Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

En aparte, premier incendie théâtral des Translatines

15 octobre 2013 > > 2 commentaires

La compagnie EN APARTE, programmé ce lundi soir aux TRANSLATINES de Bayonne, a littéralement mis le feu à nos attentes, avec la mise en scène signée Nicolas Dubreuil de La Mala Clase, présentée dans la salle de l’atelier des Chimères de Biarritz.

Là où nous pensions de par leurs jeunes âges pouvoir assister à une adaptation intéressante du texte de l’écrivain chilien Luis Barrales, ils nous firent d’abord face, avec une fierté dans les yeux dont nous ne sûmes pas tout de suite traduire l’incandescence.

apart-7Un prologue en mode commando, avec la fureur et l’insolence de leur jeunesse explosive, chevillée au texte d’une tribune publiée par Libération, sous le titre « Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous !« . Les cinq comédiens se relaient et martèlent. Une société qui ne considère pas sa jeunesse est une société en déclin. Le Roi est nu, de ne plus comprendre cela. Après le débat putride de l’identité nationale, eux renversent la table de nos hésitations. « Jeunes de l’Hexagone, ce n’est pas uniquement votre pays de naissance qui est vôtre mais le monde tout entier. Faites-vous violence si nécessaire mais emparez-vous-en. Il y va de votre avenir !« .

Il n’est pas temps de se demander à quoi cette ouverture en forme de sermon nourrit la proposition de ce soir que, tambour battant, ils attaquent l’adaptation de Barrales, avec les corps chargés du même feu.

apart-4Le plateau devient salle de professeurs, où est attendue l’enseignante chargée de faire passer un examen final à un groupe de quatre élèves. Le diplôme espéré est un enjeu qui vole rapidement en éclats, quand s’organise contre elle la révolte d’une jeunesse qui ne croit plus en rien, si ce n’est en elle-même, et en son incommensurable cynisme.

Malmenée mais digne jusqu’à la limite des larmes, face aux diatribes qui pleuvent sur elle, et sur son métier qui ne changerait aucun destin dans leur pays. La pyramide sociale est figée, et seuls survivront « les cafards au milieu de l’Apocalpyse« , les fils à papa ne s’en cachent pas, qui tiennent les clés du pays dans le sourire mauvais de ce Daniel, élève prodige revenu de toutes les illusions.

apart-5Le théâtre d’une cruauté cinglante s’arme d’un lance-flammes contre ce « monde d’ordre et de respect qui n’existe depuis plus de 20 ans, réveillez-vous, Madame !« . La rage contre l’obstination de l’espoir, le fiel contre le refus de sacrifier ses principes : rien ne nous est épargné dans ce texte magistral, qui ne se contente pas de danser autour d’un volcan, mais en provoque l’embrasement, une heure durant.

Et c’est lorsque nous attendions que le marbre de la vertu ne se fendille de la même façon que le plâtre de nos propres certitudes que se produit ce retournement spectaculaire, salvateur, que seuls pourront découvrir les lecteurs de Barrales, ou les spectateurs de En Aparté, qu’il nous faut désormais savoir à la même hauteur d’affluence que leurs talents réunis.

apart-3appart-8Les cris de rage, les pleurs et les poings serrés changent alors de camp, tandis que l’enseignante attaque à son tour l’affirmation de ses combats passés, et présents. La Moneda reprend feu, l’histoire de ceux que l’on a dits vaincus exhibe sa chair hérissée, puisque, « bien plus tôt que plus tard« , la joie sera le bras armé contre cette indifférence globale, cette pseudo-existence nourrie de colifichets modernes dont le seul projet est notre aveuglement volontaire, notre « chosification« .

Sur nos fauteuils dont les tremblements ne provenaient pas de leurs mécanismes défaillants, ils purent se présenter à nous, les mains jointes, les visages éclatants. Et s’incliner devant nous, quand nous l’avions déjà fait intérieurement devant leur prestation.

Grâce au soutien de l’OARA (Office Artistique de la Région Aquitaine), la jeune compagnie En Aparté représentera cette Mala Clase en février prochain à Bordeaux. A vos agendas.

apart-9apart-10


Commentaires

2 réponses à En aparte, premier incendie théâtral des Translatines

  1. […] les compagnies d’Aquitaine qui auront déçu : à l’exception du tellurique Mala Clase de la Compagnie En Aparté, les trois autres propositions (La Cie des Songes, le Théâtre au Vent, […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.