! », lui demande-t-il d’abord, ce à quoi elle répond inlassablement « Mais que faut-il filmer ? ».

Cette question qui travaille tout le film est probablement ce que l’on a vu de plus puissant au cinéma depuis bien des années.

Sa caméra fait d’elle une cible insensée, et pourtant, chaque matin, elle filme Homs.

eau-argentee-1Les longs cortèges de Syriens qui fuient, et l’implorent de recueillir leurs témoignages, ne constitueront pas l’essentiel de ce qu’elle enregistre.

Ces images-là sont connues, et dans ses propres larmes de sang, Simav sait qu’elles n’apporteront plus les réponses nécessaires.

Une séquence peut sans doute illustrer à elle seule le choc que représente le film.

Alors que Simav est réfugiée dans un bâtiment en ruines, on perçoit dans son cadre les explosions autour d’elle. Tirs de mortier, roquettes ou bombardement ? Sa vie est en danger, elle ne filme pourtant pas cela, mais les efforts d’un petit chat famélique qui essaie sous ses yeux de traverser la rue détruite.

Dans cet enfer que l’on a pressenti, Simav s’accroche à la vie, et à ce qui peut faire sens. Et beauté.

eau-argentee-2Ne pas se réveiller chaque matin comme une victime, mais croire encore en l’espoir, quand la nuit, le jour, la lune et le soleil ont aussi été assassinés en Syrie.

Filmer ce petit garçon, Omar (à qui est dédié le film), cueillir des coquelicots, fragiles symboles de la vie, pour qu’il puisse les déposer sur la tombe de son papa.

Simav, aidée par Ossama depuis Paris pour maintenir ce fil blessé de la vie, tente de changer la boue en or, et devant ce pressentiment baudelairien, nos âmes achèvent d’accepter une émotion bouleversante.

eau-argentee-5Et l’on peut repenser à cette tentative de Jorge Semprun, dans son camp de concentration de Buchenwald, de demander à l’art de l’aider à « bien raconter », sans exiger de nous de « bien comprendre ».

Et l’on peut alors penser que Eau argentée est l’un des tout meilleurs documentaires de l’histoire du cinéma.

Une médaille en chocolat, comme celle reçue à Cannes en 2014, quand le film y a été projeté devant une salle qui ne savait pas quoi répondre, face à Simav et Ossama qui s’y sont retrouvés pour la première fois.

« Même en dormant, je tenais la caméra. Je crois que si j’ai survécu, c’est grâce à cette caméra : elle était comme un cœur qui battait, et Ossama à Paris était le cordon ombilical qui me reliait à la vie », a confié Simav à ce moment-là.

Alors Simav l’a annoncé sans ressentir le besoin de l’expliquer, elle est retournée en Syrie, pour continuer de filmer.

Elle est et restera celle qui, depuis l’enfer syrien, a décidé de nous montrer que l’expression « mourir pour des images » doit désormais accepter que l’on puisse aussi filmer pour ne pas mourir complètement.

« Vivre pour des images ». Loin des caméras de télévision du monde entier. Au plus près de nos cœurs bouleversés.

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eau-argentee-afficheProjection en avant-première de Eau Argentée Syrie autoportrait le mardi 16 décembre à 20h30 à L’Autre Cinéma de Bayonne, précédée de Rencontre(s) avec Ossama Mohamed, un entretien filmé avec le réalisateur (10’).

Présence en visioconférence avec le réalisateur syrien Ossama Mohammed ce soir-là, depuis l’Institut du Monde Arabe.

Le film sortira ensuite le mercredi 17 décembre dans ces salles de cinéma chères à nos désirs et nos attentes.

Tous les renseignements sur le site de L’Atalante de Bayonne.


 

 


Commentaires

Une réponse à ‘Eau argentée’, questionnement inouï sur le cinéma en pleine guerre de Syrie

  1. […] ‘Eau argentée’, questionnement inouï sur le cinéma en pleine guerre de Syrie : Agenda des évènements culturels, dossiers et articles sur la culture au Pays basque  […]

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